La police recommande l’inculpation d’Aryeh Deri pour fraude et abus de confiance
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La police recommande l’inculpation d’Aryeh Deri pour fraude et abus de confiance

L'enquête a trouvé des preuves de déclarations mensongères, d'obstruction aux procédures judiciaires, de blanchiment d'argent et de délits fiscaux pour des millions de shekels

Le ministre de l'Intérieur, Aryeh Deri, assiste à une cérémonie de prestation de serment pour le Conseil rabbinique à la résidence du Président à Jérusalem, le 24 octobre 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le ministre de l'Intérieur, Aryeh Deri, assiste à une cérémonie de prestation de serment pour le Conseil rabbinique à la résidence du Président à Jérusalem, le 24 octobre 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

La police a annoncé mardi qu’elle recommandait l’inculpation du ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, (chef du parti Shas) soupçonné de fraude, d’abus de confiance, d’obstruction aux procédures judiciaires, de blanchiment d’argent et de délits fiscaux à hauteur de millions de shekels – certaines infractions ayant été commises alors qu’il était ministre et membre du cabinet.

Les enquêteurs ont également recommandé l’inculpation du frère de Deri, Shlomo, pour des délits financiers, a indiqué la police israélienne dans un communiqué.

La police a fait savoir que l’enquête avait permis de trouver des preuves montrant que le ministre Deri « a commis des délits de fraude et d’abus de confiance s’agissant de sa conduite envers un homme d’affaires alors qu’il était ministre, ainsi que des délits fiscaux pour des montants significatifs à hauteur de millions de shekels. Il s’est également prêté au blanchiment d’argent, il a perturbé les procédures judiciaires et fait de fausses déclarations au président de la Knesset concernant ses avoirs et ses revenus ».

La charge de corruption n’a pas été retenue. Cette accusation, selon des informations parues au mois d’avril dans les médias, avait été abandonnée pour manque de preuves.

Shlomo Deri, le frère du ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, à Jérusalem, le 23 décembre 2015. (Crédit : Flash90)

Le dossier va être transmis dans les prochains jours au bureau du procureur de l’Etat.

Répondant à l’annonce faite par la police, le bureau de Deri a « salué » la conclusion de l’enquête et indiqué qu’il était « satisfait » que plusieurs soupçons initialement soulevés n’aient pas figuré dans les recommandations.

« Nous pensons que le bureau du procureur de l’Etat va également abandonner tous les autres et qu’il sera clairement établi que le ministre Aryeh Deri n’a pas contrevenu à la loi », a fait savoir un bref communiqué.

Deri est soupçonné d’avoir détourné des centaines de milliers de shekels de fonds publics, les versant à des ONG dirigées par des membres de sa famille proche, ainsi que de fraude fiscale liée à la vente d’appartements à son frère.

La police a noté que l’enquête s’était intéressée à « des transferts financiers d’un montant de centaines de milliers de shekels », transmis par Deri à « des hommes d’affaires variés », à « la nature des paiements », et « aux rapports faussés rendus sur les transactions qui ont entouré la vente de parcelles foncières, propriétés de Deri ».

Les investigations se sont également penchées sur « les déclarations du ministre au président de la Knesset et au contrôleur de l’Etat, avec des informations manquantes dans les déclarations faites aux autorités fiscales ».

L’enquête aurait soulevé des irrégularités « sur les comptes bancaires liés à Aryeh Deri et à sa famille, en mettant l’accent sur des sommes d’argent transférées par des hommes d’affaires à la famille de Deri, certaines avant son retour dans la sphère politique et certaines après son retour à la Knesset », a encore précisé la police.

« Malgré le fait qu’il ait été explicitement demandé au ministre Deri de ne pas s’entretenir avec l’une des parties concernées au sujet des éléments soulevés dans l’enquête, et qu’il a été averti de ne pas manipuler les preuves, il a immédiatement approché cet individu au terme de son interrogatoire et en a évoqué les contenus ainsi que son témoignage attendu devant la police, lui rafraîchissant la mémoire », ont affirmé les enquêteurs.

