La fondation Ruderman étend son travail auprès des handicapés au-delà de la communauté juive
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La fondation Ruderman étend son travail auprès des handicapés au-delà de la communauté juive

La Fondation cible dorénavant Hollywood, les médias et les industries importantes pour tenter de créer plus d'impact pour les personnes ayant des besoins spécifiques

Jay Ruderman, à gauche, avec R.J. Mitte, un acteur atteint de paralysie cérébrale qui était l'un des acteurs principaux de la série à succès "Breaking Bad." (Autorisation de la Fondation de la famille Ruderman via JTA)
Jay Ruderman, à gauche, avec R.J. Mitte, un acteur atteint de paralysie cérébrale qui était l'un des acteurs principaux de la série à succès "Breaking Bad." (Autorisation de la Fondation de la famille Ruderman via JTA)

Jusqu’à une période récente, la Fondation établie par la famille Ruderman avait assumé un rôle d’innovation dans le domaine qu’elle prenait en charge au sein de la communauté juive – le mot-clé, ici, est « au sein ».

Tout en faisant des dons au niveau local à des causes juives depuis sa base à Boston, elle a également aidé à renforcer l’inclusion des personnes handicapées au coeur des institutions juives et israéliennes.

Elle a dirigé une conférence de financement juif en direction des personnes ayant des besoins spécifiques et a offert des subventions et des prix aux institutions juives qui ont su se rendre plus accessibles aux individus en situation de handicap.

Mais cherchez maintenant le mot « Juif » sur la page « intégration » du site de la fondation Ruderman : il n’y figure pas. Au cours des deux dernières années, le groupe a étendu son principe d’inclusion des handicapés et vise dorénavant des industries majeures et les médias, et plus seulement les communautés juives du monde entier.

« Nous avons beaucoup travaillé pour la communauté juive mais il faut une somme formidable d’argent pour faire avancer seulement d’un pas la situation », a expliqué Jay Ruderman, président de la fondation à JTA. « Il faut 18 000 dollars pour placer quelqu’un à un poste » à travers un programme de formation professionnelle. « Ce n’est pas ainsi que nous réussirons à changer le monde ».

Et à la place, a indiqué Ruderman à JTA, l’organisation caritative a estimé qu’elle pouvait avoir un plus grand impact en se concentrant sur l’intégration en allant au-delà de la communauté juive. Les dons faits aux programmes juifs d’inclusion, regrette-t-il, s’étaient avérés inefficaces.

La fondation a été fondée en 2002 par Ruderman, avocat dont le père, le philanthrope Morton Ruderman, avait lancé l’entreprise de technologie médicale Meditech. Il finance encore des programmes à destination des Juifs en situation de handicap, des causes locales à Boston et des programmes d’éducation sur la communauté juive américaine en direction des Israéliens.

Parmi ses bénéficiaires aux Etats-Unis, Camp Ramah et le Friendship Circle. Dans le cadre de ses efforts visant à faire connaître la communauté juive américaine aux Israéliens, la fondation fait venir des membres de la Knesset en visite aux Etats-Unis et finance un diplôme de maîtrise sur la communauté juive américaine à l’université de Haïfa. Jay Ruderman explique que la plus grande part de l’argent de la fondation va encore à des programmes juifs.

Ruderman a déclaré que dans le passé la fondation concentrait son travail d’intégration dans les secteurs du logement, de l’éducation et de la formation professionnelle sur les Juifs en situation de handicap. Mais dorénavant, l’organisation caritative se focalise également sur Hollywood, les médias, le gouvernement local et national. Une augmentation dans le financement a suivi : Tandis que la fondation avait débloqué entre 7 et 8 millions de dollars en 2016, ce montant atteint 10 millions de dollars cette année et, ces dernières années, l’organisation a embauché quatre personnes pour travailler exclusivement sur des travaux de sensibilisation.

Depuis l’année dernière, la fondation a sorti quatre livres blancs sur les droits des handicapés, qui portent autant à la représentation des personnes en situation de handicap à la télévision qu’aux handicapés tués par la police américaine. Une dernière étude, publiée en mars 2016, révèle que la moitié des personnes tuées par la police aux Etats-Unis ont un handicap.

