L’administration Trump et ses signaux contradictoires sur l’accord avec l’Iran
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Analyse

L’administration Trump et ses signaux contradictoires sur l’accord avec l’Iran

Alors que l'Iran menace de rompre l'accord nucléaire, les USA imposent d'autres sanctions et renforcent leur présence militaire dans la région ; Trump attend que Téhéran l'appelle

Ron Kampeas
Le président américain Donald Trump prend la parole lors d'un événement organisé dans la salle Roosevelt à la Maison Blanche, le 9 mai 2019. (Alex Wong/Getty Images via JTA)
Le président américain Donald Trump prend la parole lors d'un événement organisé dans la salle Roosevelt à la Maison Blanche, le 9 mai 2019. (Alex Wong/Getty Images via JTA)

WASHINGTON (JTA) – L’Iran a annoncé cette semaine qu’il changeait une clause clé de l’accord sur le nucléaire, et prévoit d’apporter un changement encore plus spectaculaire dans 60 jours si les partenaires n’assouplissent pas les conditions.

Les partenaires – au premier rang desquels l’Europe – ont ouvertement dénoncé ces agissements. Et un ex-partenaire aussi : les États-Unis.

Washington a immédiatement riposté en étendant les sanctions contre l’Iran après que Téhéran a dit vouloir contrevenir à l’accord que l’administration Trump considère comme nul et non avenu.

« De deux choses l’une. Soit vous êtes en conformité, soit vous ne l’êtes pas », a déclaré le secrétaire d’État Mike Pompeo à Bagdad mardi, la veille de l’annonce du changement par le président iranien Hassan Rouhani et au moment-même où l’administration Trump célébrait le premier anniversaire de son retrait de l’accord. (Les informations de l’annonce prévue de Rouhani étaient déjà connues.)

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo embarque à bord d’un avion avant de décoller de l’aéroport Stansted de Londres, au nord de Londres, le 9 mai 2019. (MANDEL NGAN / POOL / AFP)

Les déclarations de Pompeo semblent un peu confuses pour les observateurs qui ont suivi la position de l’administration américaine sur l’accord. Trump a qualifié l’accord de « pire » affaire de tous les temps.

Alors, que se passe-t-il ?

La réponse est que Washington considère le comportement de l’Iran comme une autre illustration de la raison pour laquelle il s’est retiré de l’accord en premier lieu : le régime iranien n’est pas digne de confiance.

« Tricher un tout petit peu, ça reste de la triche. Et dans le contexte des engagements nucléaires de l’Iran, cela ne sera pas toléré « , a déclaré mercredi au Center for Strategic and International Studies, M. Brian Hook, représentant spécial du département d’État pour l’Iran. « Si les mollahs de Téhéran choisissent, comme l’exige le peuple iranien, de respecter les règles, la souveraineté de leurs voisins et les obligations et engagements internationaux, les États-Unis seront prêts et disposés à discuter ».

Ce que l’Iran prépare : En vertu de l’accord de 2015, l’Iran est autorisé à enrichir de l’uranium à des fins de recherche médicale, mais est obligé de vendre ses surplus. L’Iran conserve désormais immédiatement son excédent d’uranium faiblement enrichi, qu’il vendait à l’étranger. Cet uranium peut servir à fabriquer des armes nucléaires.

Dans 60 jours, à moins que ses partenaires ne prennent des mesures pour atténuer son isolement économique, l’Iran a menacé de supprimer les plafonds des niveaux d’enrichissement de l’uranium et de reprendre ses travaux sur son site de plutonium nucléaire d’Arak.

L’usine de production d’eau lourde controversée de l’Iran est visible dans cette vue générale à Arak, au sud de la capitale iranienne, Téhéran, le 27 octobre 2004. (Saeedi/Getty Images via JTA)

Réaction de l’administration Trump : nouvelles sanctions à l’encontre du secteur iranien des métaux, en plus des sanctions déjà imposées aux secteurs financier et énergétique.

Réaction des signataires de l’accord : l’Union européenne et les trois autres partenaires, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne, ont exigé que l’Iran s’y tienne et ont exhorté les États-Unis à ne pas s’en mêler.

« Nous regrettons la réimposition de sanctions par les États-Unis à la suite de leur retrait du JCPOA », a déclaré un communiqué conjoint, utilisant l’acronyme du nom de l’accord (Joint Comprehensive Plan of Action). « Nous appelons les pays qui ne font pas partie du JCPOA à s’abstenir de prendre des mesures qui entraveraient la capacité des autres parties à honorer pleinement leurs engagements ».

La Russie et la Chine, les autres parties, sont tout aussi déterminées à faire en sorte qu’il fonctionne.

Ce que veut l’administration Trump : que l’accord s’effondre et que l’Iran acquiesce à ses demandes de mettre fin à toute activité nucléaire ; qu’il cesse de produire des missiles balistiques ; qu’il cesse d’intervenir dans la région et ailleurs (les États-Unis voient la main maligne de l’Iran au Yémen, en Irak et en Syrie, et aussi loin que le Venezuela) ; et qu’il améliore les droits humains pour ses citoyens.

La pression est-elle efficace ? L’administration américaine en est convaincue.

« Pour la première fois depuis très longtemps, nous augmentons les coûts de l’expansionnisme iranien et montrons clairement que ce genre de chantage ne fonctionnera plus », a dit M. Hook. « Nous rendons insoutenable le fait que l’Iran soutienne des milices et des organisations terroristes qui, pendant des décennies, ont défié les normes fondamentales de comportement observées par les pays normaux ».

Il a énuméré, entre autres conséquences, l’expulsion effective de l’Iran du système de transmission financière internationale SWIFT et l’aveu par le Hezbollah, l’allié de l’Iran au Liban, qu’il manque d’argent.

Les autres partenaires de l’accord se sont engagés à résister à la pression, et les Européens font pression pour mettre en place un système de troc complexe, l’INSTEX, qui contournerait les sanctions américaines.

John Bolton, conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, dévoile la stratégie de l’administration Trump pour l’Afrique à la Heritage Foundation à Washington, le 13 décembre 2018. (Cliff Owen/AP)

Que va-t-il se passer ensuite ? Certains clignent des yeux. John Bolton, le conseiller de Trump pour la sécurité nationale, a annoncé la semaine dernière le déploiement de forces supplémentaires dans la région pour contrer ce que les États-Unis qualifient de menace accrue de l’Iran. Il a cité, mais n’a pas défini, des « indications et avertissements troublants et de plus en plus inquiétants » de la part de l’Iran.

M. Trump, qui se méfierait de l’interventionnisme de Bolton à l’étranger, pourrait vouloir répéter ses ouvertures directes avec la Corée du Nord en parlant directement avec Téhéran. (Aucun prédécesseur ne l’a jamais fait : l’administration Obama s’en est tenue à des pourparlers multilatéraux indirects.)

« Ce que j’aimerais de l’Iran, c’est qu’il m’appelle », a-t-il déclaré jeudi à la Maison Blanche lors d’une conférence de presse sur les réformes prévues dans le domaine des frais de santé.

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