Une page Facebook du Fatah désactivée « par précaution » avant sa suspension
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Une page Facebook du Fatah désactivée « par précaution » avant sa suspension

Le rédacteur de la page a déclaré que son équipe l'avait désactivée, craignant que Facebook ne la supprime, au regard de l'important nombre de signalements quant à son contenu

L'un des nombreux dessins d'enfants palestiniens publiés sur la page Facebook du Fatah, le parti politique du président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, le 11 octobre 2016. (Crédit : Palestinian Media Watch)
L'un des nombreux dessins d'enfants palestiniens publiés sur la page Facebook du Fatah, le parti politique du président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, le 11 octobre 2016. (Crédit : Palestinian Media Watch)

Une page Facebook liée au Fatah, le parti du président de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, qui a diffusé plusieurs publications incendiaires ces dernières années, a été désactivée mercredi.

Munir Jaghoub, rédacteur de « The Palestinian National Liberation Movement ‘Fatah’/ The Official Page », a déclaré qu’il avait décidé, avec son équipe, de désactiver la page parce qu’ils craignaient que Facebook ne la supprime, au regard de l’important nombre de signalements quant à son contenu.

« Nous avons décidé de la fermer pour un certain temps, par mesure de précaution », a-t-il dit au Times of Israël par téléphone.

« Nous craignons que Facebook la ferme définitivement à cause de la campagne de cette organisation israélienne et de ses plaintes », a-t-il dit, faisant allusion à Palestinian Media Watch (PMW), une organisation non-gouvernementale qui signale régulièrement des publications controversées sur cette page.

Il y a deux semaines, PMW a lancé une campagne sur les réseaux sociaux pour appeler Facebook à fermer cette page, affirmant que le Fatah s’en servait pour « provoquer et glorifier la haine et la violence ».

Un post sur la page Facebook du Fatah qui appelle au meurtre des Juifs, en octobre 2015. (Crédit : capture d’écran Palestinian Media Watch)

Dans le cadre de cette campagne, l’organisation avait demandé aux internautes d’envoyer des e-mails pré-écrits à Brian Fishman, le directeur de l’équipe internationale de la lutte anti-terrorisme chez Facebook, pour exhorter la société à fermer la page.

En 2015, Facebook avait fermé une première version de la page et en 2017, le géant des réseaux sociaux avait suspendu la page actuelle avant de la ré-autoriser.

La page était inactive à compter de mercredi.

Facebook a confirmé qu’il n’était pas à l’origine de cette inactivité.

« Nous avons reçu des signalements sur du contenu potentiellement violent sur cette page, et, comme nous le faisons avec tous les signalements, nous sommes en train d’examiner ce contenu pour déterminer s’il enfreint nos politiques. Toutefois, nous n’avons pas pris de mesures pour désactiver cette page », a déclaré un porte-parole de Facebook dans un communiqué.

Certaines des publications les plus controversées sur cette page incluent une image d’un couteau avec un drapeau palestinien sur le manche, poignardant un Juif religieux ; des éloges à Dalal al-Mughrabi, un terroriste palestinien partiellement responsable de la mort de 38 Israéliens et la revendication par le Fatah de la mort de milliers d’Israéliens.

Jaghoub a déclaré que son équipe avait l’intention de réactiver prochainement la page, mais n’a pas donné d’échéance.

« Nous serons patients », a-t-il dit. « Nous pouvons la réactiver à tout moment, mais nous voulons nous assurer de le faire une fois que cette vague d’attaques contre la page sera passée. »

Jaghoub, qui est également un porte-parole de la Commission d’Organisation et de Mobilisation du Fatah (l’instance qui supervise les branches locales, les activités et le recrutement), a affirmé dans une interview plus tôt cette année que les détracteurs de la page ne comprennent pas le « symbolisme » de certaines publications très controversées.

Jaghoub avait admis à l’époque que certains membres de la hiérarchie du Fatah demandaient parfois à ce qu’il supprime des publications jugées trop litigieuses. De leur côté, trois membres haut-placés du Fatah ont fait savoir que la page ne reflétait pas les positions officielles du parti.

Munir Jaghoub, rédacteur en chef d’une page Facebook liée au Fatah, dans son bureau de Ramallah, le 22 janvier 2019. (Crédit : Adam Rasgon/Times of Israel)

Les détracteurs israéliens, dont fait partie Itamar Marcus, directeur de PMW, ont rejeté le « symbolisme » des publications invoqué par Jaghoub, et affirmé qu’il incite « constamment » les Palestiniens à mener des attaques violentes contre les Juifs.

Après la désactivation de la page mercredi, Marcus a déclaré que « c’est une bonne chose que le Fatah lui-même réalise à quel point sa page est terrible et qu’il ait décidé d’empêcher sa fermeture. Nous espérons que Facebook reconnaîtra ce que le Fatah a reconnu et qu’il fermera cette page qui promeut le terrorisme. »

Avant qu’elle ne soit inaccessible, la page comptait près de 224 000 abonnés et diffusait des dizaines de publications chaque jour au sujet du Fatah, d’Israël et du monde arabe, qui sont, pour la plupart, très peu controversés.

Des dizaines de milliers d’utilisateurs de Facebook consultent cette page chaque mois – 68 400 en décembre, selon les donnés qu’a pu consulter le Times of Israël en janvier.

PMW a une section sur son site dédiée aux réseaux sociaux de l’AP et du Fatah, qui compte plus de 100 signalements de publications controversées sur cette page, à partir de 2012.

Marcus a déclaré que son groupe avait adressé de nombreux signalements au bureau du Premier ministre et aux autorités américaines.

D’autres groupes de surveillance et groupes de réflexion, notamment MEMRI et le Jerusalem Center for Public Affairs, ont également rédigé des signalement suite à des publications incendiaires sur la page.

Si Jaghoub avait déclaré dans une interview il y a quelques mois que chaque publication reflétait « indubitablement » les positions du Fatah, les membres du parti s’en sont distancés.

Le porte-parole du Fatah Osama Qawasam avait déclaré à l’époque que la page ne représentait que la Commission d’organisation et de mobilisation du Fatah.

« Cette page appartient à la Commission d’organisation et de mobilisation du Fatah et représente ses positions », avait déclaré Qawasam. « La Commission des médias exprime les positions politiques officielles du Fatah, a-t-il ajouté, mentionnant l’instance pour laquelle il travaille et qui diffuse régulièrement des communiqués sur les relations entre Israël et les Palestiniens.

Un post sur la page Facebook du Fatah qui affirme que le parti a tué 11 000 Israéliens. (Crédit : capture d’écran Palestinian Media Watch)

Le Fatah compte 11 commissions, supervisées par divers membres de la Commission centrale du Fatah.

Un autre fonctionnaire haut-placé du Fatah, qui a requis l’anonymat, a déclaré début 2019 que cette page « ne représente certainement pas les positions officielles » et avait qualifié Jaghoub et ses rédacteurs de « groupe d’amateurs ».

Azzam al-Ahmad, cadre du Fatah, avait déclaré qu’il ne savait rien à propos de cette page. « Je le jure devant Dieu que je n’avais jamais vu ni entendu parler de cette page », a déclaré Ahmad dans une interview il y a quelques mois.

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