La seule sortie de l’impasse ? L’unité
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Analyse

La seule sortie de l’impasse ? L’unité

Si les sondages se confirment, ni Netanyahu ni Gantz n'ont de coalition majoritaire. L'une des campagnes les plus conflictuelles de l'histoire a peut-être apporté une paix forcée

Haviv Rettig Gur

Haviv Rettig Gur est l'analyste du Times of Israël

Le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz et son épouse Revital quittent un bureau de vote à Rosh Haayin le jour des élections, le 17 septembre 2019. (AP Photo/Sebastian Scheiner)
Le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz et son épouse Revital quittent un bureau de vote à Rosh Haayin le jour des élections, le 17 septembre 2019. (AP Photo/Sebastian Scheiner)

Les trois principaux sondages de sortie des urnes des trois principales chaînes de télévision israéliennes ont tous montré la même chose mardi soir : Le leader du Likud Benjamin Netanyahu ne peut pas réunir une majorité de droite de 61 sièges sans le parti Yisrael Beytenu d’Avigdor Liberman.

C’était le résultat attendu, vu dans presque tous les sondages depuis un mois.

La mise en garde la plus importante est également la plus évidente : le seul élément qui importe est le décompte réel des voix, qui ne sera disponible que jeudi après-midi normalement.

Que nous disent les sondages de sortie des urnes, alors ? Quelles sont les options probables de Netanyahu ? Quelles sont celles du parti Kakhol lavan de Benny Gantz ?

Netanyahu

D’abord, il est important de comprendre l’échec de Netanyahu. La coalition de droite la plus simple – le Likud, la droite radicale Yamina (ou du moins ses éléments constitutifs après leur dissolution une heure après la fermeture des bureaux de vote) et les partis Haredi Shas et Yahadout HaTorah – obtiennent ensemble 55, 53 ou 56 sièges dans les sondages de sortie par les Douzième et Treizième chaines et le service public Kan, respectivement.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu se prépare à voter dans un bureau de vote à Jérusalem, le 17 septembre 2019. (Heidi Levine, Sipa, Pool via AP).

En d’autres termes, tous les sondages montrent qu’il lui manque plusieurs sièges, même pour une majorité la plus étroite de 61 sièges. Si les chiffres se confirment, l’écart est trop grand pour que Netanyahu tente une solution facile au-delà des lignes politiques, comme convaincre l’ancienne députée de droite Orly Levy-Abekasis d’abandonner la terne union Travailliste-Gesher en échange d’un poste ministériel important.

L’écart est trop grand pour changer de manière significative la situation difficile de Netanyahu même si l’extrémiste Otzma Yehudit défie les sondages et s’infiltre dans la Knesset avec 4 sièges. Ce scénario ne donnerait pas quatre sièges à la droite, car la redistribution des sièges se ferait également au détriment de la droite (Otzma Yehudit n’a pas franchi le seuil électoral).

Non, il devra provoquer un véritable revirement, par exemple convaincre Liberman d’abandonner ses prétentions de faiseur de roi et sa promesse à ses électeurs d’être le pilier d’une coalition laïque ; ou en divisant Kakhol lavan et en attirant une de ses trois composantes sous sa bannière ; ou même, après une campagne obsédée par la peur de la participation arabe, de trouver un moyen de faire entrer la Liste arabe unie, une coalition des quatre plus grands partis à majorité arabe, dans sa coalition.

Ne riez pas : Le conseiller politique le plus proche de Netanyahu et négociateur de la coalition, Natan Eshel, a écrit un article dans le quotidien de gauche Haaretz après les dernières élections, appelant à la coopération entre la droite israélienne et la communauté arabe israélienne. « Nous devons joindre notre destin à celui des Arabes d’Israël », a-t-il écrit, et a appelé à « une coopération pleine et entière » et même « un partenariat pour diriger le pays ». C’était un clin d’œil politique clair aux partis arabes.

Et, bien sûr, ce n’est pas l’idéologie sur laquelle Netanyahu se penche lorsqu’il s’agit de ses options de coalition, mais plutôt le simple fait que tous ces partis ont maintenant de meilleures options politiques sans lui.

