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La Roumanie rend l’enseignement de la Shoah obligatoire dans tous les lycées

La loi entrera en vigueur en 2023 ; un élu nationaliste affirme que la loi est inutile car la Roumanie n'aurait pas enregistré "un seul acte antisémite sérieux" en 20 ans

Des Juifs se rendent sur les tombes de proches tués lors de la Shoah pendant la Seconde Guerre mondiale, dans la ville roumaine de Lasi, le 28 novembre 2012. (Yaakov Naumi/Flash90)
Des Juifs se rendent sur les tombes de proches tués lors de la Shoah pendant la Seconde Guerre mondiale, dans la ville roumaine de Lasi, le 28 novembre 2012. (Yaakov Naumi/Flash90)

BUCAREST, Roumanie (JTA) – Le Sénat roumain a adopté une loi qui rend obligatoire l’enseignement d’un cours sur l’histoire de Shoah et le peuple juif dans les écoles secondaires et professionnelles du pays.

La loi adoptée lundi stipule que le cours sera enseigné à partir de 2023. Son contenu sera décidé par le ministère de l’Education du pays en collaboration avec l’Institut Elie Wiesel pour l’étude de la Shoah en Roumanie.

Selon le législateur juif Silviu Vexler, qui a parrainé la loi, cette initiative vise à « contrer l’intolérance et l’extrémisme » chez les jeunes.

Le Parti nationaliste libéral de centre-droit et les sociaux-démocrates ont voté en faveur de la loi, ainsi que l’alliance centriste USR PLUS et l’Union démocratique des Hongrois de Roumanie.

La loi, qui avait déjà été adoptée par la chambre basse de Roumanie, a été soutenue par 107 sénateurs, tandis que 13 législateurs ont voté contre et un s’est abstenu.

Elle a rencontré l’opposition de l’Alliance pour l’union des Roumains (AUR), un parti nationaliste de droite populiste qui a obtenu 9 % des voix lors de ses premières élections générales en décembre dernier et qui est désormais le quatrième parti de l’assemblée législative du pays.

Le législateur de l’AUR, Claudiu Tarziu, a jugé la loi inutile, affirmant que la Roumanie n’a pas connu un seul « cas d’antisémitisme grave » au cours des 20 dernières années.

George Simion, à droite, et Claudiu Tarziu, à gauche, dirigeants de l’Alliance pour l’unification des Roumains (AUR), lors d’une conférence de presse au siège du parti à Bucarest, en Roumanie, le 7 décembre 2020. (Crédit : AP Photo/Vadim Ghirda)

Tarziu a déclaré que la loi était « en contradiction » avec les lois roumaines et celles de l’Union européenne ainsi qu’avec le « bon sens », car elle est discriminatoire envers « nos concitoyens qui appartiennent à d’autres minorités ».

Selon les statistiques officielles incluses dans un rapport de l’Institut Elie Wiesel, un total de 27 incidents antisémites ont été signalés aux autorités en 2020. Un certain nombre de cimetières juifs ont été vandalisés ces dernières années.

L’actrice juive roumaine Maia Morgenstern – qui a fait la une des journaux internationaux pour son rôle de la Vierge Marie dans « La Passion du Christ » de Mel Gibson – a reçu en mars dernier des menaces de mort de la part d’un individu qui a déclaré vouloir « la jeter dans une chambre à gaz. »

Des pierres tombales renversées au cimetière juif dans la ville d’Huşi, en Roumanie, en avril 2019 (Fédération des communautés juives de Roumanie).

Les messages antisémites sont également monnaie courante dans la presse nationaliste marginale, tant en ligne que sur papier, et des interprétations historiques de la Shoah qui minimisent le rôle de la Roumanie ont été avancées par des historiens et des professeurs d’université locaux.

Selon l’Institut Elie Wiesel, entre 280 000 et 380 000 Juifs roumains et ukrainiens ont été assassinés dans les territoires sous administration roumaine pendant la Seconde Guerre mondiale.

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