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La procureure chargée des enquêtes sur Netanyahu ratera la moitié des audiences

Les avocats de Netanyahu ont entamé le troisième jour d'audience et ont prédit leur succès : "Quand nous aurons fini, ils n'auront pas d'autre choix que de classer l'affaire"

Liat Ben-Ari (Capture d'écran Ynet)
Liat Ben-Ari (Capture d'écran Ynet)

La procureur chargée des trois affaires de corruption dont fait l’objet Benjamin Netanyahu manquera la moitié des audiences préliminaires à une mise en examen, a confirmé le ministère de la Justice dimanche.

Liat Ben-Ari, qui dirige le département des crimes économiques et fiscaux du ministère public du district de Tel Aviv, a assisté aux deux premiers jours d’audience mercredi et jeudi la semaine dernière, mais a brillé par son absence à la reprise de l’audience dimanche matin. Elle manquera également les audiences de lundi.

Interrogé sur cette absence, le ministère de la Justice a déclaré dimanche qu’elle s’était rendue à l’étranger pour un déplacement d’une durée non communiquée, qui ne pouvait pas être annulé.

Les audiences devaient initialement se dérouler la semaine dernière, sur deux jours, mais les avocats de Netanyahu ont demandé il y a deux semaines une prolongation, bien après que les projets de voyage de Ben-Ari ont été finalisés. Les audiences ont été étalées sur deux jours supplémentaires cette semaine, a indique le ministère.

Le communiqué précise que l’absence de Ben-Ari n’impactera aucunement les conclusions sur une éventuelle mise en examen.

« L’audience se déroule devant le procureur-général, qui est habilité à prendre la décision [de mise en examen] sur cette affaire, et une large délégation de procureurs du district [de Tel Aviv] y prennent part ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime lors d’une réunion de la faction du Likud à la Knesset, le 3 octobre 2019. (Menahem Kahana/AFP)

Les avocats de Netanyahu ont adopté dimanche matin un ton confiant à leur arrivée au ministère de la Justice à Jérusalem pour ce troisième jour d’audiences.

« Quand nous aurons fini avec nos arguments, ils n’auront pas d’autre choix que de classer l’affaire. Nous pensons que c’est ce qui va se passer et c’est ce à quoi nous nous attendons », a déclaré Amit Haddad, l’un des avocats de Netanyahu, aux journalistes devant le ministère de la Justice.

Haddad a déclaré que les débats de dimanche permettront de conclure les discussions que l’affaire 4000, la plus grave des affaires qui pèsent contre le Premier ministre, et qu’ils passeront à l’affaire 1000.

Dans l’affaire 4000, Netanyahu est suspecté d’avoir pris des décisions régulatrices, en tant que ministre des Communications, qui ont bénéficié à Shaul Elovitch, alors actionnaire principal du groupe de télécommunications Bezeq, en échange d’une couverture médiatique positive sur le site internet Walla d’Elovitch. Netanyahu risque d’être poursuivi pour fraude, abus de confiance et corruption, dans cette affaire.

Netanyahu a fait valoir qu’il n’était pas à l’origine des décisions régulatrices qui ont profité à Bezeq et à Elovitch et que le site d’information Walla avait été très critique à son égard, alors que les procureurs estimaient que la couverture médiatique était faussée en sa faveur par Elovitch.

Les avocats du Premier ministre Benjamin Netanyahu Yossi Ashkenazi, à droite et Amit Haddad à l’issue du deuxième jour d’audience au ministère de la Justice de Jérusalem, le 3 octobre 2019. (Crédit : capture d’écran Douzième chaîne)

Dans les trois affaires, Netanyahu est suspecté de fraude et d’abus de confiance.

Dans l’affaire 1000, Netanyahu est soupçonné d’avoir reçu des avantages et des cadeaux d’une valeur d’environ 1 million de shekels (250 000 euros) d’Arnon Milchan, producteur israélien de cinéma à Hollywood, et de James Packer, magnat australien des casinos. Mandelblit songerait à une mise en examen pour abus de confiance et fraude.

Netanyahu a affirmé qu’il n’y avait rien d’illégal ni d’immoral à recevoir des cadeaux de la part de ses amis. Ses avocats devraient avancer dimanche que les relations entre le Premier ministre et les deux milliardaires étaient de nature amicale, et que Netanyahu n’a jamais agi par intérêt pour Milchan de manière illégale et que les cadeaux avaient moins de valeur que ce que les procureurs affirment.

