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La statue de Licoricia of Winchester, femme d’affaires juive du Moyen-Age, dévoilée

"Elle était une femme dans un monde d'hommes, une minorité ethnique" à une époque "de racisme, de préjugés" ; le prince Charles, atteint par la COVID, a manqué l'inauguration

Nigel Atkinson, Lord-Lieutenant of Hampshire, dévoile la statue de Licoricia of Winchester à The Arc, à Winchester, dans le Hampshire, le 10 février 2022. (Crédit :  JUSTIN TALLIS / POOL / AFP)
Nigel Atkinson, Lord-Lieutenant of Hampshire, dévoile la statue de Licoricia of Winchester à The Arc, à Winchester, dans le Hampshire, le 10 février 2022. (Crédit : JUSTIN TALLIS / POOL / AFP)

La statue de Licoricia of Winchester, une femme d’affaires juive qui a vécu au 13e siècle, a été inaugurée, la semaine dernière, dans la ville du même nom en présence de nombreuses personnes et avec le soutien enthousiaste des responsables des communautés juives locales.

Cette statue de bronze et grandeur nature représente Licoricia, femme d’affaires à succès, mère de quatre enfants, qui avait été assassinée en 1277. L’œuvre la représente en train de tenir la main de son plus jeune fils, Asser, qui tient de son côté une petite toupie.

Le personnage de Licoricia « a une résonnance réelle aujourd’hui », a dit au Jewish Chronicle Simon Sebag Montefiore, historien réputé et auteur de plusieurs best-sellers.

« Elle était une femme dans un monde d’hommes, elle représentait une minorité ethnique à une époque où le racisme, les préjugés et les persécutions étaient forts », a-t-il expliqué.

« Elle était une femme très brillante », a-t-il ajouté. « Elle devait avoir une formidable personnalité. Elle était également une marginale à une époque dirigée par les aristocrates et les rois à tant de niveaux. Elle se démarque vraiment et en particulier dans la mesure où il a aujourd’hui une tendance à nier l’antisémitisme, à nier qu’il y avait, dans le passé, du racisme antijuif : le fait est qu’elle prouve l’existence de cet antisémitisme. »

Usurière, Licoricia avait prêté de l’argent à des rois, dont le roi Henry III et la reine Eleanor. À une époque où l’antisémitisme était virulent – sa mort avait précédé l’expulsion, en 1290, des Juifs d’Angleterre de seulement 13 années – elle avait été emprisonnée de manière répétée avant d’être assassinée dans des conditions mystérieuses à Winchester.

Elle a été mariée à deux reprises et a perdu ses deux époux.

Le prince Charles devait être présent lors de l’inauguration de la statue, vendredi, mais il s’est trouvé dans l’obligation d’annuler sa participation à l’événement après avoir été testé positif à la COVID.

Le prince « est profondément déçu de ne pas pouvoir être présent aujourd’hui à Winchester et il va programmer une nouvelle visite dans les meilleurs délais », a fait savoir un communiqué au nom de la famille royale qui a été lu pendant l’inauguration.

C’est le Lord-Lieutenant of Hampshire, Nigel Atkinson, qui a été désigné pour dévoiler la statue, avec l’aide d’élèves d’écoles de la ville.

Nigel Atkinson, Lord-Lieutenant of Hampshire, dévoile la statue de Licoricia of Winchester à The Arc, à Winchester, dans le Hampshire, le 10 février 2022. (Crédit : JUSTIN TALLIS / POOL / AFP)

L’absence du prince de Galles a toutefois entraîné un problème inattendu – celui de la plaque.

Etant donné que le prince Charles devait dévoiler l’œuvre, les organisateurs de l’événement avaient fait graver les mots : « Pour commémorer le dévoilement de la statue de Licoricia par son altesse royale le prince de Galles ».

Tony Stoller, s’exprimant au nom du groupe qui avait pris la tête du projet de la statue de Licoricia, a déclaré qu’en « ce qui concerne la plaque, nous allons consulter Clarence House et le conseil du comté du Hampshire avant de prendre une décision finale », a fait savoir le Hampshire Chronicle.

Mais malgré ce changement de programme inattendu, la présentation de la statue a eu lieu comme prévu, attirant une foule enthousiaste ainsi que les leaders des communautés chrétienne, musulmane, sikh et bouddhiste, venus afficher leur soutien.

Des personnes attendent la présentation de la statue de Licoricia of Winchester, à Winchester, Hampshire, le 10 février 2022. (Crédit : JUSTIN TALLIS / POOL / AFP)

S’adressant au public réuni pour cette cérémonie, le grand rabbin britannique Ephraim Mirvis a évoqué les conditions de vie assurément difficiles de Licoricia à une époque où l’antisémitisme était très fort.

Il a noté « les horribles persécutions continues des Juifs dans ce pays qui ont finalement entraîné l’expulsion de tous les Juifs d’Angleterre en 1290 ».

Et pourtant, « dans cette période exceptionnellement dure, une dame extraordinaire, fidèle à sa foi, a été déterminée à élever une famille, à mener une carrière réussie et à apporter une contribution d’une valeur inestimable à son pays », a-t-il continué.

Sur le monument figure une inscription : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », tirée du Lévitique et écrite en anglais et en hébreu.

Le grand rabbin du Royaume-Uni Ephraim Mirvis à la résidence du président à Jérusalem, le 23 janvier 2020.(Crédit : Raphael Ahren/TOI)

Le statue a été créée par le célèbre artiste britannique Ian Rank-Broadley, qui est principalement connu pour ses portraits royaux.

Aucun portrait de Licoricia n’aurait traversé les âges et Rank-Broadley s’est donc inspiré, pour son visage, de sa fille et de son petit-fils qui sont eux-mêmes juifs.

« Le message, de manière plus large, est que nous tirons tous des bénéfices de la participation, d’égal à égal, des femmes dans notre société de manière. Cela rappelle aussi le fait que comme elle était juive, elle était persécutée à cette époque », a expliqué Rank-Broadley au Jewish Chronicle.

Après la mort de son premier époux, Licoricia avait été emprisonnée à la Tour de Londres jusqu’à ce qu’une part des biens de son époux ait été versée à la couronne. Cet argent devait financer la reconstruction de l’abbaye de Westminster, selon les chercheurs qui se sont penchés sur l’histoire de la famille.

Les corps sans vie et lardés de coups de couteau de Licoricia et de sa domestique avaient été retrouvés en 1277. Ces meurtres n’avaient jamais été résolus.

JTA a contribué à cet article.

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