La mort d’un soldat bouleverse un bataillon religieux
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La mort d’un soldat bouleverse un bataillon religieux

Les soldats ultra-orthodoxes - qui servent en grand nombre dans le bataillon Netzah Yehuda - subissent souvent l'ostracisme de leurs familles et la pression sociale

Rabbi Eliyahu Merav s'exprime durant les funérailles de son beau-fils Yosef Cohen, mort dans une fusillade terroriste près d'Ofra, en Cisjordanie, le 14 décembre 2018 ( Crédit :  Yonatan Sindel/Flash90
Rabbi Eliyahu Merav s'exprime durant les funérailles de son beau-fils Yosef Cohen, mort dans une fusillade terroriste près d'Ofra, en Cisjordanie, le 14 décembre 2018 ( Crédit : Yonatan Sindel/Flash90

JTA — « Yosef ! Yosef ! », a gémi le rabbin Eliyahu Meirav, criant le nom de son beau-fils dont la dépouille était étendue devant lui dans un linceul sur une plaque de marbre. « Tu étais droit. Je n’ai pas voulu le croire. Tu étais un homme de coeur, un homme pur – un jeune garçon merveilleux et béni ».

Éclatant en sanglots, la douleur du beau-père endeuillé a été rejointe par les pleurs des personnes présentes dans l’assistance, un mélange de Juifs orthodoxes – Haredim et sionistes religieux – et de juifs laïcs. De nombreux individus en uniforme étaient présents dans la chambre mortuaire, arborant l’insigne du bataillon Netzach Yehuda auquel appartenait le jeune défunt.

« Tu pars pour un monde meilleur », a continué Meirav, éclatant une nouvelle fois en sanglots en évoquant son fils « martyr ». « Dieu, c’est assez – Trop de haine et de mort ».

Le sergent Yosef Cohen, 19 ans, est mort jeudi aux côtés du sergent Yovel Mor Yosef lorsqu’un homme armé palestinien a ouvert le feu vers un arrêt de bus que les deux militaires gardaient, aux abords de l’implantation d’Ofra.

Un autre soldat et une civile israélienne ont aussi été blessés dans l’attaque qui a été la deuxième à frapper cette communauté de Cisjordanie en quelques jours.

Au début de la semaine dernière, en effet, sept personnes avaient été blessées dans une attaque presque similaire. Une femme enceinte de 21 ans, qui venait de se marier, avait été touchée. Son enfant, né par césarienne et dans l’urgence, n’a pas survécu.

Une photo montage montre le sergent Yosef Cohen (G) et le sergent d’état-major Yovel Mor Yosef de la Brigade Kfir de l’Armée israélienne. Les deux jeunes hommes ont été tués le 13 décembre 2018 lors d’un attentat terroriste à l’extérieur de l’avant-poste de Givat Assaf, dans le centre de la Cisjordanie. (Armée israélienne)

Jérusalem et la Cisjordanie disputées ont été frappées par la violence la semaine dernière, avec aussi une attaque présumée à la voiture-bélier près de Ramallah et un attentat à l’arme blanche qui a fait deux blessés – deux soldats – dans la Vieille Ville de Jérusalem. Un militaire a également été poignardé au sein de l’implantation de Beit El.

La mort de Cohen a attiré l’attention sur le bataillon Netzah Yehuda, formé en 1999 pour permettre aux jeunes Haredim – stricts pratiquants – de servir dans l’armée. Cela fait longtemps que les autres juifs orthodoxes, connus sous le nom de modernes orthodoxes ou sionistes religieux, font leur service militaire, mais ce bataillon aura permis de respecter les besoins rituels et d’études des recrues les plus religieuses. La division des ressources humaines de Tsahal estime à 2 850 le nombre de soldats Haredim recrutés en 2016.

Ils auraient été 3 100 en 2017.

Un soldat du bataillon Netzach Yehuda aux funérailles de Cohen, le 14 décembre 2018 (Crédit : Sam Sokol/JTA)

La décision de faire son service rencontre toutefois souvent une certaine résistance au sein des communautés des soldats – des communautés où les jeunes hommes doivent étudier la Torah à plein temps et où les leaders et les familles craignent l’influence laïque de l’armée.

