La libération anticipée de « l’escroc Tinder » provoque la colère de ses victimes
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La libération anticipée de « l’escroc Tinder » provoque la colère de ses victimes

Shimon Hayut, qui a escroqué à des Européennes de centaines de milliers de dollars avec l'aide de la célèbre application, a servi cinq mois de sa condamnation sur les 15 mois

Le présumé "Escroc Tinder", (au centre), un Israélien décrit dans les journaux comme étant Shimon Hayut, 28 ans, est expulsé de la ville d'Athènes, en Grèce, le 1er juillet 2019. (Tore KRISTIANSEN/various sources/AFP)
Le présumé "Escroc Tinder", (au centre), un Israélien décrit dans les journaux comme étant Shimon Hayut, 28 ans, est expulsé de la ville d'Athènes, en Grèce, le 1er juillet 2019. (Tore KRISTIANSEN/various sources/AFP)

Un Israélien qui avait dérobé à des femmes scandinaves des centaines de milliers de dollars en se présentant sur l’application de rencontres amoureuses Tinder comme étant le fils d’un riche oligarque a été libéré de prison en Israël après avoir purgé cinq mois sur une condamnation de 15 mois de détention, entraînant la colère des victimes de cette fraude, selon des informations parues vendredi.

Shimon Hayut, surnommé « l’escroc Tinder », avait été emprisonné au mois de décembre 2019 par la cour des magistrats de Tel Aviv.

Le site d’information Ynet avait fait savoir, au début du mois, que Hayut répondait aux conditions exigées pour bénéficier d’une libération anticipée sous les termes d’un programme visant à réduire la population carcérale, dans un contexte de craintes d’une propagation du coronavirus parmi les prisonniers – et malgré les inquiétudes d’éventuelles tentatives de Hayut d’échapper aux autorités une nouvelle fois.

La date à laquelle il a été libéré n’a pas été précisée.

Shimon Hayut avec une de ses victimes. (Crédit : capture d’écran)

Hayut avait fui en Europe à deux reprises pour échapper aux autorités judiciaires en Israël avant son arrestation et son incarcération en 2019.

Pernilla Sjoholm, une résidente de Stockholm qui serait une victime de Hayut, a expliqué avoir obtenu l’information de la libération de l’escroc par le biais d’une amie.

« Cette décision de le libérer m’a choquée. Je suis réellement déçue par le système judiciaire israélien qui offre une peine réduite à un homme tel que lui… Il a trompé des gens et il quitte la prison après cinq mois ? Vous êtes devenus fous, en Israël ? », a déclaré Sjoholm à la Douzième chaîne dans un entretien traduit en hébreu.

« Comment est-il possible de faire confiance à un homme pareil qui s’est échappé deux fois d’Israël ? A un homme qui a trompé et escroqué des femmes, en Europe, à hauteur de centaines de milliers d’euros… Où est la justice ? », a-t-elle continué.

Une Finlandaise, qui n’a été identifiée que par son initiale, « D », a expliqué que Hayut lui avait dérobé 45 000 euros.

« Je suis mère célibataire d’une fille et je lui ai donné toute les économies. C’est honteux qu’il ait été libéré de prison. J’espère qu’il va attraper le coronavirus. J’espère qu’il va mourir. C’est préférable, il ne pourra plus nuire à d’autres femmes », a-t-elle indiqué à la Douzième chaîne.

« C’est une personne mauvaise et j’ai été incapable de reconstruire ma vie à cause de lui jusqu’à présent. Moi-même et d’autres femmes avons porté plainte auprès de la Cour européenne de Justice et soumis également des plaintes à Interpol », a-t-elle poursuivi.

Une autre femme, présentée sous l’initiale « A », a déclaré qu’elle et d’autres étaient prêtes à déposer de nouveau plainte contre Hayut.

« Des enquêteurs privés et des agents d’Interpol attendent qu’il quitte Israël pour l’appréhender », a-t-elle dit. « Il a détruit ma vie et il m’a brisée, émotionnellement et financièrement. Jamais je ne lui pardonnerai, pendant toute ma vie, pour ce qu’il m’a fait subir. Il paiera cher pour ses actions et on va s’assurer qu’il ira en prison pendant de nombreuses années. Je croyais qu’il y avait une justice en Israël mais votre système judiciaire encourage malheureusement les actes de fraudes », a-t-elle continué.

« Quand j’ai entendu qu’il était libéré, j’ai eu l’impression de recevoir un coup de poignard dans le dos. Des gens comme lui ne peuvent pas être libérés, indépendamment des circonstances, et il est clair, à mes yeux, qu’il va essayer à nouveau de fuir », a-t-elle déploré.

