La stratégie de Netanyahu et la façon de voter dans les implantations
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Analyse

La stratégie de Netanyahu et la façon de voter dans les implantations

Le Premier ministre cible les résidents au-delà de la Ligne verte, fidèles aux partis sionistes religieux, et met moins l'accent sur les populations laïques et Haredi majoritaires

Jacob Magid

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Un Israélien vote dans l'implantation d'Efrat, le 17 mars 2015. (AP Photo/Dan Balilty)
Un Israélien vote dans l'implantation d'Efrat, le 17 mars 2015. (AP Photo/Dan Balilty)

Environ un mois avant les élections à la Knesset en 2015, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a fait une halte de campagne dans une institution phare du camp sioniste religieux – l’académie prémilitaire Bnei David de l’implantation d’Eli en Cisjordanie centrale.

Au début de son discours prononcé devant des centaines de personnes assises dans la salle d’étude du campus, le Premier ministre a placé deux bouteilles d’eau en plastique sur le podium.

Celle de droite représentait son parti le Likud ; celle de gauche, l’Union sioniste rivale. Les deux étaient au coude à coude dans les sondages à l’époque. Faisant un geste en direction des bouteilles, Netanyahu a dit à la salle pleine d’aspirants leaders du mouvement sioniste religieux : « Nous devons aller à la fête avec la ligne d’eau la plus haute ».

« Les coalitions ne sont pas déterminantes ; c’est plutôt la taille du parti qui déterminera » la nature du prochain gouvernement, a-t-il déclaré. Il faisait référence à ce qui se passe après le décompte des résultats des élections : le président choisit le parti qui a les meilleures chances de former un gouvernement stable – généralement celui qui a remporté le plus de sièges – et invite son chef à le faire.

Netanyahu et d’autres membres de la faction ont utilisé cet argument au cours de campagnes électorales consécutives pour tenter d’attirer les électeurs hésitants entre le Likud et les petits partis de droite. Le choix de l’auditoire pour cette allocution particulière était réfléchi – non seulement l’événement s’est déroulé au-delà de la Ligne verte, où les électeurs israéliens se penchent catégoriquement vers la droite, mais il visait spécifiquement les électeurs sionistes religieux, qui bien que ne représentant qu’un tiers de tous les résidents, constituent le sous-ensemble le plus solidaire et influent des quelque 450 000 Juifs qui vivent en Cisjordanie.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole à l’académie prémilitaire Bnei David à Eli, en Cisjordanie, le 11 février 2015. (Capture d’écran/YouTube)

Le choix d’Eli s’explique par le fait que Netanyahu comprenait la façon dont les résidents des implantations votent. Il ne s’est pas rendu dans des implantations plus laïques comme Ariel ou Barkan, où une pluralité d’habitants soutiennent déjà le Likud. Il n’a pas non plus choisi une localité ultra-orthodoxe comme Beitar Illit ou Emmanuel, où les habitants votent rarement pour des partis non-Haredi.

Bien que les résidents sionistes religieux aient leur propre parti sectoriel – le parti HaBayit HaYehudi, qui est maintenant la principale faction de l’Union des partis de droite – ils ne lui prêtent pas allégeance dans la même mesure que les ultra-orthodoxes le font à leurs propres partis. Cette dynamique est entrée en jeu dans les résultats des élections de 2015, au cours desquelles le Likud a arraché jusqu’à cinq sièges à HaBayit HaYehudi au cours des dernières semaines de la campagne – apparemment à cause des messages que Netanyahu a fait passer dans des endroits comme Bnei David.

L’implantation d’Eli, qui n’a donné aucun vote au Likud en 2013, a vu plus de 20 % de ses quelque 1 500 électeurs éligibles déposer des bulletins de vote pour le parti en 2015. Ces chiffres ont été repris par les communautés sionistes religieuses dans tout le pays.

En fin de compte, le Likud est passé de 20 à 30 sièges pour dépasser l’Union sioniste lors de cette élection, en partie grâce aux partisans de HaBayit HaYehudi, qui ont laissé leur parti avec seulement huit sièges, soit les deux tiers de son total de 12 sièges lors des élections de 2013.