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri et son épouse Yaffa devant leur maison à Jérusalem, le 29 mai 2017. (Yonatan Sindel / Flash90)

 

Les députés de l’opposition ont appelé Deri à démissionner, à la lumière de ces recommandations.

Le chef de l’Union sioniste Avi Gabbay a déclaré que ces accusations témoignaient de la « culture de la corruption au gouvernement » qui est devenue acceptée sur la scène politique israélienne.

« Voilà ce qui ce passe quand les politiciens baissent les bras et acceptent la corruption publique », a-t-il tweeté. « Cela peut changer. On peut former un gouvernement qui respecte l’état de droit, qui luttera contre la corruption et qui se place en exemple. »

Le chef du parti d’opposition Yesh Atid Yair Lapid a appelé le Premier ministre Benjamin Netanyahu à limoger Deri mais a concédé qu’il pourrait être réticent, en raison des recommandations similaires que la police pourrait faire contre lui.

« Encore un ministre qui rejoint les élus suspectés de corruption », a écrit Lapid. « Dans un pays normal, Netanyahu exigerait la démission de Deri aujourd’hui. Mais un Premier ministre qui pourrait faire l’objet d’une mise en examen ne peut pas vraiment dire quoi que ce soit à un ministre de l’Intérieur qui fait l’objet d’une recommandation de mise en examen. »

Le seul membre du cabinet à s’exprimer contre les recommandations de la police a été Uri Ariel, ministre de l’Agriculture et membre du parti HaBayit HaYehudi. Il a déclaré qu’il « pense et espère que les soupçons à l’encontre du ministre Deri se révéleront inexistants ».

D’autres députés ont, en revanche, demandé à Deri de démissionner immédiatement.

« Deri, comme tous les criminels, devrait être tenu à l’écart de la scène de crime et de la vie publique », a déclaré le député de l’Union sioniste Mickey Rosenthal dans un communiqué. « Aucun gouvernement de notre histoire n’a bafoué aussi ouvertement les valeurs de l’intégrité. S’il ne reste, ne serait-ce qu’une once d’honneur au sein du public israélien, alors Deri devrait immédiatement démissionner et ne jamais revenir. »

Son confrère Salah Sa’ad a déclaré que « pour son propre bien, et pour le bien de ses électeurs, qui, pour beaucoup, proviennent de populations défavorisées, il devrait démissionner de la Knesset et du gouvernement et se battre pour son innocence ».

« La poursuite du mandat de Deri au sein du gouvernement envoie un très mauvais message aux public », a-t-il ajouté.

La police a déclaré qu’une enquête au sujet d’autres soupçons n’était pas encore terminée.

« C’est un autre dossier dans lequel le matériel réuni n’est pas basé sur des preuves contre Deri et il a donc été décidé de ne pas reporter le transfert du premier dossier où les soupçons ont fait déjà l’objet d’une enquête », ont précisé les forces de l’ordre.

Au cours de certains interrogatoires qui ont eu lieu au mois de juillet, au mois d’août et au mois de septembre, les enquêteurs ont interrogé Deri et son épouse, Yaffa – qui dirige deux des organisations, Mifalot Simcha et Yehudia Yaale, qui auraient reçu des fonds publics.

Yaffa Deri est soupçonnée d’avoir utilisé l’argent versé à ses organisations à but non-lucratif pour acheter des biens immobiliers. Elle a été interrogée par la police aux côtés de son mari lors de deux interrogatoires.

Deri avait fait 22 mois de prison de 2000 à 2002, après avoir été reconnu coupable d’avoir reçu des pots-de-vin lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, dans les années 1990.

Il avait repris la tête de son parti Shas peu avant les élections de 2015, remplaçant Eli Yishai. Il a fait son retour à la tête du ministère de l’Intérieur en 2016, après qu’un tribunal a estimé que sa condamnation précédente ne le disqualifiait pas à ce poste.

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