Lorsqu’il avait été condamné, les médias en hébreu avaient estimé qu’après la déduction de la période déjà passée en détention et en supposant une libération anticipée pour bonne conduite, ce qui est une pratique courante en Israël, il pourrait potentiellement être libéré après avoir purgé seulement deux mois de sa peine.

Lors de l’audience de détermination de sa peine, Hayut avait déclaré au tribunal qu’il était « désolé pour tout ce qu’il avait fait » et il avait promis de « payer ma dette envers la société », avait rapporté le site d’information Ynet.

En plus de la peine de prison, Hayut avait été condamné à payer la somme de 150 000 shekels à ses victimes et à régler une amende de 20 000 shekels sous les dispositions d’un arrangement judiciaire conclu avec les procureurs après avoir été reconnu coupable de fraude.

Hayut avait été extradé vers Israël au mois d’octobre 2019, après avoir fui le pays en 2017 pour éviter d’être jugé pour diverses infractions liées à la fraude. Pendant cette période, il avait parcouru l’Europe, se présentant comme Simon Leviev, le fils du magnat du diamant russo-israélien Lev Leviev. Il avait utilisé l’application de rencontre Tinder pour contacter des femmes sous le nom de Leviev, les incitant à lui prêter de l’argent qu’il n’avait jamais remboursé.

Ce natif de Bnei Brak, âgé de 30 ans, avait été arrêté au cours de l’été en Grèce pour avoir utilisé un faux passeport à l’issue d’une opération conjointe entre Interpol et la police israélienne.

Il avait déjà été accusé de vol, de contrefaçon et de fraude en 2011, pour avoir encaissé des chèques volés. Selon des informations, Hayut avait volé un chéquier appartenant à un couple alors qu’il gardait son enfant, et à une autre famille alors qu’il travaillait comme homme à tout faire.

Mais il avait fui Israël avant sa condamnation, s’installant en Finlande. En 2015, les autorités finlandaises l’avaient accusé d’avoir escroqué trois femmes et l’avaient condamné à deux ans de prison. En 2017, il avait été renvoyé en Israël, où il devait être à nouveau inculpé et condamné, mais Hayut avait pris une identité différente et avait à nouveau fui le pays.

Israël l’avait déclaré fugitif recherché et la police avait fait appel aux autorités internationales pour l’aider à assurer son retour.

Hayut est également recherché pour diverses fraudes et contrefaçons par la Norvège, la Suède et le Royaume-Uni.

Selon un reportage d’investigation publié dans le journal norvégien Verdens Gang, Hayut avait escroqué des femmes en Norvège, en Finlande et en Suède de centaines de milliers de dollars en utilisant une chaîne de Ponzi.

Lui donnant le surnom de « l’Escroc Tinder », le reportage avait noté que Hayut séduisait les femmes en leur offrant de somptueux cadeaux, les emmenant dîner en jet privé avec l’argent qu’il avait emprunté à d’autres femmes qu’il avait escroquées.

Puis, invoquant des problèmes de sécurité liés à la concurrence de son entreprise, il leur demandait des faveurs financières qu’il promettait de leur rembourser.

Hayut utilisait également des artifices multiples pour rendre ses affirmations plus crédibles – s’entourant d’un faux garde du corps, de partenaires commerciaux et autres. Il avait même changé officiellement son nom en Leviev de manière à ce que son permis de conduire et son passeport viennent confirmer ses mensonges.

Hayut avait nié toutes les accusations lancées à son encontre, déclarant à la Douzième chaîne dans une interview accordée il y a plusieurs mois que toutes les femmes qui l’avaient accusé de fraude et de vol l’avaient fait pour des raisons personnelles.

« Peut-être qu’elles n’ont pas apprécié leur relation avec moi ou la façon dont j’ai agi », avait-il dit. « Peut-être qu’elles ont eu le cœur brisé ».

« Je ne leur ai jamais pris un sou ; ces femmes se sont bien amusées en ma compagnie, elles ont voyagé et ont pu voir le monde à mes frais », avait clamé Hayut.

L’année dernière, la Douzième chaîne avait indiqué que le père de Hayut, le grand-rabbin du transporteur aérien El Al, le rabbin en chef d’El Al Airlines, Yohanan Hayut, avait été interrogé par la police parce qu’il était soupçonné d’avoir escroqué des centaines de millions de shekels à des hommes d’affaires en collaboration avec son fils.

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