Avigdor Liberman, leader de Yisrael Beytenu, visite le centre commercial Sarona Market à Tel Aviv le jour des élections, le 17 septembre 2019. (Miriam Alster/Flash90)

Liberman a réussi à presque doubler son score en défendant la cause d’une coalition laïque. Pourquoi abandonner cette cause maintenant, au bord du succès, et risquer de perdre tous les avantages politiques qu’elle lui a apportés ?

Kakhol lavan a tenu le coup jusqu’ici, et se croit maintenant à l’aube du pouvoir. Netanyahu ne peut pas leur offrir plus qu’ils ne pourront bientôt prendre par eux-mêmes.

Quant aux Arabes : Comme leurs députés l’ont dit très clairement mardi soir, au-delà des intrigues que Netanyahu a pu entretenir lorsqu’il a menacé et effrayé et déployé des caméras dans leurs bureaux de vote, aucun homme politique arabe ne souhaite maintenant jouer à son petit jeu.

Gantz

Benny Gantz est aussi très limité. S’il se penche d’un côté, vers la gauche ou la droite, laïque ou religieuse, il risque de perdre des partenaires potentiels de la coalition de l’autre côté.

Par exemple, une coalition dirigée par Kakhol lavan avec la gauche – Kakhol lavan, Yisrael Beytenu, Travailliste-Gesher et Camp démocratique- n’atteint pas plus de 61 sièges. Et cela suppose que le populiste Liberman peut s’asseoir avec le Camp démocratique progressiste sans que leurs étincelles ne déstabilisent la coalition.

Benny Gantz, président du parti Kakhol lavan, a déposé son bulletin de vote dans un bureau de vote à Rosh Haayin le jour des élections, le 17 septembre 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

La situation n’est pas bien meilleure pour Gantz avec une coalition de droite – Kakhol lavan, Yisrael Beytenu, Yamina et peut-être Travailliste-Gesher. Cela lui donnerait un nombre de sièges approximatif de 50, pire que la situation difficile de Netanyahu.

Gantz a plus d’options avec les ultra-orthodoxes, bien sûr, mais cela signifie renoncer à sa promesse électorale d’une coalition laïque, trahissant les électeurs laïcs de son plus important partenaire politique, Yesh Atid de Yair Lapid et de son dernier soutien politique (Liberman).

Et même alors, cette coalition – Kakhol lavan, les partis Haredi, Yamina – ne parviendra pas à obtenir plusieurs sièges au sein d’une coalition, et ce, à un coût politique élevé.

En fin de compte, en supposant que les sondages ne divergent pas beaucoup du décompte final des voix, la seule option de Gantz est la coalition qu’il a promise au cours des deux dernières semaines de la campagne – et que Liberman encourage depuis juin.

Il doit négocier un gouvernement d’union avec le Likud.

Ayelet Shaked (à droite), leader et candidat de HaYamin HaHadash qui fait partie de l’alliance politique Yamina, s’adresse à la presse en compagnie du candidat de HaBayit HaYehudi Moti Yogev (à gauche), du chef du parti Tkuma Bezalel Smotrich (2e-G), et du chef de HaBayit HaYehudi Rafi Peretz (C) au siège de l’alliance à Ramat Gan, 17 septembre 2019. (Gil Cohen-Magen/AFP)

Une telle coalition des deux plus grands partis et d’Yisrael Beytenu aurait une majorité inattaquable à la Knesset de plus de 70 sièges, selon tous les sondages de sortie des urnes.

Il s’agirait aussi, bien sûr, d’une coalition de deux partis rivalisant pour la primauté dans la prochaine course. Ce serait une maison divisée contre elle-même, des partenaires de la coalition qui ne pourraient s’empêcher d’utiliser leur temps au pouvoir pour faire campagne les uns contre les autres. Il s’agirait d’une coalition instable et difficile, tenue en place par la peur de la colère des électeurs de chaque côté, plus que toute autre chose.

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