La position de Trump en matière de « liberté religieuse » divise certains juifs
Rechercher

La position de Trump en matière de « liberté religieuse » divise certains juifs

"Quand la liberté religieuse s'oppose aux revendications en matière de droits civils, elle cause d'importants dégâts", dit le directeur émérite du Reform's Religious Action Center

De gauche à droite, la pasteur Marilyn Rivera, le rabbin Abba Cohen, Karen Pence et son époux le vice-président Mike Pence participent à une journée nationale de prière dans la Rose Garden de la Maison Blanche, le 2 mai 2019. (Chip Somodevilla/Getty Images/via JTA)
De gauche à droite, la pasteur Marilyn Rivera, le rabbin Abba Cohen, Karen Pence et son époux le vice-président Mike Pence participent à une journée nationale de prière dans la Rose Garden de la Maison Blanche, le 2 mai 2019. (Chip Somodevilla/Getty Images/via JTA)

WASHINGTON (JTA) – La définition de la liberté religieuse donnée par le président américain Donald Trump est bien accueillie par de nombreux dirigeants orthodoxes et déconcerte les dirigeants juifs plus libéraux.

Certaines des nouvelles règles proposées par l’administration américaine visent à protéger les prestataires de soins de santé qui affirment que certaines procédures violent leur conscience religieuse, notamment l’avortement, le suicide assisté et les questions de fin de vie.

Ces changements renverseraient huit années de politique de l’administration Obama, qui visait à élargir l’accès au contrôle des naissances, l’avortement et les prestations médicales pour les femmes et les personnes LGBTQ. Les conservateurs estiment que la politique impose des restrictions gouvernementales sur ce qu’ils considèrent comme l’expression de leur foi.

Saluées par la droite religieuse, les nouvelles directives mettent à nu les divisions au sein de la communauté juive.

« L’administration Trump a fait des progrès significatifs dans plusieurs domaines importants de la liberté religieuse, en particulier en ce qui concerne la communauté juive », a déclaré Abba Cohen, vice-président des affaires gouvernementales chez Agoudat Israel of America, un organisme-cadre des juifs ultra-orthodoxes. Le rabbin a prononcé une prière de remerciement la semaine dernière à l’occasion de la Journée nationale de prière à la Maison Blanche.

Le rabbin Yaakov Perlow, leader rabbinique d’Agudath Israël, dans un discours prononcé le 27 mai 2014, à New York City. (Crédit photo : capture d’écran YouTube)

Pendant ce temps, les courants juifs libéraux et les associations juives de défense des droits civiques expriment leur profonde inquiétude au sujet de la séparation de l’Église et de l’État, dont le but est de protéger les Américains des diktats de la religion.

« Là où les revendications de liberté religieuse s’opposent à d’importantes revendications de droits civils, l’administration a fait des dégâts considérables », a déclaré le rabbin David Saperstein, directeur émérite du Religious Action Center du mouvement réformé et ambassadeur itinérant pour la liberté religieuse internationale sous Obama.

Toutes les politiques de Trump n’ont pas suscité la colère des libéraux : Saperstein attribue à Trump l’application « rigoureuse » de la protection des employés fédéraux. Voici quelques-unes des politiques administratives de Trump qui divisent – et parfois unissent – la communauté juive.

Le respect des jours de fête religieuse

« Plus tôt cette semaine, j’ai pris des mesures pour faire en sorte que les employés fédéraux puissent prendre des congés rémunérés pour respecter les fêtes religieuses », a déclaré M. Trump la semaine dernière lors de la Journée nationale de la prière à la Maison Blanche.

Depuis des décennies, les employés fédéraux ont le droit de demander des congés religieux, mais l’administration Trump a renforcé le processus pour les administrateurs en favorisant l’employé qui en fait la demande.

Les employés ont maintenant un an pour rattraper le temps pris pour les jours fériés en faisant des heures supplémentaires. Auparavant, cela variait d’une agence à l’autre, et il arrivait que la fenêtre ne soit que de quelques semaines. De plus, les administrateurs doivent maintenant expliquer leur refus par écrit.

