La star montante du tennis italien a des racines juives argentines
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La star montante du tennis italien a des racines juives argentines

Camila Giorgi, 29 ans, qui a récemment remporté l'Omnium Banque Nationale au Canada, a affirmé que son livre préféré était "Le journal d'Anne Frank"

Camila Giorgi, Italie, a  joué contre Elina Svitolina, Ukraine, lors des quarts de finale de la compétition de tennis des Jeux olympiques d'été de 2020, mercredi 28 juillet 2021, à Tokyo, au Japon. (Crédit : AP Photo/Seth Wenig)
Camila Giorgi, Italie, a joué contre Elina Svitolina, Ukraine, lors des quarts de finale de la compétition de tennis des Jeux olympiques d'été de 2020, mercredi 28 juillet 2021, à Tokyo, au Japon. (Crédit : AP Photo/Seth Wenig)

JTA – Cette semaine, Camila Giorgi a remporté l’Omnium Banque Nationale, le tournoi de tennis le plus prestigieux du Canada, et ce fut un événement marquant pour deux raisons.

Premièrement, il s’agit du premier titre majeur de la carrière de la jeune femme de 29 ans, et d’une énorme surprise : elle était classée 71e mondiale avant de battre Karolina Pliskova (6e) en finale.

Deuxièmement, Giorgi est devenue la première joueuse juive à remporter l’événement en 56 ans, depuis que l’Américaine Julie Heldman a remporté ce qui s’appelait alors l’Open canadien en 1965. Fondé en 1881, l’Open canadien est le deuxième plus ancien tournoi de tennis après Wimbledon.

Même Giorgi a été surprise de son exploit.

« Je pense que je n’avais pas eu l’occasion [de gagner le tournoi] ces dernières années », a-t-elle déclaré à la Jewish Telegraphic Agency dans un anglais approximatif après le match.

Pendant des années, des rumeurs ont circulé selon lesquelles Giorgi pourrait être Juive et qu’elle envisageait d’obtenir la citoyenneté israélienne afin de jouer pour l’équipe du pays dans la Fed Cup – un tournoi de type Coupe du monde. Elle a confirmé à JTA que ses parents, des Argentins qui ont immigré en Italie, étaient Juifs. D’ailleurs, son livre préféré est Le journal d’Anne Frank.

L’Italienne Camila Giorgi a joué face à la Tchèque Karolina Muchova lors du match du deuxième tour du simple dames, lors de la quatrième journée du championnat de tennis de Wimbledon, à Londres, le 1er juillet 2021. (Crédit : Adam Davy/Pool via AP)

« Le livre m’a ému parce que je suis Juive, mais aussi parce qu’elle était une personne tellement bonne qui voyait le bien chez les gens », a déclaré Giorgi à JTA.

Bien qu’elle n’ait pas vu Giorgi gagner l’Omnium Banque Nationale à la télévision, Heldman a déclaré qu’elle connaissait la joueuse italienne et sa judéité et qu’elle était « ravie » d’apprendre sa victoire.

« Cet exploit témoigne non seulement de la volonté et du talent de Giorgi, mais aussi de la popularité du tennis dans le monde et dans la diaspora juive », a déclaré Heldman, aujourd’hui âgée de 75 ans et grand-mère, depuis son domicile de Santa Monica, en Californie.

« Il n’y a pas autant de Juifs en Italie qu’ailleurs, donc le titre de Giorgi indique que n’importe qui dans le monde, y compris les Juifs, est capable d’accomplir des exploits exceptionnels en tennis ou dans n’importe quel autre domaine », a ajouté l’ancienne championne, qui a été classée jusqu’à la cinquième place mondiale en 1969 et a été intronisée le mois dernier au International Tennis Hall Of Fame.

Le titre de l’Omnium Banque Nationale a permis à Giorgi d’atteindre le 34e rang mondial et de poursuivre sa série de victoires : elle a remporté 16 des 20 matchs qu’elle a disputés depuis Roland-Garros, fin mai, et a atteint les quarts de finale pour l’Italie aux Jeux olympiques de Tokyo au début du mois.

Giorgi attribue son succès à son père, Sergio, qui a combattu lors de la guerre des Malouines en Argentine en 1982 et qui est son entraîneur depuis qu’elle a commencé à manier une raquette, à l’âge de 5 ans.

Julie Heldman, joueuse de tennis des USA, à Wimbledon, en juillet 1971. (Crédit : AP Photo)

L’équipe père-fille est l’une des nombreuses équipes qui ont réussi dans le tennis professionnel. La défunte mère de Julie Heldman, Gladys, était une icône à part entière : elle a fondé le magazine World Tennis et a contribué au lancement du circuit féminin dans les années 1970.

Claudia et Sergio Giorgi ont immigré en Italie depuis La Plata, en Argentine, avant la naissance de Camila en 1991. La jeune Camila a pris des leçons dès l’âge de 5 ans et a remporté de nombreux tournois juniors. À l’âge de 9 ans, elle s’est vu offrir une bourse de tennis par le célèbre entraîneur Nick Bollettieri et a remporté de nombreux autres événements juniors.

Alors que Giorgi a monté dans le classement mondial au fil des ans, elle a été sélectionnée pour l’équipe italienne de la Fed Cup. Néanmoins, en 2012, Giorgi n’était pas assez haute sur le tableau pour faire partie de l’équipe, et ses parents ont été courtisés par les responsables israéliens, voyant Giorgi comme une possible numéro 2 derrière Shahar Peer, selon Raphael Geller de l’Israel Sports Radio. En fin de compte, Giorgi a décidé de concourir pour l’Italie, et elle a joué dans la Fed Cup pour son pays natal depuis 2014.

En plus d’avoir remporté l’Omnium Banque Nationale, Giorgi a battu plusieurs joueuses classées n°1 dans sa carrière, notamment les anciennes stars Victoria Azarenka, Maria Sharapova et Caroline Wozniacki. Giorgi a atteint les quarts de finale de Wimbledon en 2018, s’inclinant face à Serena Williams.

« Ce qui est si impressionnant chez Giorgi, c’est qu’à 29 ans, elle soit capable d’adapter et de transformer son jeu de manière à lui permettre de battre des joueuses de grande qualité à Montréal », a déclaré Cindy Shmerler, journaliste du New York Times et ancienne rédactrice en chef de World Tennis.

En dehors du court, Giorgi attribue à sa mère – qui conçoit ses tenues sur le court – le mérite de lui avoir donné un goût pour l’art et d’autres choses dans lesquelles elle peut se réfugier loin du monde éreintant du sport professionnel. Avec près d’un demi-million de followers, la star du tennis est également devenue un modèle sur Instagram.

« J’aime ma vie. Je veux bien faire dans le tennis, mais le tennis est juste mon travail », a déclaré Giorgi. « Au final, je sais que ma famille m’aime et j’aime l’art, les musées et les magasins, donc ma vie est équilibrée. »

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