« Je déteste m’exprimer comme ça, mais réussir à faire inscrire quelques centaines de personnes dans une école ou leur trouver un emploi, si on compare ça au fait d’amener des dizaines d’entreprises à changer réellement d’état d’esprit en ce qui concerne l’embauche des handicapés ou au fait de faire en sorte qu’il y ait plus d’individus en situation de handicap dans les rôles à Hollywood, faire changer les attitudes, je pense que l’impact social est plus important », explique-t-il.

« Pour moi, c’est tellement plus excitant que de traverser les complexités et le processus progressif de trouver un emploi ou une maison à quelqu’un ».

Le livre blanc de Ruderman consacré aux acteurs handicapés à la télévision révèle que tandis qu’environ 20 % des Américains ont un handicap, ce n’est le cas que de 1 % des personnages représentés à la télévision. Et sur ces personnages, 95 % sont interprétés par des acteurs sans handicap.

Pour bien faire comprendre ce point, Ruderman a fait la liste d’acteurs célèbres handicapés. Danny Woodburn, personne de petite taille et acteur qui a interprété Mickey, l’ami de Kramer, dans « Seinfeld », a co-écrit le rapport.

R.J. Mitte, comédien atteint de paralysie cérébrale et qui a joué Walter Jr. dans « Breaking Bad », a également fait une apparition dans les évènements organisés par Ruderman.

« Si vous aviez le script d’un film entre les mains et que vous preniez un acteur blanc en le peignant en noir, l’indignation serait immense », explique Ruderman. « Et il y a encore pourtant une croyance que si vous êtes un valide incarnant un handicapé, ce sera un rôle qui pourra vous valoir potentiellement un Oscar ».

Ruderman explique également que la fondation a ciblé son financement de manière à servir ses objectifs de façon plus précise. Tandis que la fondation faisait, dans le passé, des dons non affectés à des organisations juives qui pouvaient s’intéresser à des domaines qui n’étaient pas pris en charge par Ruderman, maintenant le financement sans restriction des organisations juives par Ruderman est minimaliste – moins de 1 % de ses subventions.

« Nous ne faisons pas de financement sans restriction », explique-t-il. « Nous construisons des programmes. Je ne me tourne pas vers les fédérations ou le JDC [‘American Jewish Joint Distribution Committee] ou n’importe quelle autre organisation en disant : ‘Je veux m’engager dans le militantisme social et je le ferai à travers vous' ».

La fondation a également émis des communiqués de condamnation face aux moqueries ou indélicatesses dont se sont rendues coupables certaines personnalités publiques envers les handicapés. Elle a appelé l’actuel ministre israélien de la Défense Avigdor Liberman à s’excuser lorsqu’il avait qualifié les partisans de la solution à deux états d’ « autistes » en 2015 (il l’avait fait). Et elle a offert une leçon de sensibilisation au président Donald Trump quand il a paru tourner en ridicule un journaliste handicapé pendant sa campagne (Trump a toujours démenti avoir voulu se moquer de lui).

Ruderman ajoute que plus de philanthropes devraient suivre la fondation et utiliser sa position influente pour faire passer des messages. Au vu du pouvoir que les donateurs détiennent au sein de la communauté juive, Ruderman a le sentiment que les philanthropes ont le devoir de s’exprimer et de s’engager auprès des divers bénéficiaires.

« Je vois qu’il y a un grand nombre de fondations qui ne font pas de sensibilisation parce qu’elles ont des difficultés à se présenter publiquement d’une façon qui pourrait engendrer des critiques », dit-il.

« Les philanthropes sont dans une situation d’influence. Ils devraient effectuer leur propre travail de sensibilisation. Ils ont suffisamment d’importance, par leur richesse et leurs antécédents professionnels, pour se permettre de faire des déclarations très puissantes et de les soutenir. Et je constate qu’ils sont très peu à vouloir le faire. »

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