L’affaire 2000 concerne un accord de contrepartie illicite présumé entre Netanyahu et Arnon Moses, éditeur du journal Yedioth Ahronoth, et dans lequel le Premier ministre aurait fait entrave au quotidien rival Israel Hayom en échange d’une couverture plus favorable de la part du Yedioth. Dans ce dossier, Mandelblit voudrait inculper le Premier ministre pour abus de confiance, tandis que Moses sera poursuivi pour pots-de-vin. Ce dernier s’est rendu à son audience le mois dernier et risque une inculpation pour pots-de-vin.

Les délibérations sur les trois affaires devaient prendre fin avant la veille de Yom Kippour mardi, mais les négociations sur l’affaire 4000 n’ont pas été terminées jeudi comme prévu, ce qui laisse la possibilité que les audiences se poursuivent au delà du jour saint, afin que la totalité des éléments soient traités. La Douzième chaîne a rapporté vendredi que les audiences ne seraient pas prolongées, mais cela n’a pas été confirmé par les autorités.

La Treizième chaîne a diffusé dimanche de nouveaux témoignages de l’affaire 1000. Selon la chaîne, Hadas Klein, l’assistance personnelle de Milchan, avait déclaré aux enquêteurs que le producteur hollywoodien apportait toujours des cadeaux quand il rencontrait Netanyahu et sa femme Sara, parce que « ce n’était pas possible de venir les mains vides. Les Netanyahu auraient été très déçus, pour dire ça joliment ».

Le procureur-général Avichai Mandelblit, à gauche, arrive au ministère de la Justice de Jérusalem pour l’audience sur les affaires de corruption dans lesquelles le Premier ministre Benjamin Netanyahu est impliqué, le 3 octobre 2019. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Elle a déclaré que Netanyahu demandait souvent des cigares à Milchan, et qu’une fois, « il m’a mis un cigare qu’il aimait dans la main, pour que nous cherchions cette marque ».

« Trouvez-moi ça, c’est ce que j’aime », aurait-il dit selon les propos rapportés par Klein.

Milchan avait déclaré, lors d’une déposition, que Sara avait exigé un bijou onéreux pour son anniversaire. Quand le milliardaire a manifesté son hésitation, « Sara a dit à mon assistante ‘vous me faites honte, dites lui qu’il me fait honte' », a ajouté Milchan.

« Puis Netanyahu m’a appelé et m’a dit ‘écoute, ils lui font la peau, aide-la. Elle se fait massacrer par la presse chaque jour’… il a dit qu’il y avait une autorisation légale, que c’était vérifié à 100 %. »

Le bureau du Premier ministre a réagi samedi au reportage et l’a qualifié de « mensonger », et ajouté que les évènements mentionnés « ne se sont jamais produits ». Il a déclaré que le reportage était « unilatéral, criminel, partial et biaisé ».

Samedi soir, des centaines de manifestants et de contre-manifestants se sont réunis à Petah Tikva, devant le domicile du procureur-général Avichai Mandelblit.

Des manifestants soutiennent le Premier ministre Benjamin Netanyahu au sujet des audiences devant le domicile du procureur général Avichai Mandelblit, à Petah Tikva, le 5 octobre 2019. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Plusieurs centaines de personnes étaient présentes pour défendre le Premier ministre et ont appelé à ce que « justice » soit faite.

Sur sa page Facebook, Netanyahu a remercié les « milliers » de personnes pour leur soutien.

Un groupe moins important de contre-manifestants a appelé à la mise en examen du Premier ministre. La police a fait tampon entre les deux foules.

Netanyahu a clamé de manière répétée faire l’objet d’une chasse aux sorcières par les médias, la gauche et la police.

Mais Ram Caspi, l’avocat de Netanyahu, a déclaré mercredi qu’il avait « une confiance totale et sans réserve dans le système judiciaire et l’application de la loi ».

Les avocats du Premier ministre Benjamin Netanyahu ont présenté cette semaine un avis juridique de cinq professeurs américains, dont Alan Dershowitz, lors des audiences préalables à l’inculpation, en faisant valoir que le fait d’enquêter sur l’influence de la couverture médiatique en tant qu’infraction pénale constitue un danger pour la démocratie.

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