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L’antisémitisme découle-t-il d’un état délirant ? Le sort de Robert Bowers en dépend

Les avocats de la défense, qui espèrent éviter la peine de mort au tireur de la synagogue de Pittsburgh, soutiennent que ses convictions antisémites résultent d'une maladie mentale

Du ruban de police entourant un chargeur de fusil d'assaut à la suite d'une fusillade de masse à la synagogue Tree of Life à Pittsburgh, le 28 octobre 2018. (Crédit : Tribunal de district américain du district occidental de Pennsylvanie - Photo de preuves via JTA)
Du ruban de police entourant un chargeur de fusil d'assaut à la suite d'une fusillade de masse à la synagogue Tree of Life à Pittsburgh, le 28 octobre 2018. (Crédit : Tribunal de district américain du district occidental de Pennsylvanie - Photo de preuves via JTA)

PITTSBURGH (JTA) – Pour tenter de sauver son client de la peine de mort, un avocat défendant le tireur de la synagogue de Pittsburgh a passé des heures, cette semaine, à interroger un éminent psychiatre sur une question que se posent de nombreuses personnes au fil du temps : la haine des Juifs est-elle la manifestation d’une maladie mentale ?

Robert Bowers a été reconnu coupable, le mois dernier, d’avoir commis l’attentat antisémite le plus meurtrier de toute l’Histoire des États-Unis en attaquant la synagogue Tree of Life, le 27 octobre 2018. Ses avocats ont majoritairement reconnu les charges retenues contre lui, choisissant plutôt de se concentrer sur les moyens de lui éviter la peine de mort.

L’un des moyens d’y parvenir reste de persuader les jurés que les intentions du tireur ont été brouillées par une maladie mentale. Une telle décision, même de la part d’un seul juré, fermerait la porte à l’exécution dans un procès qui a parfois été un marqueur de la peur et de l’identité juive américaine.

Le procureur de l’État, quant à lui, réclame la peine de mort et soutient que Bowers était animé par la haine, et non par des pensées délirantes, lorsqu’il a attaqué la synagogue. Ces derniers jours, il a fait appel à un témoin de haut-rang, le Dr. Park Dietz, un psychiatre légiste qui, depuis des dizaines d’années, est un témoin expert incontournable dans de grands procès.

Depuis jeudi dernier, Dietz soutient que Bowers est un antisémite ordinaire et qu’il ne souffre pas de schizophrénie, contrairement à ce qui a été soutenu par la défense.

Mardi, Michael Burt, l’un des avocats de la défense, a cherché à renverser l’argument avancé par Dietz qui a estimé que l’antisémitisme meurtrier de Bowers n’était pour autant pas incompatible avec un comportement rationnel – bien que diabolique. Il a plutôt cherché à dépeindre la haine nourrie par Bowers l’encontre des Juifs comme la manifestation d’une maladie psychique.

Il a rappelé à Dietz qu’il y a plusieurs dizaines d’années, le psychiatre avait expertisé l’état psychique d’un homme qui était convaincu que les chirurgiens plastiques commettaient un génocide contre les Aryens, en rendant les nez aryens et non-aryens indissociables l’un de l’autre.

« Vous avez conclu, dans ce cas, que ce client souffrait d’un trouble délirant et vous avez donc pensé qu’il était fou », a déclaré Me Burt. « Les théories du complot et les délires ne sont pas exclusifs les uns des autres ; ils peuvent interagir », a-t-il soutenu.

Photo composite : Un mémorial de fortune dressé à l’extérieur de la synagogue Tree of Life au lendemain d’une fusillade meurtrière à Pittsburgh, le 29 octobre 2018 ; une photo non datée du ministère des Transports de Pennsylvanie montrant Robert Bowers, reconnu coupable d’avoir abattu 11 fidèles à la synagogue. (Crédit : AP Photo/Matt Rourke/Dossier ; Ministère des Transports de Pennsylvanie via AP/Dossier)

Dietz a reconnu que les théories du complot et les délires ne s’excluaient pas nécessairement l’un de l’autre – ajoutant qu’il devait y avoir toutefois des indications montrant qu’un antisémite souffrait de délires en plus de sa sensibilité et de sa réceptivité aux tropes antisémites.

« La différence réside dans la présence ou dans l’absence de maladie psychiatrique », a dit Dietz. « Le caractère unique du système de croyances, sa nature idiosyncrasique et personnelle sont autant d’indices qui montrent que ce système provient de l’esprit et non d’un groupe extérieur. »

Selon Dietz, Bowers ne présentait pas ces caractéristiques idiosyncrasiques. « Il n’avait pas d’idées délirantes – si l’on se réfère à une définition raisonnable des idées délirantes », a-t-il expliqué. « La psychiatrie s’accorde à dire que si les croyances bizarres d’une personne sont partagées par un grand groupe, il ne s’agit pas d’un délire. »

Dietz, psychiatre judiciaire à la faculté de médecine de l’UCLA, a évalué des accusés tels que John Hinckley, qui a tenté de tuer le président américain Ronald Reagan, le meurtrier de masse Jeffrey Dahmer et Unabomber Ted Kaczynski, parmi beaucoup d’autres.

