L’abattage rituel des Juifs devrait être « verboten » – vice-chancelier autrichien
Rechercher

L’abattage rituel des Juifs devrait être « verboten » – vice-chancelier autrichien

Le leader d'extrême droite Strache a contredit le chancelier Kurz dans le débat en cours sur les droits des animaux et la liberté religieuse

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le chancelier Sebastian Kurz, (à droite), du Parti du peuple autrichien et le vice-chancelier Heinz-Christian Strache du Parti de la liberté donne une conférence de presse à Vienne après leur première réunion du Cabinet, le 19 décembre 2017. (Joe Klamar / AFP / Getty Images via JTA)
Le chancelier Sebastian Kurz, (à droite), du Parti du peuple autrichien et le vice-chancelier Heinz-Christian Strache du Parti de la liberté donne une conférence de presse à Vienne après leur première réunion du Cabinet, le 19 décembre 2017. (Joe Klamar / AFP / Getty Images via JTA)

Le vice-chancelier autrichien et ministre de l’Intérieur a indiqué lundi qu’il veut interdire l’abattage rituel des Juifs, attisant les flammes d’une discussion en cours dans le pays sur les valeurs conflictuelles de la liberté religieuse et des droits des animaux.

L’abattage rituel, connu sous le nom de Schächten en allemand et shehita en hébreu, « devrait globalement être interdit sans étourdissement préalable, tout comme dans les autres pays de l’UE », a écrit Heinz-Christian Strache, le chef du Parti de la liberté d’extrême droite, sur sa page Facebook.

« Et les animaux ne sont pas des objets, mais des créatures qui méritent d’être protégées et qui ne doivent pas être torturées », a-t-il ajouté.

Strache a inclus dans son message un lien vers un article de journal qui énumère plusieurs États membres de l’Union européenne où l’abattage rituel est interdit, comme la Suisse, les Pays-Bas, le Danemark et la Pologne.

L’article (en allemand) est illustré par une carte de l’Europe et une caricature de moutons, avec les mots : « Schächten verboten. »

Dans la section commentaires de son article, Strache a écrit que beaucoup de choses doivent être « améliorées » en ce qui concerne la protection des animaux. « Et c’est une question qui me tient à cœur, que je veux faire avancer ! »

La position de Strache semble s’opposer à celle du chancelier Sebastian Kurz, qui a promis la semaine dernière que son gouvernement ne « limitera en aucune façon » la capacité de la communauté juive à produire et à consommer de la viande casher.

Das Schächten steht vielerorts im Widerspruch zu geltenden Tierschutzrechten. Schächten sollte generell ohne vorherige…

Posted by HC Strache on Monday, 23 July 2018

Selon la loi autrichienne en vigueur, l’abattage d’animaux sans étourdissement préalable est interdit. Toutefois, des exceptions sont faites pour produire de la viande casher ou halal. Les Juifs religieux et les musulmans n’ont pas le droit de consommer de la viande d’animaux assommés avant leur mise à mort.

Cependant, les animaux abattus pour les marchés casher et halal sont étourdis immédiatement après avoir été égorgés, afin de minimiser leurs souffrances.

La question épineuse de savoir quand la liberté religieuse peut l’emporter sur le bien-être des animaux a fait la une des journaux la semaine dernière, lorsque la communauté juive autrichienne s’est plainte des intentions d’un politicien régional de limiter considérablement la disponibilité de la viande casher en établissant des listes de juifs pouvant acheter de la viande casher.

Gottfried Waldhäusl, membre du Parlement régional de Basse-Autriche, a fait valoir que seuls les individus qui peuvent prouver qu’ils respectent les lois alimentaires religieuses peuvent se prévaloir de l’exception légale autorisant la shehita. À cette fin, il a suggéré que les consommateurs d’animaux abattus rituellement s’inscrivent au registre des autorités de l’État.

Gottfried Waldhäusl (Crédit : page officielle)

Waldhäusl, membre du Parti de la liberté, souhaitait également exiger que les consommateurs de viande casher produite en Basse-Autriche aient leur résidence principale dans cet État.

Peu de Juifs vivent en Basse-Autriche, mais c’est là que la plupart de la viande casher consommée dans la ville voisine de Vienne est abattue. Environ 95 % des 12 000 à 15 000 Juifs d’Autriche vivent dans la capitale.

Apparemment, le gouverneur de Basse-Autriche, Johanna Mikl-Leitner, a assuré mardi aux dirigeants juifs du pays qu’aucune liste de Juifs ne serait créée et que la disponibilité de viande casher ne serait pas limitée.

Vendredi, Kurz et son ministre pour l’Union européenne, Gernot Blümel, ont réaffirmé leur soutien aux traditions juives, s’engageant à défendre la liberté religieuse.

« En tant que chef du gouvernement fédéral autrichien, je peux assurer à nos concitoyens juifs que leurs libertés et leurs droits fondamentaux seront respectés et en aucun cas limités », a déclaré M. Kurz.

Blümel, Mikl-Leitner et le président du Parlement Wolfgang Sobotka ont publié une déclaration commune disant qu’un « registre des consommateurs désirant acheter de la viande casher (et halal) n’existera certainement pas en Autriche ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...