L’antisémite Roald Dahl n’aura pas droit aux pièces commémoratives britanniques
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L’antisémite Roald Dahl n’aura pas droit aux pièces commémoratives britanniques

La Monnaie royale de Grande-Bretagne a refusé une proposition visant à honorer un célèbre auteur pour enfants pour le centenaire de sa naissance en raison de sa réputation douteuse

L’écrivain Roald Dahl en 1982, lorsque ses commentaires contre les Juifs et Israël ont commencé à se multiplier. (Crédits : domaine public)
L’écrivain Roald Dahl en 1982, lorsque ses commentaires contre les Juifs et Israël ont commencé à se multiplier. (Crédits : domaine public)

La Monnaie royale britannique [Britain’s Royal Mint] a rejeté les propositions visant à honorer le célèbre auteur pour enfants Roald Dahl avec une pièce commémorative en raison de ses opinions antisémites, a rapporté The Guardian mardi.

Une réunion de commission en 2014 a rejeté une motion visant à émettre une pièce de monnaie pour le centenaire de la naissance de l’auteur de Charlie and the Choclate Factory, déclarant qu’il était « associé à l’antisémitisme et non considéré comme un auteur de la plus haute réputation », selon le procès-verbal obtenu par The Guardian dans le cadre des demandes de « Freedom of Information ».

En 2014, alors que le Royal Mail a émis une série de timbres représentant des livres de Dahl, dont « Matilda » et « The BFG », la Monnaie royale avait quant à elle frappé des pièces commémoratives de William Shakespeare et Beatrix Potter.

Le débat sur le passé antisémite de Dahl a fait son apparition à Hollywood en 2016 avec la sortie de la version de Steven Spielberg de « The BFG ». Lors d’une conférence de presse du Festival de Cannes, le réalisateur juif a déclaré qu’il « n’était au courant d’aucune des histoires personnelles de Roald Dahl » avant de tourner « The BFG » pour Walt Disney Pictures. (Pour un rapport approfondi sur le racisme de Dahl, voir l’article de Matt Lebovic de 2016 « L’écrivain Roald Dahl était-il un sectaire invétéré ? »)

Une scène du film « The BFG » de 2016 (Walt Disney Pictures)

« J’étais concentré sur l’histoire écrite [par Dahl] », a déclaré Spielberg, le créateur de « La Liste de Schindler » et fondateur de la Shoah Foundation. « Je n’avais aucune idée de ce qui lui aurait été attribué, ce qu’il aurait pu dire », a expliqué Spielberg aux journalistes à Cannes.

L’article du Guardian cite plusieurs exemples dans lesquels Dahl se qualifie d’antisémite, dont une interview dans The Independent du Royaume-Uni en 1990, quelques mois avant sa mort.

« Je suis absolument anti-israélien et je suis devenu antisémite dans la mesure où il y a un juif dans un autre pays comme l’Angleterre qui soutient résolument le sionisme. Je pense qu’ils devraient voir les deux côtés. C’est toujours la même chose : nous connaissons tous les Juifs et le reste.

« Il n’y a pas d’éditeurs non-juifs nulle part dans le monde, ils contrôlent les médias – c’est très malin – c’est pourquoi le président des États-Unis doit vendre tout cela à Israël », a dit Dahl en 1990 en référence à la guerre au Liban.

Une Anjelica Huston méconnaissable dans le film « The Witches » (Les Sorcières), produit en 1990 par Warner Brothers et basé sur le livre de Roald Dahl. (Crédits : autorisation)

La publication de cette interview n’est pas passée inaperçue. Après la mort de Dahl et une avalanche de nécrologies élogieuses, Abe Foxman, alors directeur de l’Anti-Defamation League (ADL), a pris le New York Times à parti : « Les louanges pour M. Dahl en tant qu’écrivain ne doivent pas faire oublier qu’il était aussi un raciste » écrit Foxman dans sa lettre en date du 7 décembre 1990.

Le député britannique travailliste, Wes Streeting, 33 ans, a été élu en 2015 pour représenter le district nord de Ilford (Crédit : autorisation)

Cependant, pour de nombreux jeunes Britanniques qui ont grandi avec les contes désormais classiques de Dahl, la récente résurgence des vues antisémites de l’auteur a été un choc.

« Ce n’est pas de l’antisémitisme voilé. C’est de l’antisémitisme classique, indéniable et flagrant. Je pense que lorsqu’il s’agit de célébrer des personnes, ces facteurs devraient être pris en compte… D’une certaine façon, pour ceux d’entre nous qui n’ont jamais vraiment connu cet aspect du personnage de Roald, c’est assez troublant en fait », a déclaré Wes Streeting, député travailliste et coprésident du groupe parlementaire multipartite sur les Juifs britanniques, au Guardian.

Une porte-parole de la Monnaie royale n’a pas écarté la possibilité d’une future pièce Dahl dans son communiqué au journal The Guardian. Elle a déclaré que les propositions « passent par un processus rigoureux de planification et de sélection des dessins, régi par un comité indépendant, le Royal Mint Advisory Committee (RMAC)… À cette occasion, le comité a choisi d’autres thèmes pour figurer sur les pièces pour cette année en particulier ».

Matt Lebovic a contribué à cet article.

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