La juge qui a soutenu la candidature de Yazbak a perdu un fils dans un attentat
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La juge qui a soutenu la candidature de Yazbak a perdu un fils dans un attentat

Anat Baron, autorisant la candidature malgré un soutien présumé au terrorisme : "la tentation de gouverner en fonction de ses sentiments est puissante mais ne doit pas l'emporter"

La juge à la Cour suprême Anat Baron (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)
La juge à la Cour suprême Anat Baron (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Pour l’un des neufs juges qui ont statué que la candidate Heba Yazkab, de la Liste arabe unie, avait le droit de se présenter aux élections de septembre, la décision a pris une tournure plus personnelle.

La magistrate Anat Baron, l’une des cinq juges à s’être prononcée en faveur de la candidature de Yazbak, a perdu un fils lors de l’attentat terroriste qui a frappé le restaurant Mike’s Place, sur la plage de Tel Aviv, en avril 2003. Cet attentat avait été ultérieurement revendiqué par les factions du Hamas et du Fatah.

Ran Baron avait 24 ans. Il était un musicien prometteur, humoriste de stand-up.

La juge Baron a donné le vote décisif dimanche soir, à 5 voix contre 4, permettant à la Haute cour de Justice de maintenir, de justesse, la candidature de la députée radicale et de renverser une décision de la commission centrale électorale, qui avait interdit à Heba Yazbak de se présenter aux élections nationales du 2 mars, en raison de son soutien présumé au terrorisme.

Heba Yazbak, de la Liste arabe unie, lors de la discussion de la commission centrale électorale sur une pétition visant à la disqualifier des élections à la Knesset en mars 2020, le 29 janvier 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Yazbak, membre du parti arabe nationaliste Balad inclus dans la Liste arabe unie, avait été critiquée pour deux publications sur Facebook. Dans une publication datant de 2015, elle avait salué le terroriste libanais Samir Kuntar, qui avait pris part au meurtre brutal d’une famille israélienne dans la ville du nord de Nahariya en 1979. Dans un autre message publié sur le réseau social, elle s’était félicitée de la fin de la peine de neuf ans de prison d’Amir Makhol, qui avait plaidé coupable d’avoir transmis des informations sensibles au groupe terroriste du Hezbollah.

Elle avait également salué Dalal Mughrabi, un membre du Fatah qui avait pris part au Massacre de la route côtière en 1978, au cours duquel 38 civils israéliens, dont 13 enfants, ont été tués.

Elle a également été critiquée pour ses déclarations que certains ont interprétées comme une approbation de la violence contre les soldats israéliens.

Dans sa décision, Baron a évoqué l’expérience d’Israël en matière de terrorisme, en déclarant que « l’histoire d’Israël, depuis sa création et jusqu’à ce jour, a été marquée par des attaques terroristes et des effusions de sang. Les images horrifiantes de corps gisant à côté de bus explosés et de lieux de divertissement transformés en scènes d’horreur et de carnage ne s’estompent pas, même au fil des ans, et resteront à jamais gravées dans nos cœurs. Les attaques à la voiture-bélier contre des soldats et des civils, les meurtres au couteau en plein jour, tout cela fait partie de notre expérience, même aujourd’hui. »

« Il n’y a ni pardon ni absolution pour les attentats terroristes meurtriers, ni remède pour la douleur. Et il ne fait aucun doute que ceux qui soutiennent le meurtre de Juifs parce qu’ils sont Juifs n’ont pas leur place à la Knesset », a-t-elle écrit.

Elle a reconnu que « la tentation de gouverner en fonction de ses sentiments est puissante ». Malgré cela, nous devons être vigilants afin de ne pas laisser cette tentation l’emporter sur les critères stricts [fixés par la loi] qui sont les seuls à pouvoir justifier l’exclusion d’un candidat de la Knesset. C’est la question qui se pose à nous en attendant notre décision ».

Heba Yazbak du parti arabe Ra’am-Balad à la Knesset, le 13 mai 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Baron s’est joint à la décision majoritaire qui a conclu que les preuves du soutien de Yazbak au terrorisme étaient sporadiques et anciennes, qu’elles n’avaient pas été réitérées ces dernières années et qu’elles avaient été niées avec véhémence par la candidate elle-même.

« Il n’y avait pas de masse critique de preuves claires, non ambiguës et convaincantes pour justifier le rejet de sa candidature », ont écrit la majorité des juges, rejoignant ainsi l’avis juridique du procureur général Avichai Mandelblit, qui avait également déclaré en janvier que Yazbak devrait être autorisée à se présenter, malgré certaines de ses déclarations « très graves et répugnantes ».

Le tribunal a déterminé qu’il n’y avait aucune preuve que les publications caractérisaient fondamentalement l’activité politique de Mme Yazbak ni qu’elle aspirait à perpétrer la violence des terroristes dont elle faisait l’éloge.

