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Lafarge en Syrie : Un ex-gestionnaire des risques mis en examen

Lafarge SA est soupçonné d'avoir versé en 2013 et 2014, via sa filiale LCS, près de 13 millions d'euros à des groupes terroristes, dont l'organisation État islamique

Une usine du cimentier Lafarge, accusée de financer des groupes jihadistes pour maintenir son activité en Syrie. (Crédit : AFP / FRANCK FIFE)
Une usine du cimentier Lafarge, accusée de financer des groupes jihadistes pour maintenir son activité en Syrie. (Crédit : AFP / FRANCK FIFE)

Un Jordanien, ayant travaillé pour l’usine Lafarge en Syrie, a été mis en examen le 24 septembre à Paris pour « financement de terrorisme » dans l’enquête sur les activités du groupe dans ce pays jusqu’en 2014, a indiqué jeudi une source judiciaire, confirmant une information de l’Obs.

Ahmad Jaloudi, « risk manager » – soit gestionnaire des risques – pour l’usine Lafarge de Jalabiya, au nord de la Syrie, a été placé sous contrôle judiciaire à l’issue de son interrogatoire par les magistrats du tribunal judiciaire de Paris chargés de cette enquête.

« Il est incontestable que M. Jaloudi a lutté toute sa vie contre les extrémismes. Je ne peux que regretter sa mise en examen, que je trouve particulièrement injuste », a déclaré à l’AFP son avocate, Me Noémie Saidi-Cottier.

Dans cette information judiciaire ouverte en juin 2017, Lafarge SA est soupçonné d’avoir versé en 2013 et 2014, via sa filiale Lafarge Cement Syria (LCS), près de 13 millions d’euros à des groupes terroristes, dont l’organisation État islamique (EI), et à des intermédiaires afin de maintenir l’activité d’une cimenterie en Syrie alors que le pays s’enfonçait dans la guerre.

Lafarge est également suspecté d’avoir vendu du ciment de l’usine à l’EI.

Un rapport interne commandé par LafargeHolcim, né de la fusion en 2015 du français Lafarge et du suisse Holcim, avait mis en lumière des remises de fonds de LCS à des intermédiaires pour négocier avec des « groupes armés ».

Mais Lafarge SA a toujours contesté toute responsabilité dans la destination de ces versements à des organisations terroristes.

Selon l’Obs et le quotidien britannique The Guardian, l’usine de Lafarge aurait servi de « hub régional » pour les services de renseignement de plusieurs pays.

Ancien membre des forces spéciales jordaniennes, Ahmad Jaloudi « aurait collecté des renseignements sur une trentaine d’otages, notamment sur le journaliste américain James Foley, le photographe britannique John Cantlie mais aussi sur le pilote jordanien Moaz al-Kasasbeh », mort brûlé vif dans une cage en 2015, écrit l’Obs.

Dans un document d’enquête des douanes datant de 2019 consulté par l’AFP et récapitulant les échanges électroniques saisis, Ahmad Jaloudi est présenté comme « en relation constante » avec le groupe État islamique.

Ahmad Jaloudi « informe systématiquement Bruno Pescheux puis Frédéric Jolibois », deux anciens directeurs de la filiale syrienne, « ainsi que Jean-Claude Veillard », directeur de la sûreté du groupe, « de ses contacts avec les islamistes » et « relaye (leurs) exigences », ajoute le document.

Tous trois sont déjà mis en examen pour « financement d’une entreprise terroriste » et « mise en danger de la vie d’autrui ».

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