Netanel Friedman, un Israélo-américain membre de la compagnie de Cohen, a expliqué à JTA que Cohen était un soldat seul – ou un soldat catégorisé comme ayant choisi de servir au sein de l’armée sans famille pour lui apporter un soutien. Les relations entre Cohen et sa famille étaient apparemment tendues, même si le degré de rupture de leurs liens reste indéterminé.

Selon des informations parues dans les médias, Cohen vivait avec plusieurs autres soldats à Beit Shemesh, préférant cette option à celle de retourner chez lui.

Un nombre significatif de jeunes orthodoxes haredim enrôlés au sein de l’armée doivent affronter l’ostracisme social et Cohen « représentait une population entière à laquelle nous venons en aide », a expliqué Jake Flaster du Centre des soldats seuls, une organisation qui offre des services sociaux et financiers aux Israéliens et aux Israéliennes qui font leur service militaire.

« Cela faisait des années que nous aidions Yosef ».

Des amis et des membres de la famille de Yosef Cohen, tué dans une fusillade en Cisjordanie, à la chambre funéraire Shamgar de Jérusalem, lors de ses funérailles, le 14 décembre 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans des entretiens accordés aux médias, le beau-père de Cohen a raconté que le jeune homme avait passé le Shabbat précédent chez lui, disant à sa famille qu’il était reconnaissant de pouvoir « défendre le peuple juif avec mon corps ».

Meirav, ancien pilote de chasse devenu religieux et qui avait alors rejoint la communauté hassidique de Breslev, a confié au Jerusalem Post que s’il avait encouragé son beau-fils à intégrer l’armée, lui disant que c’était une « bonne chose, appropriée pour lui », la mère de Yosef était quant à elle contre pour des raisons personnelles.

« C’est dur pour une mère d’envoyer son enfant à l’armée », a-t-il expliqué.

Lors des funérailles néanmoins, la famille de Cohen a salué de manière répétée le service militaire et la personnalité du défunt.

Tous les désaccords ont paru s’évanouir lorsque sa mère, sanglotant désespérément, s’est approchée de son fils – mais tout en étant incapable de prendre ce dernier dans ses bras une dernière fois.

Des amis et des membres de la famille transportent la dépouille du soldat israélien Yosef Cohen pendant ses funérailles sur le mont des Oliviers à Jérusalem, le 14 décembre 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La chambre mortuaire Shamgar, à Jérusalem, était bondée dans la matinée de vendredi. Ses amis et ses proches se sont souvenus de Cohen, une âme attentive qui tendait toujours la main pour aider ceux qui en avaient besoin.

« C’était mon meilleur ami », a dit Friedman à JTA. « Nous avons été à l’école ensemble » pendant des années avant d’entrer dans l’armée et « c’est difficile de me séparer de lui. Il était drôle, sociable, le meilleur ami que je puisse espérer. J’ai pleuré pendant des heures en apprenant la nouvelle ».

Friedman a raconté qu’il avait parlé avec Cohen la veille de sa mort, le prenant dans ses bras et lui disant qu’ils se verraient le jour suivant.

« Il a répondu : ‘On verra’. Comme s’il savait déjà. Tout vient des cieux », a ajouté Friedman, inconsolable.

Yishai, ancien soldat appartenant au bataillon Netzah Yehuda qui ne connaissait pas Cohen, a expliqué être venu aux funérailles parce qu’il pensait « qu’il est important de se lier à ces moments qui bouleversent toute la vie ».

Un sentiment partagé par Raphi Pollak, immigrant américain qui a noté avoir « ressenti la nécessité de rendre hommage à son sacrifice et au sacrifice de tous les militaires haredim qui ont eu le courage de rejoindre l’armée » face aux pressions sociales.

Cohen « est mort en maintenant le caractère sacré du nom de Dieu », a commenté Shlomo Amar, grand-rabbin séfarade de Jérusalem. « Il est mort alors qu’il montait la garde pour protéger des Juifs. On ne peut comprendre la hauteur à laquelle se hisse un martyr. Nous allons pleurer, mais nous ne ploierons pas ».

Le commandant de Cohen, Matti Shevach, s’est exprimé tout en regardant la dépouille recouverte du défunt. « Nous continuerons à faire ce que tu faisais lorsque tu es tombé et à défendre la nation d’Israël », a dit Shevach. « Tu es notre messager, au-dessus de nous. Dis à Dieu que nous en avons assez ».

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