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La Galerie des Offices présente Jona Ostiglio, artiste juif pour la cour des Médicis

Les récentes découvertes sur l'artiste sont historiquement significatives et lèvent une partie du voile sur la vie des Juifs de Florence au XVIIe siècle

"Paysage avec des gens, Palazzo Pitti", de Jona Ostiglio. (Crédit : Gallerie degli Uffizi)
"Paysage avec des gens, Palazzo Pitti", de Jona Ostiglio. (Crédit : Gallerie degli Uffizi)

Le 16 novembre dernier, la Galerie des Offices, à Florence, a présenté le résultat de ses recherches sur Jona Ostiglio, peintre juif ayant travaillé illégalement pour la cour des Médicis au XVIIe siècle, a rapporté le magazine Connaissance des Arts.

Ses œuvres sont conservées dans ce musée de Florence ainsi qu’à Rome.

Peintre inconnu, l’homme appartenait à la communauté juive de Florence, qui était alors confinée dans un ghetto de la taille d’un terrain de football, où vivait environ 200 familles. Ses membres ne pouvaient travailler que dans certains domaines, et leurs rapports avec les chrétiens étaient strictement réglementés.

Ainsi, l’existence et la vie de Jona Ostiglio a grandement intéressé les chercheurs, alors que l’homme était membre titulaire d’une prestigieuse académie fondée par le célèbre artiste Giorgio Vasari.

« C’est toute une découverte », a expliqué Eike Schmidt, directeur de la Galerie des Offices, qui souhaite aujourd’hui rendre à Ostiglio et son travail toute la reconnaissance qu’ils méritent.

Plusieurs pièces attribuées à Ostiglio font ainsi partie de la célèbre collection de la Galerie des Offices.

Né entre 1620 et 1630 et décédé après 1695, Ostiglio était un peintre professionnel qui a travaillé à Florence pour des familles puissantes de la ville, à une époque où les Juifs n’étaient pas censés pouvoir effectuer de telles tâches – d’où le caractère illégal de son travail.

Piergabriele Mancuso, directeur du programme d’études juives du Medici Archive Project, qui a présenté ses conclusions à la Galerie des Offices, s’est ainsi demandé, lors de la conférence de presse présentant Ostiglio, s’il était une « exception aux règles », ou s’il s’agissait d’une pratique plus courante qu’on ne le pense à l’époque. Une question qui « reste ouverte », a déclaré le chercheur.

Mancuso s’est intéressé à Ostiglio alors qu’il effectuait des recherches dans le cadre d’une exposition sur le ghetto juif de Florence qui sera organisée par la Galerie des Offices à la fin de l’année prochaine. Il a ainsi pu établir un portrait d’Ostiglio à partir de sources littéraires et d’archives.

Selon les chercheurs italiens, les récentes découvertes sur l’artiste sont historiquement significatives.

« L’idée que nous avons est celle d’un Juif unique, assez familier avec l’environnement chrétien, et qui n’a pas peur de s’éloigner des lois rabbiniques qui le feraient se comporter de manière plus orthodoxe », a déclaré le professeur Mancuso, dans des propos rapportés par le New York Times. « Son comportement était à la marge de la société juive et chrétienne de l’époque. »

Le professeur Mancuso a attribué huit œuvres à Ostiglio, estimant qu’il en était leur auteur. Celles-ci comprennent des natures mortes de poissons et plusieurs paysages.

« Paysage, ministère des Affaires étrangères », de Jona Ostiglio. (Crédit : Gallerie degli Uffizi)

Ostiglio a également peint l’important arbre généalogique de la famille aristocratique Mannelli de Florence, qui est accroché dans la salle de lecture des archives d’État de la ville, confirmant qu’il travaillait pour les familles nobles de Florence, « et qu’il était apprécié », a déclaré le professeur Mancuso.

« Les Juifs n’étaient pas autorisés à devenir orfèvres ou peintres ou à faire partie d’une guilde, c’est donc assez extraordinaire », a déclaré Andreina Contessa, directrice du musée historique du château et du parc de Miramare à Trieste et ancienne conservatrice en chef du musée Nahon d’Art juif italien à Jérusalem.

L’histoire d’Ostiglio souligne aussi les interactions qui existaient entre Juifs et chrétiens et l’importance de la culture juive dans divers formes artistiques, « y compris la peinture », a expliqué Silvana Greco, professeur de sociologie du judaïsme à la Freie Universität Berlin et co-commissaire d’une exposition sur les Juifs et l’art de la Renaissance en 2019.

Si Ostiglio n’était pas le seul artiste juif travaillant en Italie à l’époque, les Juifs ont été relégués à des tâches plus artisanales en raison des discriminations à leur encontre, indique Mancuso. Ostiglio était néanmoins un peintre professionnel et reconnu comme tel.

« La règle était qu’ils ne pouvaient pas entrer dans les guildes – non pas qu’ils ne pouvaient pas travailler ; ils le pouvaient, mais ils travaillaient sans signer de leur nom », a déclaré Andreina Contessa

Plusieurs sculpteurs juifs ont à la fois travaillé le bois et le marbre, mais ils étaient considérés comme des artisans et non comme des artistes, a expliqué Mancuso.

Selon lui, Ostiglio a été le seul membre juif de la prestigieuse Académie des beaux-arts, fondée par Vasari et parrainée par les grands-ducs de Médicis, jusqu’au XXe siècle.

De prochaines recherches vont viser à découvrir si les archives d’autres familles influentes de Florence comptent parmi elles d’autres œuvres de Jona Ostiglio.

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