Le rabbin Josh Sherwin, lieutenant de marine, dirige les services de Rosh HaShana à bord de l’USS Ronald Reagan en septembre 2017. (Avec l’aimable autorisation de la JCCA)

Les félicitations sont unanimes. Les efforts menés par Agoudat Israel pour assouplir les dispositions relatives aux fêtes religieuses sont depuis longtemps soutenus par des groupes de défense des libertés civiles, dont le Reform’s Religious Action Center.

La plupart des politiques s’appliquent uniquement aux employés fédéraux. M. Cohen a toutefois souligné l’effet de contagion aux administrations étatiques et locales, ainsi qu’au secteur privé, où les employeurs se réfèrent souvent aux politiques du gouvernement fédéral pour se faire une idée.

Zonage des synagogues

Une autre initiative de Trump, qui recueille la reconnaissance générale des Juifs, concerne les lieux de culte.

L’an dernier, le procureur général de l’époque, Jeff Sessions, a informé l’Union orthodoxe qu’il lançait une formation pour les procureurs fédéraux afin d’aider les lieux de culte qui ont présenté des demandes en vertu de la Religious Land Use and Institutionalized Persons Act [Loi sur l’utilisation des terres à des fins religieuses et les personnes institutionnalisées], adoptée en 2000.

M. Cohen a déclaré que les violations de la loi sur l’utilisation religieuse des terres par les autorités locales en matière de zonage ont proliféré ces dernières années, certains responsables locaux affirmant sans vergogne qu’ils ne veulent pas de juifs orthodoxes dans leur circonscription. Le refus d’accorder des permis de construire ou d’agrandir des synagogues a été particulièrement lourd pour les orthodoxes, qui doivent habiter à une grande distance de marche de leurs synagogues.

A titre d’illustration : Cette photo prise le 5 avril 2019 montre deux juifs orthodoxes faisant de l’auto-stop sous la pluie dans un quartier juif de Monsey à Rockland County, New York. (Johannes Eisele/AFP)

« C’est devenu un moyen d’empêcher les Juifs de vivre dans le quartier », pour M.Cohen.

Le gouvernement fédéral est devenu beaucoup plus agressif en aidant les communautés juives locales dans les conflits avec les autorités locales récalcitrantes, a-t-il expliqué, par exemple en organisant des réunions entre des fonctionnaires fédéraux et les communautés locales pour les informer de leurs droits.

Questions de conscience

« Aujourd’hui même, nous avons mis au point de nouvelles mesures de protection du droit à la conscience pour les médecins, les pharmaciens, les infirmiers, les enseignants, les étudiants et les organismes de bienfaisance confessionnels », a indiqué le président Donald Trump la semaine dernière.

Le président faisait référence à des règles qui permettraient aux travailleurs médicaux et aux institutions médicales de refuser de participer à des procédures qui violent leurs principes religieux. Il s’agit notamment des avortements, des opérations liées au changement de sexe et des procédures de fin de vie.

Des organisations de femmes libérales, des groupes LGBTQ et des défenseurs des libertés civiles sont alarmés par bon nombre de ces extensions.

« Le ministère de la Santé et des Services sociaux est censé être au-dessus de la mêlée en matière de discrimination », a déclaré Nancy Kaufman, qui achève son mandat à la tête du National Council of Jewish Women. « C’est devenu un moyen de faire en sorte que nos droits religieux ne soient pas respectés. C’est épouvantable – l’idée que toute personne impliquée dans les soins d’un patient puisse utiliser ses propres croyances pour décréter les soins à donner. »

L’idée que les mesures de protection s’étendent aux institutions est particulièrement exaspérante pour Kaufman.

« Les individus ont une conscience », dit-elle. « Je ne pensais pas que c’était le cas pour les entreprises ».

Le directeur de l’Union orthodoxe à Washington, Nathan Diament, estime que les objections des libéraux étaient exagérées. D’une part, dit-il, les règles sont fondées sur des lois fédérales adoptées dans les années 1970 et qui existent déjà dans de nombreux États. D’autre part, elles ne s’appliquent pas aux procédures d’urgence, ce qui donne aux patients le temps de trouver des professionnels qui seraient prêts à effectuer l’intervention.

