La femme qui avait transporté les dents d’Hitler le Jour de la Victoire
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La femme qui avait transporté les dents d’Hitler le Jour de la Victoire

La traductrice Elena Rzhevskaya avait aidé à identifier le corps calciné du Furher en 1945

Elena Rzhevskaya, la femme qui a aidé à identifier le corps d'Hitler. (Crédit : Liobuv Summ)
Elena Rzhevskaya, la femme qui a aidé à identifier le corps d'Hitler. (Crédit : Liobuv Summ)

Les mémoires d’une traductrice militaire juive, qui a aidé l’armée soviétique à identifier le corps brûlé d’Adolf Hitler, vont être publiées pour la première fois en anglais.

Elena Rzhevskaya, décédée en avril à l’âge de 97 ans, avait tout juste 25 ans en mai 1945 quand elle a transporté une boîte contenant les dents du dictateur nazi à la recherche d’un expert qui pourrait confirmer que les dents appartenaient bien au Fuhrer.

Elle a fini par trouver un assistant dentaire, qui avait rendu visite à Hitler dans son bunker souterrain quelques jours avant sa mort. L’assistant dentaire a été en mesure de dessiner la dentition de Hitler de mémoire, qui correspondait aux schémas du pathologiste qui avait autopsié le corps calciné d’Hitler.

Les mémoires de Rzhevskaya, intitulées ”Berlin, mai 1945”, seront publiées au Royaume-Uni, et seront également commercialisées aux États-Unis, a affirmé Liubov Summ, petite-fille d’Elena Rzhevskaya, au cours d’une interview téléphonique depuis Moscou.

Elena Rzhevskaya en 1943. (Crédit : Liubov Summ)
Elena Rzhevskaya en 1943. (Crédit : Liubov Summ)

Le livre, qui a été initialement imprimé en russe en 1965, et vendu à plus d’un million d’exemplaires en Union soviétique, avait déjà été traduit en allemand, en italien et en japonais. Mais Summ affirme qu’aucune traduction vers l’anglais ni l’hébreu n’ont été réalisées.

Pour expliquer pourquoi sa grand-mère a été choisie pour transporter les dents du dictateur, Summ a expliqué qu’elle « était un officier et une femme, et tout le monde savait que tous [les hommes] étaient en train de se saouler le Jour de la Victoire [9 mai] ».

« Elle avait transporté la boîte sous son bras. Il y avait une légère odeur de parfum. Elle a vu son propre reflet dans un miroir, et s’est dit ‘Mon Dieu, suis-je en train de tenir entre les mains tout ce qu’il reste d’Hitler ?’ »

Les témoignages de Kathe Heusermann, l’assistante dentaire d’Hitler et les courriers du pathologiste soviétique, qui avait retiré les dents des gencives d’Hitler seront inclus dans les annexes du livre. Summ a indiqué qu’ils seront publiés pour la première fois.

Il a été possible d’identifier Hitler grâce à sa dentition, parce qu’il avait subi d’importants soins. Vers la fin de sa vie, Hitler n’avait que peu de vraies dents, et la plupart d’entre elles avaient des couronnes. Les autres dents étaient des prothèses, maintenues par des bridges.

« Ses dents étaient en tellement mauvais état que son dentiste était avec lui dans le bunker », a expliqué Summ. « Il y a des photos qui ne sont pas agréables à regarder. »

Quand Heusermann a été interrogée, elle n’a pas seulement parlé des dents d’Hitler, mais a également parlé de ce qu’elle a vu et entendu durant ses derniers jours dans le bunker, a ajouté Summ. Rzhevskaya a écouté, et a fini par inclure ces histoires dans son livre. Par exemple, Heusermann raconte qu’elle a tenté de convaincre Magda Goebbels de ne pas tuer ses 6 enfants, et a raconté comment Eva Braun, qui avait épousé Hitler peu avant leur suicide, voulait que tout le monde l’appelle « Frau Hitler ».

Adolf Hitler et Eva Braun promenant leurs chiens, en 1942. (Crédit : German Federal Archive)
Adolf Hitler et Eva Braun promenant leurs chiens, en 1942. (Crédit : German Federal Archive)

« Tout ce que Kathe a dit, a été dit dans les mots de ma grand-mère, parce qu’elle traduisait », a expliqué Summ.

Les deux femmes se sont liées d’amitié. Heusermann a raconté à Rzhevskaya qu’elle avait été violée à deux reprises par des soldats soviétiques. Rzhevskaya a également appris qu’Heusermann avait caché chez elle un dentiste juif pour qui elle travaillait avec la guerre.