L’opinion minoritaire, dont faisait partie la présidente de la Cour suprême Esther Hayut, a déclaré que les preuves présentées à la Cour témoignaient d’un appui de longue date et constant à certains des attentats terroristes les plus infâmes jamais perpétrés contre des Israéliens, et ont donc invalidé la candidature de Mme Yazbak.

Yazbak a salué la décision, mais a affirmé que la marge étroite était un signe que la Haute Cour était tombée sous l’influence du populisme de droite.

La Haute Cour de justice se réunit pour une audience sur la loi de régulation à la Cour suprême de Jérusalem le 3 juin 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Le tribunal a pris la décision correcte et juste de ne pas rejeter ma candidature. Mais je suis toujours préoccupée par le raisonnement et l’esprit de la décision », a déclaré Yazbak à la radio de l’armée lors d’une interview lundi matin sur la décision.

« C’est la première fois que nous voyons une minorité [aussi importante que] quatre juges » dans une décision concernant la disqualification d’un candidat arabe.

Certains des juges, a-t-elle dit, ont été « pris par la démagogie et l’atmosphère du débat politique ». Le procureur général a été assez clair sur le fait que rien ne justifiait ma disqualification ».

Elle a également déclaré que ses opinions avaient été déformées. « Tout le monde a mes articles d’opinion, mes publications [sur les médias sociaux] et le contexte dans lequel ils ont été écrits. En ce qui concerne Mughrabi, je tiens à dire, afin que tout le monde connaisse mon point de vue moral : je suis contre le meurtre d’enfants, d’innocents, de toute personne. Je n’avais pas l’intention d’inciter à la violence. Bien au contraire ».

La décision de la Cour a déclenché une vague de réactions de colère de la part des parlementaires de droite.

« Heba Yazbak et ses amis devraient siéger au Parlement à Ramallah et non à la Knesset », a déclaré le président d’Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman. « Le fait que la Cour ait annulé la décision de la commission centrale électorale et ait permis à Heba Yazbak de se présenter aux prochaines élections constitue une récompense pour les partisans du terrorisme ».

Le chef du parti Yisrael Beytenu Avigdor Liberman pendant un événement à Ashdod, dans le sud d’Israël, le 12 décembre 2019. (Crédit : Flash90)

Le parti nationaliste-religieux Yamina a déclaré dans un communiqué que « les juges de la Cour suprême ont prouvé, une fois de plus ce soir, qu’ils n’étaient pas engagés dans la poursuite de la justice, mais dans la poursuite de la politique et des programmes libéraux de gauche. »

« Autoriser [la candidature de] Yazbak, qui a soutenu des meurtriers et n’a même pas voulu s’excuser ni réfuter, est un nouveau coup bas pour la Haute Cour et la confiance du public à son égard », a ajouté le parti.

Le chef du parti centriste Kakhol lavan, Benny Gantz, a déclaré qu’il pensait que « les déclarations de Heba Yazbak en faveur des terroristes auraient dû conduire à sa disqualification ». Mais, a-t-il ajouté, « nous respecterons la décision de la cour ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est servi de cette décision pour attaquer Gantz.

« A partir de ce jour, Benny Gantz dépendra de Heba Yazbak, qui fait l’éloge des terroristes, car sans la Liste arabe unie, Gantz n’a aucun moyen de former un gouvernement », a-t-il déclaré.

Certains députés de gauche ont apporté leur soutien à la décision de justice.

La députée travailliste Tamar Zandberg a fait valoir que la décision « résulte de considérations juridiques et non politiques « .

La députée du Camp démocratique Tamar Zandberg, à Jérusalem, le 22 août 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« J’appelle les députés de droite à accepter le verdict et, pour changer, à ne pas poursuivre leurs incitations contre les Arabes et les tribunaux », a-t-elle déclaré.

Le mois dernier, la commission centrale électorale a voté à 27 voix contre 7 pour disqualifier Yazbak, mais les décisions de cette instance regroupant les représentants des factions politiques de la Knesset sortante peuvent toujours faire l’objet d’un appel devant la Haute Cour.

S’adressant à la commission le mois dernier, Yazbak a qualifié ces demandes d' »absurdes » et a déclaré que les attaques dont elle a fait l’objet étaient « fondées sur le racisme ».

« Je n’ai jamais appelé à l’usage de la violence. Je n’ai pas non plus eu l’intention de prôner l’usage de la violence », a-t-elle déclaré, en faisant référence aux publications sur Facebook. « La seule chose liée à la violence à laquelle j’ai été confrontée dans ma vie est la lutte contre la violence ».

Dans une récente interview à la Treizième chaîne, elle a déclaré que « le droit international permet aux personnes sous occupation de prendre des mesures pour se libérer ».

Lorsque son interlocuteur a insisté et lui a demandé si elle considérait les attaques contre les soldats comme une résistance légitime, elle a éludé la question en disant : « Ce qui n’est pas légitime, c’est la poursuite de l’occupation ».

La quasi totalité des députés juifs de la Knesset se sont unis pour soutenir les efforts visant à interdire Yazbak, y compris les centristes de Kakhol lavan et certains membres de l’alliance Travailliste-Gesher-Meretz.

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