Netanyahu semble vouloir reprendre la même stratégie qu’il y a quatre ans, en prévision du vote du 9 avril prochain. L’une de ses premières haltes sur le chemin de sa campagne en janvier a eu lieu dans le Gush Etzion au sud-est de Jérusalem, où il a visité le séminaire Migdal Oz, une autre importante institution sioniste religieuse, suivi par Netiv Haavot, un avant-poste sioniste religieux où 15 maisons ont été détruites l’année dernière. Là, il a promis aux résidents qu’aucune localité juive ne serait évacuée sous sa direction, leur demandant leur soutien afin de s’assurer qu’il puisse rester à la barre et tenir sa promesse.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (au centre) rencontre des résidents de Netiv Haavot, dans l’implantation de Elazar, en Cisjordanie, le 28 janvier 2019. (Crédit : Conseil régional du Gush Etzion)

Facteur de peur

Le camp sioniste religieux, et en particulier les blocs d’implantations, a longtemps été la cible préférée de Netanyahu après avoir couvert sa base – à tel point que lorsque Naftali Bennett et Ayelet Shaked ont quitté HaBayit HaYehudi en décembre, celui-ci a affirmé que le secteur que son parti représente depuis longtemps est « dans la poche [du Premier ministre] ».

Que faudrait-il pour que les électeurs sionistes religieux se prononcent le 9 avril en faveur de HaBayit HaYehudi et et la faction dissidente HaYamin HaHadash de Shaked et Bennett, les partis qui ont été créés pour les représenter ? Selon Tamar Hermann, directrice académique du Guttmann Center for Public Opinion and Policy Research de l’Israel Democracy Institute, pour que cela se produise, l’électorat sioniste religieux devra avoir la certitude que le Likud peut l’emporter sans eux.

« Si l’on pense qu’il y a une menace réelle pour un gouvernement de droite, alors vous verrez plus de gens voter pour le parti central – le Likud – afin de créer une situation où il sera clair de quel côté de la barrière la pièce tombera », a-t-elle dit.

C’est doublement le cas au-delà de la Ligne verte, où les Israéliens ont tendance à être plus idéologiques, a ajouté Hermann. Là-bas, la crainte d’un gouvernement qui évacue les implantations est beaucoup plus palpable – et peut avoir un impact très direct. Il n’y a rien de tel que la peur de perdre une maison pour remporter le vote.

Cette inquiétude expliquerait la montée en puissance du soutien au Likud en 2015, lorsque l’Union sioniste représentait une menace réaliste pour le maintien du pouvoir de Netanyahu. Les sondages qui ont précédé le vote prédisaient que cette union, réunissant le Parti travailliste et Hatnua, obtiendrait plus de sièges que le parti sortant.

En revanche, la compétition de 2013 n’a pas été marquée par une menace pour le pouvoir du leader de longue date. Yair Lapid, dont le parti Yesh Atid s’est classé deuxième avec 19 sièges contre 31 pour le Likud-Beytenu, a fait campagne pour devenir ministre des Finances et non Premier ministre. En conséquence, HaBayit HaYehudi a réussi à remporter 12 sièges.

Des habitants d’implantations et des activistes de droite protestent contre les attentats contre les Israéliens en Cisjordanie devant le bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 16 décembre 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Hermann a déclaré que l’absence de différences idéologiques considérables entre le Likud et HaBayit HaYehudi permet aux gens de droite de passer plus facilement d’un parti à l’autre.

Comme les ultra-orthodoxes, le camp sioniste religieux vote en grande partie en tant que groupe – et sur le flanc le plus religieux, conformément à ce que leurs rabbins décident. Mais contrairement aux Haredim, qui votent presque exclusivement pour les partis Haredi, les électeurs sionistes religieux sont prêts à passer d’une faction politique à l’autre afin de faire avancer leur cause. Les sionistes religieux considèrent l’essence même de l’État comme un élément de la rédemption nationale et sont donc moins préoccupés par l’allégeance au parti lorsque le caractère sacré de l’État est perçu comme étant en jeu.

Tous les autres

Mais malgré toute l’attention accordée au camp sioniste religieux, il ne représente toujours que 12 % de la population juive du pays et environ un tiers de tous les résidents d’implantations. Les deux autres tiers des Israéliens de Cisjordanie sont soit plus laïcs, soit plus orthodoxes ; tous vivent principalement dans des villes et suivent un schéma électoral assez similaire à celui de leurs pairs à l’intérieur de la Ligne verte.

Pourtant, alors que ceux qui portent une kippa crochetée dans les implantations sont devenus à bien des égards le visage du mouvement sioniste religieux dans tout le pays, les résidents ultra-orthodoxes et laïcs n’ont pas une influence idéologique aussi importante sur leurs pairs en Israël même. Par conséquent, les politiciens voient moins la nécessité de consacrer des ressources à la campagne dans les implantations orthodoxes non nationales lorsque ces ressources sont mieux utilisées dans les villes israéliennes dont la population est deux fois plus importante.