« Il est revenu à Berlin à la fin du mois d’avril, l’a rencontrée et lui a demandé de le cacher dans son appartement, alors qu’elle allait travailler chez Hitler tous les jours ! Vous imaginez [ce qui aurait pu se produire] si quelqu’un avait remarqué », s’est exclamée Summ. « Elle fait aussi partie des Justes, d’une certaine manière. »

Summ a déclaré que la dernière fois que les deux femmes ont parlé, Heusermann avait promis qu’une fois les interrogatoires soviétiques terminés, elle emmènerait Rzhevskaya chez le coiffeur.

Joseph Staline en juillet 1941. (Crédit : domaine public)
Joseph Staline en juillet 1941. (Crédit : domaine public)

Mais ça ne s’est pas fait. Le dirigeant Joseph Staline a décidé que le suicide d’Hitler et la façon dont son corps a été découvert devrait rester secret défense. Heusermann a été envoyée dans un goulag, où elle a passé 10 ans, dont 6 en isolement, a indiqué Summ. À son retour, son fiancé avait épousé quelqu’un d’autre.

« Ils lui avaient dit qu’en aidant à réparer les dents d’Hitler, elle avait contribué à la poursuite de la guerre, et qu’elle aurait dû le frapper sur la tête avec une bouteille », a raconté Summ. « Mais ce qui lui était vraiment reproché, c’était d’avoir été témoin de la mort d’Hitler, et c’était un secret. »

Après la guerre, Rzhevskaya, née Kagan, est retournée à Moscou, où elle a suivi des études de lettres à l’université, et est devenue écrivaine.

Elle a changé de nom de famille, parce qu’elle ne trouvait pas de travail avec un nom à consonnance tellement juive, a expliqué Summ.

« Elle appelait les écoles et les bibliothèques, et ils lui disaient qu’il y avait des postes vacants, mais quand elle y allait, qu’ils voyaient ses papiers et son nom juifs, ils ne l’embauchaient pas. Elle n’aurait même pas pu enseigner dans une école de village », raconte Summ.

Quand elle est devenue auteure, elle n’a pas utilisé son vrai nom, parce qu’elle ne voulait pas donner l’impression que « les Juifs écrivent encore sur la guerre ».

Alors la grand-mère de Summ a adopté le nom de Rzhevskaya, qui signifie « originaire de Rzhev », une ville où elle a failli être tuée par des éclats d’une bombe allemande en 1942. C’est également là-bas qu’elle a obtenu sa première mission de traduction. Elle a interrogé un soldat allemand qui avait été fait prisonnier.

‘Memoirs of a Wartime Interpreter,’ par Elena Rzhevskaya. (Autorisation)
‘Memoirs of a Wartime Interpreter,’ par Elena Rzhevskaya. (Autorisation)

Dans ses premières mémoires, intitulées Memories of a Wartime Interpreter (Mémoires d’une interprète en temps de guerre), comprenaient initialement quelques pages à la fin, ce l’identification d’Hitler par ses dents, mais l’éditeur qui a publié les mémoires les a supprimé, a déclaré Summ.

« Personne n’avait parlé de cela avant, alors pourquoi être les premiers ? », aurait dit l’éditeur selon Summ. « C’était une remarque amusante, venant d’un éditeur. »

Mais en Union soviétique, les éditeurs devaient être vigilants.

Ce n’est qu’après la mort de Staline que Rzhevskaya a écrit ouvertement sur l’identification d’Hitler, et ce n’est qu’en 1996 qu’elle a appris ce qui était arrivé à l’assistante dentaire d’Hitler.

« Ça a été un gros coup pour elle », a expliqué Summ. « Heusermann est revenue quand elle avait 45 ans. Elle a fini par perdre son [futur] mari et n’a jamais eu d’enfant, et cela hantait ma grand-mère. »

Le pathologiste soviétique était également déçu que l’identification de la dentition d’Hitler soit restée secrète.

« Il a été blessé de voir qu’il avait travaillé pour identifier Hitler, mais qu’il n’en avait récolté aucune reconnaissance », a affirmé Summ.

Pour se souvenir de Rzhevskaya, une soirée en son honneur sera organisée à Moscou, le jour de son anniversaire, le 27 octobre, a indiqué sa petite-fille.

Le musée de la ville Rzhev a également prévu une conférence dédiée à sa mémoire au printemps. Quelques pages manuscrites de ses mémoires et son uniforme de la Seconde Guerre Mondiale, qu’elle a gardé toute sa vie, seront donnés au musée.

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