Burt a maintenu Dietz à la barre pendant la majeure partie des journées de lundi et mardi. L’avocat de la défense a oscillé entre de longues lectures techniques du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, connu sous le nom de DSM-5-TR, et des tentatives visant à saper la crédibilité de Dietz. Revenant à plusieurs reprises sur la base de données cinématographiques d’Internet (IMDb) du psychiatre, il a contesté que Dietz ait été consultant sur des centaines d’épisodes de « New York, Police judiciaire » ainsi que sa participation à des documentaires réalisés sur des crimes réels, dont certains aux titres sensationnalistes.

Mais les échanges les plus marquants ont eu lieu lorsque Burt a interrogé Dietz sur la question de savoir si les croyances antisémites du tireur étaient le reflet d’une maladie psychiatrique. Le tireur a déclaré avoir pris pour cible la synagogue de Pittsburgh en partie parce que l’une de ses congrégations était partenaire de HIAS, l’agence juive américaine d’aide aux réfugiés. Dans un message posté sur les réseaux sociaux, Bowers avait déclaré que HIAS « aime faire venir des envahisseurs qui tuent notre peuple », reprenant ainsi la théorie antisémite du complot du « Grand Remplacement ».

Le psychiatre Park Dietz, en février 2023. (Crédit : Capture d’écran de la vidéo YouTube ; utilisée conformément à l’article 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Dietz, qui a interrogé le tireur pendant 15 heures au mois de mai, a déclaré lundi que la pensée de l’accusé pouvait être rattachée à un certain nombre d’écrits de la fin du XXe siècle qui ont sous-tendu l’idéologie de la suprématie blanche, notamment le Manifeste du génocide blanc rédigé en 1985 par David Lane – le chef d’un groupe suprématiste blanc appelé The Order qui avait tué l’animateur de radio juif Alan Berg.

Burt a demandé à Dietz s’il existait des circonstances où les tropes antisémites peuvent se doubler d’un délire. « Peut-on avoir un délire qui se rapporte à de fausses croyances liées à l’antisémitisme ? », a t-il interrogé.

« C’est possible, mais il doit y avoir quelque chose d’idiosyncrasique à ce sujet », a répondu Dietz. « La croyance laissant entendre que les Juifs sont les enfants de Satan est idiomatique du mouvement identitaire chrétien depuis le XVIIIe siècle. C’est un mensonge qui a été transmis de génération en génération, qui a été transmis pendant des siècles et qui est au cœur de l’idéologie de certains suprémacistes blancs. »

L’argument d’un antisémitisme qui signalerait une maladie psychique, tel qu’il est avancé par la défense, a des précédents. Dans les années 1940, l’avocat d’Ezra Pound avait obtenu que le poète échappe à un procès pour trahison en persuadant les autorités américaines que Pound devait être placé en institution, notamment en imputant à la maladie mentale l’antisémitisme virulent qui l’avait poussé à faire de la propagande en faveur de l’Axe. (Pound avait passé ses 13 années à l’hôpital St. Elizabeths de Washington, se liant d’amitié avec des racistes et des fascistes américains et les encourageant).

La compréhension de la haine et de la maladie psychique avait évolué au cours des décennies suivantes. L’année dernière, après que le rappeur et designer Kanye West s’est lancé dans une longue série de diatribes antisémites, certains avaient fait le lien entre son comportement et le trouble bipolaire, la maladie psychique dont West a déclaré souffrir. (West a déclaré que cette maladie le rendait paranoïaque, mais il a également qualifié de « méprisante » la question de savoir s’il avait cessé de prendre ses médicaments chaque fois qu’il lui arrivait de « s’exprimer »). À l’époque, toute une série d’experts en santé mentale avaient rappelé que la maladie psychiatrique ne devait pas excuser le fanatisme.

À Pittsburgh, les corrélations entre croyances antisémites et maladie mentale sont aujourd’hui cruciales. Le jury qui, le 16 juin, a reconnu l’accusé coupable des 63 chefs d’accusation liés à l’attentat – dont 22 crimes capitaux, deux pour chaque mort – doit maintenant décider si ses crimes lui vaudront une condamnation à la peine capitale. Dietz était l’avant-dernier témoin à ce stade du procès – après son témoignage, les avocats ont interrogé le psychiatre qui a évalué l’état psychique de Bowers pour la toute première fois à la prison du comté, deux jours après le massacre. Les avocats doivent présenter leurs conclusions mercredi pour cette phase du procès, qui a débuté le 26 juin.

Un seul juré convaincu par les arguments de la défense mettrait fin au procès et le juge Robert Colville condamnerait Bowers à la réclusion à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle. En revanche, un accord unanime sur le fait que les crimes méritent la peine de mort ouvrirait la deuxième partie de la phase de jugement, au cours de laquelle le jury examinerait les circonstances atténuantes, notamment les difficultés rencontrées par Bowers au cours de sa vie. Cette phase comprendra également le témoignage des personnes touchées par la fusillade, notamment les proches des personnes décédées et les membres de la communauté juive très unie de Pittsburgh.

Les victimes de l’attentat étaient Joyce Fienberg, Richard Gottfried, Rose Mallinger, Jerry Rabinowitz, Cecil Rosenthal, David Rosenthal, Bernice Simon, Sylvan Simon, Daniel Stein, Melvin Wax et Irving Younger. Ils pratiquaient leur culte dans trois congrégations installées dans le bâtiment à l’époque : Tree of Life, Dor Hadash et New Light.

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