L’aéroport Ben Gurion souhaite rester à l’écart de tout débat politique clivant
Rechercher

L’aéroport Ben Gurion souhaite rester à l’écart de tout débat politique clivant

Les affiches d'un mouvement réformé visaient à renforcer un jugement du tribunal selon lequel El Al ne peut pas obliger les femmes à céder leur siège aux hommes ultra-orthodoxes

Une nouvelle publicité du centre d'action religieuse israélien dit aux femmes qu'elles ne sont pas obligées d'échanger leurs sièges sur des vols vers Israël à la demande d'hommes ultra-orthodoxes (Autorisation)
Une nouvelle publicité du centre d'action religieuse israélien dit aux femmes qu'elles ne sont pas obligées d'échanger leurs sièges sur des vols vers Israël à la demande d'hommes ultra-orthodoxes (Autorisation)

L’Autorité israélienne des aéroports a refusé d’autoriser le mouvement réformé à poser des panneaux de publicité à l’aéroport Ben-Gurion visant à informer les femmes qu’il était illégal de les obliger à changer de siège sur un vol pour accommoder les hommes ultra-orthodoxes qui refusent de s’asseoir près des femmes.

Parrainée par le centre israélien d’action religieuse, le bras juridique du mouvement réformé en Israël, la publicité disait : « Mesdames, veuillez prendre votre siège… Et le conserver ». L’affiche expliquait qu’exiger un changement de siège en raison du sexe de son occupante est illégal et que les personnels de vol ne sont pas autorisés à demander à un passager d’échanger un siège, permettant ainsi une ségrégation.

El Al, le transporteur national israélien, est connu pour demander régulièrement aux passagères de changer de siège à la requête d’hommes ultra-orthodoxes qui refusent de s’asseoir à côté d’une femme.

S’exprimant lundi à la radio militaire, la directrice de l’IRAC, le rabbin Noa Sattath, a expliqué que les panneaux faisaient partie d’une campagne mise en place depuis plusieurs années contre la pratique de déplacement des femmes à la demande des hommes.

Le centre avait prévu d’afficher ces panneaux au cours de la période de la fête de Pessah, longue d’une semaine, lorsque l’aéroport connaît une très forte affluence.

L’Autorité israélienne des aéroports avait accepté de placer les publicités aux portes d’embarquement mais, quatre jours avant Pessah – qui a commencé vendredi soir – l’IRAC a appris que les panneaux avaient été interdits, raconte Sattath.

Dans un jugement historique rendu au mois de juin dernier, la Cour des magistrats de Jérusalem avait expliqué qu’El Al ne pouvait obliger les femmes à changer de siège à la demande des hommes ultra-orthodoxes. La cour avait ainsi réaffirmé le positionnement de l’IRAC, qui avait porté plainte, en estimant que cette pratique était illégale et discriminatoire.

Renee Rabinowitz, 81 ans, qui a poursuisi El Al pour discrimination religieuse (Crédit : Jessica Steinberg)

La principale plaignante dans le dossier était Renee Rabinowitz, une survivante de l’Holocauste âgée de 81 ans, qui avait poursuivi la compagnie aérienne pour discrimination après qu’un passager lui a demandé de quitter son siège lors d’un vol au mois de décembre 2015. Elle avait été indemnisée à hauteur de 6 500 shekels.

« S’il est important pour un homme [de ne pas s’asseoir à côté d’une femme], alors il doit s’arranger avant d’embarquer dans l’avion », souligne Sattath.

Le porte parole de l’Autorité israélienne des aéroports Ofer Leffler a confirmé à la radio militaire que les panneaux avaient été enlevés et il a expliqué que ce retrait avait pour objectif de conserver l’aéroport à l’écart de tout débat politique clivant.

S’exprimant auprès du quotidien Haaretz, Sattath a indiqué que les mêmes panneaux avaient été approuvés à l’aéroport international de Newark mais qu’ils étaient trop chers et que l’IRAC les avait donc destinés à Tel Aviv.

« Cela a plus de sens de faire ça en Israël, là où le problème principal se trouve », a-t-elle dit selon un article paru mardi dans le journal.

En 2016, les autorités portuaires de New York et du New Jersey avaient rejeté une initiative prise par l’IRAC de poser les mêmes affiches dans les salles d’attente prévues pour les passagers d’El Al à Newark. Elles avaient toutefois indiqué à ce moment-là qu’il était temps de réexaminer les réglementations concernant les publicités, « ce qui rendrait probable l’apparition de la publicité pour les sièges dans un aéroport local ».

Le législateur de HaBayit HaYehudi Bezalel Smotrich lors de la réunion hebdomadaire de sa faction à la Knesset, le 23 janvier 2017 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Dans un tweet posté lundi, le député du parti religieux national HaBayit HaYehudi Bezalel Smotrich a indiqué que le mouvement réformé était une « bande de trolls », appelant les individus à détourner le regard de leurs croyances religieuses ou autres tout en demandant que leur propre mouvement soit traité à égalité avec les camps religieux traditionnels.

« L’essence du mouvement réformé en une seule publicité », a-t-il écrit. « Appeler le public à ne pas être bon, à ne pas agir, Dieu nous en préserve, avec gentillesse, à ne pas prendre en considération, Dieu nous en préserve, les sentiments ou les croyances d’autrui (même s’il n’y a aucun « prix » autre que de s’asseoir sur le même siège, avec le même espace étroit pour les jambes, simplement à un endroit différent… ), en demandant ensuite que leur foi soit prise en considération. Et tout en anglais. Une bande de trolls ».

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...