La stratégie anti-terroriste d’Israël est inefficace. Elle est aussi cruciale
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La stratégie anti-terroriste d’Israël est inefficace. Elle est aussi cruciale

La "fermeture de la respiration" à Jérusalem Est n’a pas arrêté les attaques, et les renforts de l’armée sont négligeables, mais pour les Israéliens pris de panique, chaque aide compte

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Les agents de la police des frontières israéliennes surveillent un point de contrôle dans le quartier de Jabel Mukaber à Jérusalem-Est, le 15 octobre 2015 (Crédit photo : Yonatan Sindel / Flash90)
Les agents de la police des frontières israéliennes surveillent un point de contrôle dans le quartier de Jabel Mukaber à Jérusalem-Est, le 15 octobre 2015 (Crédit photo : Yonatan Sindel / Flash90)

L’armée founira 300 soldats de plus pour aider la Police de Jérusalem la semaine prochaine, a déclaré l’armée jeudi. Six compagnies de cadets, pour un total de plusieurs centaines de soldats en formation d’officier, ont déjà été envoyées pour aider la police dans les villes du pays.

Certains soldats, déjà en place et d’autres qui vont les rejoindre la semaine prochaine, ne viennent pas d’unités de l’infanterie, principalement de la Police Militaire et du Commandement du Front, une unité qui effectue des recherches et des sauvetages et des réponses d’urgence en temps de guerre, ont annoncé la police et l’armée.

Le renforcement en soldats est la dernière mesure en date proposée par le cabinet de sécurité en réponse aux attaques au couteau qui ont secoué Israël au cours des récentes semaines et créent la panique au sein de la population.

Une autre décision notable et encore plus forte du cabinet, plus tôt dans cette semaine, a été la mise en place d’une soi-disante « fermeture de la respiration » autour des quartiers de Jérusalem Est, en établissant des barrages de contrôle aux entrées et aux sorties mais autorisant la population résidente à se déplacer.

Le but de ces fermetures et des renforcements de l’armée est double : d’un côté, il y a des bénéfices tactiques et opérationnels de ces barrages de contrôle et des renforcements. D’un autre côté, il y a la question de la perception du public, et le besoin pour les dirigeants politiques israéliens de montrer à leurs citoyens que les choses sont sous contrôle.

Le site d'une attaque terroriste dans le quartier Armon Hanatsiv de Jérusalem (Crédit : Yonatan Sindel / FLASH90)
Le site d’une attaque terroriste dans le quartier Armon Hanatsiv de Jérusalem (Crédit : Yonatan Sindel / FLASH90)

La majorité des assaillants depuis le début d’octobre sont en effet venus des quartiers de Jérusalem Est, et le plus grand nombre venait de Jabel Mukaber, qui était aussi la ville d’origine des terroristes ayant attaqué la synagogue de Har Nof l’année dernière, tuant cinq personnes.

Pour l’année passée, des jeunes hommes du quartier ont également lancé des pierres et des cocktails Molotov sur des résidences du quartier juif adjacent d’Armon Hanatziv presque tous les soirs.

Pourtant, le problème reste qu’il est presque impossible de séparer totalement les quartiers arabes de ceux des Juifs à Jérsualem Est.

Assez ironiquement, cela est dû aux efforts du gouvernement israélien, pendant ces 40 dernières années, pour unifier la ville, a déclaré au Marik Shtern, un chercheur de l’Institut Jérusalem pour les études Israël, au Times of Israel.

Une Jérusalem résolument unifiée

Après la prise de Jérusalem Est lors de la guerre de Six Jours en 1967, le gouvernement a voulu « unifier Jérusalem et combiner les deux parties des économies », a expliqué Shtern.

Et dans cet effort, le gouvernement a rencontré du succès. Au début des années 1970, Armon Hanatziv a été construit à côté de Jabel Mukaber. Les deux quartiers partagaient des aires de jeu, des cliniques et des supermarchés. Pisgat Zeev et Shuafat sont très proches et mélangés.

En conséquences, en seulement 24 heures, la « fermeture de la respiration » de Jérusalem Est a échoué plus d’une fois.

L’attaque en dehors de la gare de bus centrale de Jésuralem mercredi soir a été menée par un résident de Ras al-Amud, quelques heures plus tard, quatre résidents de Jérusalem Est ont lancé une bombe incendiaire sur une base de la Police aux Frontières à Atarot.

Même si Israël pourrait peut-être fermer les quartiers aux voitures, cela n’arrêterait pas forcément les individus de partir. « D’accord, vous fermez les routes, explique Shtern. Mais les gens ne peuvent-ils pas marcher ? Ils ne peuvent pas rouler à vélo ? »

Pour résumer, la seule façon dont Israël pourrait interdire totalement aux résidents de Jérusalem Est ou d’autres villes israéliennes de venir serait un déploiement massif de policiers ou de soldats dans les quartiers des rues principales, a déclaré Shtern.