Des militants anti-avortement manifestent contre le financement du Planning familial par le gouvernement fédéral devant le Capitole, le 28 juillet 2015 à Washington DC. (Crédit : Olivier Douliery/Getty Images)

« Quand vous êtes patient, vous ne voulez pas d’un médecin ou d’une infirmière qui a des doutes sur la façon dont ils vous soignent », dit Nathan Diament.

Les juifs orthodoxes ne s’opposent pas à l’avortement au même degré que les chrétiens conservateurs. Néanmoins, les orthodoxes favorisent les règles de conscience en raison du principe que l’observance religieuse ne devrait pas être forcée de s’en remettre à la pratique professionnelle.

Selon M. Cohen, à mesure que les procédures de fin de vie deviennent plus sophistiquées et complexes, les orthodoxes sont encore en train de réfléchir aux principes religieux qui s’appliquent et ceux qui ne s’appliquent pas – et les professionnels orthodoxes ne veulent pas que le gouvernement leur force la main. La halakha, ou loi juive, diffère souvent du statu quo médical lorsqu’il s’agit de questions comme la réanimation, le retrait d’un respirateur et la mort cérébrale.

« La technologie est en pleine expansion », a-t-il dit. « Cela crée toutes sortes de conflits et de difficultés pour les professionnels de santé hésitant à faire ou ne pas faire les choses en fonction de leurs convictions. »

La cerise sur le gâteau (de mariage)

Une grande partie des efforts de l’administration Trump pour renverser les politiques de l’administration Obama se fait devant les tribunaux. Dans une affaire célèbre, l’administration Trump a pris le parti, devant la Cour suprême, d’un boulanger du Colorado qui a refusé de fournir un gâteau pour un mariage homosexuel dans l’affaire « Masterpiece Cakeshop vs Colorado Civil Rights Commission ». L’année dernière, la Haute Cour avait statué en faveur du pâtissier.

Dans cette photo du 10 mars 2014, Jack Phillips, propriétaire du Masterpiece Cakeshop, décore un gâteau dans son atelier à Lakewood, au Colorado. (AP Photo/Brennan Linsley)

« Le refus d’assurer des services aux personnes dans les lieux publics et dans les commerces ne devrait jamais être fondé sur le statut d’une personne en droit civil », a déclaré M. Saperstein. « Si les gens peuvent revendiquer leurs convictions religieuses pour ne pas célébrer les mariages homosexuels, ils peuvent le faire contre les mariages mixtes, contre les mariages juifs, hindous ou catholiques. »

Les organisations orthodoxes ont fait l’éloge du jugement à l’époque, affirmant qu’il constituait un précédent qui empêcherait toute tentative par un gouvernement d’interdire les pratiques religieuses – par exemple, la circoncision.

L’argent du gouvernement

Nathan Diament a commencé son éloge des politiques de l’administration de Trump par une cause qu’il a défendue : étendre les aides d’urgence en cas de catastrophe aux lieux de culte.

Pendant des années, les règles interdisant le versement de fonds fédéraux à des causes religieuses ont empêché la Federal Emergency Management Agency [Agence fédérale des situations d’urgence] de venir en aide aux synagogues, églises et autres institutions religieuses.

« Nous avons demandé à l’administration Obama de reconsidérer la politique de la FEMA contre la reconstruction des synagogues et autres lieux de culte après les catastrophes naturelles », a dit M. Diament. « L’administration Obama a refusé de la modifier. L’administration Trump a jugé cela hostile et discriminatoire ; elle l’a annulée. »

Pour M. Saperstein, le financement de la vie religieuse est une pente glissante.

« La dernière chose dont nous ayons besoin en Amérique, ce sont des entités sectaires qui se disputent l’argent du gouvernement ou des symboles religieux placés dans des lieux publics ou des prières religieuses dans des lieux publics », a dit M. Saperstein. « Nous échappons à l’amère division sectaire qui sévit dans tant d’autres pays. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...