La série « NSU German History X » met en garde contre l’endoctrinement néonazi
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La série « NSU German History X » met en garde contre l’endoctrinement néonazi

En racontant une série de crimes racistes à travers trois points de vue différents, une historienne allemande alerte sur "l'endoctrinement néonazi en masse d'une jeunesse perdue"

Les trois membres du groupuscule néonazi NSU (National Socialist Underground), Beate Zschaepe, Uwe Boehnhardt et Uwe Mundlos ; photographie publiée par un journal en 1998. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Les trois membres du groupuscule néonazi NSU (National Socialist Underground), Beate Zschaepe, Uwe Boehnhardt et Uwe Mundlos ; photographie publiée par un journal en 1998. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Avec sa mini-série « NSU German History X », qui vient d’être présentée à Paris au forum européen Séries Mania, l’historienne allemande Gabriela Sperle revient grâce à la fiction sur les crimes racistes survenus en Allemagne au début des années 2000.

A la fois productrice et scénariste de cette série dont la vente est actuellement négociée avec plusieurs groupes audiovisuels internationaux, Gabriela Sperle explique avoir voulu alerter la société civile sur « l’endoctrinement néo-nazi en masse d’une jeunesse perdue ».

Le personnage principal de l’histoire est bien réel : Beate Zschäpe, 41 ans, accusée d’avoir participé à neuf meurtres à caractère xénophobe et à celui d’une policière entre 2000 et 2007 alors qu’elle appartenait au groupuscule néo-nazi « Clandestinité nationale-socialiste » (NSU).

L’accusée, soupçonnée également d’être impliquée dans deux attentats à l’explosif contre des communautés étrangères et quinze braquages, risque la prison à perpétuité. Elle nie avoir joué un rôle actif dans ces crimes, alors que son procès dure depuis 2013.

Beate Zschäpe, 41 ans, accusée d'avoir participé à neuf meurtres à caractère xénophobe et à celui d'une policière entre 2000 et 2007 alors qu’elle appartenait à un groupuscule néo-nazi. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Beate Zschäpe, 41 ans, accusée d’avoir participé à neuf meurtres à caractère xénophobe et à celui d’une policière entre 2000 et 2007 alors qu’elle appartenait à un groupuscule néo-nazi. (Crédit : capture d’écran YouTube)

« Tout le monde en Allemagne parlait de ces ‘assassinats kebab’, pour évoquer l’origine turque des victimes », se souvient Gabriela Sperl. L’affaire l’a intriguée. « On se demandait ce que tout cela signifiait ».

« J’ai rencontré Stefan Aust, alors rédacteur-en-chef (de l’hebdomadaire) Der Spiegel« , raconte-t-elle à l’AFP. « Selon ses informations, les racistes d’extrême-droite étaient impliqués dans ces crimes ».

Fin 2011, alors qu’elle réfléchit à une fiction, « tout s’accélère » à partir du braquage raté d’une banque allemande, et « le prétendu suicide de deux terroristes dans la foulée », dit-elle, en référence à la mort des néo-nazis recherchés Uwe Böhnhardt et Uwe Mundlos.

« En l’espace d’une semaine, on a appris que les deux hommes avaient commis les dix meurtres, on leur collait tout sur le dos », explique Gabriela Sperl. « Quelque chose clochait : il fallait que je raconte l’histoire de trois perspectives différentes ».

Avec ces compagnons de cavale, Beate Zschäpe a vécu de leurs braquages quatorze années durant. Elle s’est livrée aux autorités quelques jours après leur mort le 8 novembre 2011.

Gabriela Sperl décide de créer trois épisodes de 90 minutes, le premier sera conçu dans la perspective de Zschäpe, Böhnhardt et Mundlos par un scénariste et un réalisateur ayant grandi comme eux en Allemagne de l’Est, le deuxième du point de vue des victimes turques par une équipe d’origine immigrée, et le troisième sur l’enquête par des Allemands de l’Ouest qui, dit-elle, « portent un regard totalement différent » sur l’affaire.

La chute du mur de Berlin en est le point de départ. L’adolescente Beate (Anna Maria Mühe) « n’est alors ni raciste, ni extrémiste », explique Thomas Weindrich, auteur du premier épisode. « Mais elle fraternisera de plus en plus » avec les néo-nazis.

Forte tête, un peu perdue, elle est embrigadée par un jeune homme charismatique, Uwe Mundlos (Albrecht Schuch), dont elle tombe amoureuse. Avec Uwe Böhnhardt (Sebastian Urzendowsky), qui les rejoint à sa sortie de prison, le trio se radicalise.

‘Comme Daech ou n’importe quelle secte’

Ce sont des jeunes de l’ex-Allemagne de l’Est dont les parents sont « restés sur le carreau » de la réunification, poursuit le scénariste qui s’est rendu compte, en menant ses recherches, qu’il venait du même milieu.

« Ils auraient très bien pu être des camarades de classe », dit-il. A l’époque, en RDA, « le néonazisme n’était pas important, c’était davantage du hooliganisme ». Aujourd’hui, le mouvement a pris de l’ampleur et il est « impossible de ne pas croiser la route de néo-nazis ».

« Tous les partis d’extrême droite de l’Occident se sont rués en ex-RDA, les Autrichiens les premiers et les Américains aussi, Ku Klux Klan inclus », affirme Gabriela Sperl.

La jeunesse « perdue se laisse endoctriner comme par n’importe quelle secte » pour abriter son mal-être au sein d’un groupe. « Les extrémistes islamistes de Daech utilisent les mêmes ficelles », souligne-t-elle.

Beate Zschäpe attend le verdict de la justice allemande et passera peut-être le restant de ses jours en prison. « Seulement, ils n’étaient pas que trois ! », s’insurge l’historienne-productrice pour qui « les néo-nazis ont pris racine au cœur même de notre société ».

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