Pourtant, a-t-il admis, « je travaille plus pour rassembler les gens que pour les séparer ».

Un confinement complet de Jérusalem Est n’a jamais été appliqué dans les 48 heures qui ont suivi un contrôle israélien, même pas lors de la première et la deuxième intifada. S’il y a eu des confinements dans des villes de la Cisjordanie, cela a été rare et n’a jamais duré plus de 24 à 48 heures.

Et aujourd’hui, non seulement une fermeture complète serait difficile à mettre en place, et cela pourrait avoir des conséquences fortes et non recherchées, a déclaré Shtern. Non seulement cela pourrait sérieusement nuire aux résidents de Jérusalem Est, mais cela serait également préjudiciable à Jérusalem Ouest.

Environ 50 % des travailleurs de Jérusalem Est sont employés à Jérusalem Ouest et certains des implantations de Cisjordanie, ce qui représente environ entre 30 000 et 35 000 personnes. Si ces personnes ne pouvaient pas, tout d’un coup, aller au travail, les résultats serait durs pour l’économie de Jérusalem, a déclaré Shtern.

Le but de la « fermture de la respiration » peut donc être largement perçu comme étant symbolique.

Le ministre de la Sécurité publique Gilad Erdan et le chef de police intérimaire, Benzi Sau, assistanr à une réunion du comité des affaires internes de la Knesset sur les récentes attaques terroristes à Jérusalem, le 12 octobre 2015 (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)
Le ministre de la Sécurité publique Gilad Erdan et le chef de police intérimaire, Benzi Sau, assistanr à une réunion du comité des affaires internes de la Knesset sur les récentes attaques terroristes à Jérusalem, le 12 octobre 2015 (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)

« [Le gouvernement] veut montrer à la population juive qu’il fait quelque chose », a expliqué Shtern. Même le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan qui, avec le maire de Jérusalem Nir Barkat, a été l’un des plus importants soutiens à la fermeture, a admis que cela ne constituera pas une solution miracle.

« Puis-je affirmer que cela garantit à 100 % que personne n’entrera à Jérusalem ou obtiendra une arme qui sera utilisée pour poignarder quelqu’un ? Non », a déclaré Erdan à Radio Israël lorsque les fermetures ont été annoncées mercredi.

Une goutte utile dans le seau

En plus des soldats de l’armée qui aident déjà les forces de l’ordre, le Service de Prison d’Israël a décidé jeudi de mettre environ 400 gardiens de prison à disposition de la Police d’Israël.

Le département de police de Tel Aviv a reçu, à lui seul, environ 100 soldats, dont la plupart des cadets officiers, qui assisteront dans les patrouilles des espaces publics comme le centre commercial Dizengoff et le marché du Carmel, a annoncé la Deuxième Chaîne.

D’autres forces de l’ordre dans les villes du pays agiront potentiellement comme un moyen dissuasion pour les possibles assaillants et permettront une réponse rapide aux attaques.

Pourtant, ces actions peuvent aussi être vues pour leur valeur symbolique autant qu’opérationnelle. Elles donnent un sentiment de sécurité à un moment où les attaques se produisent dans des grandes et petites villes et les banlieues à travers le pays à la fois dans les zones résidentielles et commerciales.

Des soldats et des policiers de Tsahal bloquent une route près des tours Azrieli à Tel Aviv pendant que la police cherchait deux suspects Jérusalem-Est, 15 octobre 2015 (Crédit : Flash90)
Des soldats et des policiers de Tsahal bloquent une route près des tours Azrieli à Tel Aviv pendant que la police cherchait deux suspects Jérusalem-Est, 15 octobre 2015 (Crédit : Flash90)

Pour 2014, la police israélienne avait près de 30 000 officiers à temps plein et environ 70 000 volontaires. Même si 700 à 1 000 soldats de plus aideront certainement les officiers de police, cela ne représente qu’un petit poucentage du total des forces de sécurité en Israël.

Que le renfort de soldats et la « fermeture de la respiration » de Jérusalem Est ne soient pas efficace opérationnellement ne diminue par leur rôle dans cette flambée de violence.

Avec toutes ces récentes attaques, les Israéliens sont très tendus.

Un officier de l’armée a tiré avec son arme à feu à l’intérieur d’un train en marche jeudi matin après que des passagers aient vu une personne « suspecte » et aient crié « Terroriste ! » Aucun terroriste n’a été trouvé dans le train, mais plusieurs personnes ont été légèrement blessées lorsque le freinage d’urgence du train a été actionné.

Des heures plus tard, la police d’Israël a conduit une chasse à l’homme massive, utilisant un hélicoptère et fermant deux routes importantes à Tel Aviv, après avoir reçu des informations sur un véhicule « suspect », conduit par deux résidents de Jérusaalem Est. Le Shin Bet a interrogé les deux hommes et n’a trouvé aucune preuve qu’ils avaient préparé une attaque terroriste, c’étaient seulement des électriciens allant au travail.

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