La lutte contre le désastre climatique, une ouverture diplomatique pour Israël ?
Rechercher

La lutte contre le désastre climatique, une ouverture diplomatique pour Israël ?

L'État juif peut partager ses technologies sur l'eau, l'agriculture, la reforestation, etc... pour promouvoir la "diplomatie climatique", selon le ministère des Affaires étrangères

FILE - Un pont flottant sur le lagon Suesca à sec, à Suesca, en Colombie. (Crédit : AP Photo/Fernando Vergara, File)
FILE - Un pont flottant sur le lagon Suesca à sec, à Suesca, en Colombie. (Crédit : AP Photo/Fernando Vergara, File)

Un rapport établi par l’ONU sur le réchauffement climatique met résolument en garde les pays sur l’état de la planète – mais Jérusalem fait part de son espoir que le savoir-faire scientifique israélien puisse transformer l’État juif en phare international pour les nations qui cherchent à lutter, à atténuer ou à éviter les catastrophes annoncées.

Selon un rapport émis par le Groupe international d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) de l’ONU, qui a été rendu public lundi, le climat de la Terre devient tellement chaud que les températures, d’ici une décennie, franchiront très probablement le seuil de réchauffement que les dirigeants du monde entier cherchaient à éviter, ce qui entraînerait des vagues de chaleur de plus en plus importantes, des inondations, des tempêtes, des sécheresses et plus encore.

Le ministère des Affaires étrangères a estimé que le rapport était un « voyant d’alarme » tout en faisant remarquer que la coopération internationale et la mise en commun des connaissances pouvaient encore éviter « les scénarios extrêmes » qui ont été prédits – et qu’Israël pouvait tenir un rôle déterminant dans cette mobilisation tous azimuts.

« L’expérience d’Israël et nos connaissances peuvent aider les pays du monde entier dans les domaines des technologies de l’eau et du dessalement de l’eau de mer, dans celles de l’agriculture résistante à la sécheresse ou au changement climatique, mais aussi dans le domaine des énergies renouvelables et de leur stockage, dans celui des substituts aux protéines animales, dans la reforestation et dans d’autres secteurs qui nous aideront tous à relever les défis qui se posent », a commenté le directeur du ministère des Affaires étrangères, Alon Ushpiz.

Le ministère a indiqué qu’il allait promouvoir « la diplomatie climatique » qui comprend la participation aux événements internationaux consacrés à la question du climat et la mise en avant des technologies israéliennes susceptibles d’offrir des solutions.

Tandis que le précédent gouvernement israélien a été accusé d’avoir adopté avec trop peu d’enthousiasme les Accords de Paris, signés en 2015, visant la réduction des émissions et qu’il s’est caractérisé par sa lenteur dans la transition du pays vers les énergies renouvelables, le secteur privé israélien est l’un des leaders dans le monde en termes d’innovations qui pourraient potentiellement apporter des solutions dans un monde en proie au réchauffement. C’est particulièrement le cas concernant la rareté de l’eau.

Un projet de canne à sucre au Pérou en utilisant les systèmes d’irrigation goutte-à-goutte Netafim (Autorisation Netafim)

Le savoir-faire du pays concernant l’eau et les technologies agricoles a été cité comme un facteur majeur ayant motivé l’établissement des liens entre certains pays et l’État juif. Au mois de juin, les Émirats arabes unis et l’université de Tel Aviv ont annoncé qu’ils allaient établir un institut de recherche conjoint sur l’eau.

Le mois dernier, Watergen, une start-up israélienne qui a développé une technologie qui produit de l’eau à partir de l’air, a installé un générateur en Arizona pour aider la Navajo Nation à prendre en charge une grave sécheresse qui sévit dans l’état américain.

Israël combat d’ores et déjà les désastres entraînés par le climat en envoyant des délégations d’aide ou de secours dans des zones touchées par des catastrophes naturelles – le pays a notamment envoyé des sapeurs-pompiers se battre contre les incendies historiques qui touchent actuellement la Grèce. Lundi, le Premier ministre Naftali Bennett a indiqué à son homologue grec, Kyriakos Mitsotakis, que l’État juif allait envoyer deux canadairs pour soutenir le travail des pompiers grecs.

Les responsables israéliens expliquent que ces missions d’aide sont un engagement de type humanitaire, et une manière également de redorer l’image du pays à l’étranger. Certains critiques raillent cette pratique, qui affirment-ils, vise à détourner l’attention des violences présumées exercées à l’encontre des Palestiniens.

Une délégation de sapeurs-pompiers israéliens avant son départ pour la Grèce où elle aidera à lutter contre les incendies qui ravagent le pays, le 6 août 2021. (Crédit : Sapeurs-pompiers israéliens)

Israël, depuis des décennies, utilise aussi sa branche consacrée au développement international, Mashav, pour aider à renforcer la diplomatie en formant les agriculteurs et en s’attaquant aux inquiétudes agricoles dans les zones sous-développées, qui devraient être parmi les plus touchées par le réchauffement climatique.

Le rapport de plus de 3 000 pages rédigé par 234 scientifiques indique que le réchauffement accélère déjà l’élévation du niveau de la mer, la diminution des glaciers et l’aggravation des phénomènes extrêmes tels que les vagues de chaleur, les sécheresses, les inondations et les tempêtes. Les cyclones tropicaux deviennent plus forts et plus humides, tandis que la glace de la mer arctique diminue en été et que le permafrost dégèle. Toutes ces tendances vont s’aggraver, selon le rapport.

La ministre de la Protection environnementale Tamar Zandberg a expliqué lundi que ce nouveau rapport démontrait qu’Israël devait désigner le changement climatique comme étant une « menace stratégique » afin de se préparer correctement aux défis qui s’annoncent.

Le députée du Meretz Tamar Zandberg lors d’une réunion de faction à la Knesset, le 26 avril 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le ministère de la Protection environnementale a déclaré que le rapport devait servir de « signal d’alarme » pour le gouvernement israélien.

« Il est temps d’agir et d’agir rapidement – pour réduire les émissions de gaz à effet de serre d’une part et pour mieux se préparer aux effets inévitables du changement climatique d’autre part », a déclaré le ministère dans un communiqué.

Le budget d’État de deux ans approuvé par les ministres la semaine dernière comprend pour la première fois une allocation particulière de 625 millions de shekels pour lutter contre le changement climatique.

L’argent, qui sera alloué sur deux ans pour aider à financer un programme quinquennal, permettra au ministère de la Protection environnementale de faire avancer les initiatives prises en matière d’énergies renouvelables, de transport vert et de qualité de l’air, d’aider les autorités locales à créer des programmes pour faire face au changement climatique et d’investir dans la recherche environnementale et les nouvelles technologies, entre autres, selon un communiqué du ministère.

Des Israéliens participent à une marche de protestation pour demander une action immédiate sur le changement climatique à Tel Aviv le 29 mars 2019. (Crédit : Adam Shuldman/Flash90)

Le mois dernier, le gouvernement a accepté de réduire les émissions nettes de gaz à effet de serre (GES) de 27 % d’ici à 2030 et de 85 % d’ici à 2050, par rapport à 2015, dans toute l’économie.

Sue Surkes a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...