Dans le camp ultra-orthodoxe de Modiin Illit, par exemple, entre 93 et 96 % des 73 000 habitants de la ville ont voté pour les partis Haredi, YaHadout HaTorah et le Shas lors des trois dernières élections. Des chiffres similaires ont été enregistrés à Bnei Brak, où environ 85 % des quelque 190 000 habitants de la ville ont voté pour des partis ultra-orthodoxes lors des trois dernières élections.

Dans la ville plus laïque d’Ariel (20 000 habitants), 46 % des habitants ont voté pour le Likud lors des élections de 2015, comme dans la ville d’Afula (50 000 habitants), au nord du pays, où le taux de participation était de 43 %. Alors que cette dernière ville avait plus de partisans de l’Union sioniste qu’Ariel (11 % à 5 %), le clivage politique dans les deux villes était fortement orienté vers la droite.

Un ultra-orthodoxe vote dans un bureau de vote de l’implantation de Beitar Illit lors des élections générales israéliennes de la 20e Knesset, le 17 mars 2015. (Crédit photo : Nati Shohat/Flash90)

Les temps changent

Un développement plus récent parmi les électeurs des implantations – et qui devrait avoir un impact profond sur les prochaines élections – a été la montée d’un sous-groupe de plus en plus religieux et nationaliste, les Hardalim, qui penchent pour l’ultra-orthodoxie. Autrefois une force marginale dans HaBayit HaYehudi, ils en sont venus à dominer le parti, comme en témoignent le nouveau leader, le rabbin Rafi Peretz, et sa fusion avec Bezalel Smotrich de l’Union nationale, une ligne dure Hardal lui-même.

Le renforcement de ces dirigeants et la scission avec Bennett et Shaked ont ouvert la voie à une fusion supplémentaire avec le parti extrémiste Otzma Yehudit, composé de disciples de feu le rabbin ultra-nationaliste Meir Kahane.

Bien que les acolytes de Kahane aient constitué divers partis pour se présenter aux élections au cours des deux dernières décennies – même s’ils ont reçu un soutien disproportionné des résidents religieux purs et durs des implantations – ils n’ont pas réussi à franchir le seuil électoral avec un parti autonome.

Mais depuis la fusion d’Otzma Yehudit en février avec HaBayit HaYehudi, les sondages ont prédit que l’extrême droite aura un représentant à la prochaine Knesset, et peut-être deux.

Cela suggère que HaBayit HaYehudi recevra un soutien substantiel dans les implantations dures où il n’a pas été particulièrement populaire au cours de la dernière décennie. L’implantation radicale d’Yitzhar (1 600 habitants), dans le nord de la Cisjordanie, par exemple, qui a voté à environ 73 % pour les partis d’extrême droite lors des deux dernières élections, devrait maintenant placer ses œufs dans le panier de l’Union des partis de droite dirigée par HaBayit HaYehudi.

Le parti HaBayit HaYehudi vote en faveur d’une alliance préélectorale avec Otzma Yehudit à Petah Tikva, le 20 février 2019. (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

Étant donné que l’ensemble de la population des implantations représente moins de 6 % de tous les Israéliens (environ cinq sièges à la Knesset), de telles délibérations concernant les sous-catégories de sous-catégories peuvent sembler marginales. Pourtant, Daniella Weiss, une dirigeante des implantations, ancienne directrice du conseil municipal de Kedumim, a mis en garde contre le risque de négliger la communauté pendant la campagne.

« Les résidents de Judée et de Samarie (Cisjordanie), en particulier les sionistes religieux, comptent parmi les populations les plus actives politiquement en Israël et accèdent de plus en plus à des postes de pouvoir », a-t-elle souligné.

Les visites de campagne électorale de Netanyahu au fil des ans suggèrent qu’il reconnaît cette réalité autant que n’importe qui d’autre et qu’il est susceptible de s’engager dans une campagne intensifiée au-delà de la ligne verte dans les 22 prochains jours.

Le Premier ministre doit toutefois faire preuve d’un équilibre prudent. Avec d’autres partis de droite comme Koulanou et Yisrael Beytenu qui se trouvent à la limite du seuil électoral, le Premier ministre doit éviter de retirer des votes aux partis dont il aura besoin le lendemain des élections afin de former une coalition.

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