L’AP dénonce la fin des exemptions d’impôts pour les églises et l’ONU
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L’AP dénonce la fin des exemptions d’impôts pour les églises et l’ONU

Le patriarcat grec-orthodoxe dit que la municipalité tente de "vider" Jérusalem des institutions chrétiennes. L'AP dénonce une "nouvelle agression contre notre capitale occupée"

Khaled Abu Toameh est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

L'église du Saint-Sauveur du quartier chrétien de la Vieille Ville de Jérusalem, dessinée en 1924 par le célèbre architecte Antonio Barluzzi. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
L'église du Saint-Sauveur du quartier chrétien de la Vieille Ville de Jérusalem, dessinée en 1924 par le célèbre architecte Antonio Barluzzi. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Les Palestiniens ont vivement dénoncé dimanche une décision israélienne de collecter des impôts auprès des églises et des agences des Nations unies à Jérusalem, disant que cette initiative a pour objectif de « vider » la ville de ses résidents arabes et des lieux saints chrétiens.

Certains responsables palestiniens sont allés jusqu’à lier cette décision à la reconnaissance par le président américain Donald Trump de Jérusalem en tant que capitale israélienne.

« C’est une nouvelle agression contre notre capitale occupée de Jérusalem », a indiqué Yusef Al-Mahmoud, porte-parole du gouvernement de l’Autorité palestinienne à Ramallah. « Cette décision vise à étrangler davantage notre peuple [à Jérusalem] pour parachever les illusions des autorités, qui veulent nous faire partir ».

La municipalité de Jérusalem a distribué des amendes pour un montant de plusieurs millions de dollars concernant des biens immobiliers qui sont la propriété des Nations unies et des églises, citant un nouvel avis juridique qui stipule que les biens immobiliers ne sont pas définis au niveau légal comme des lieux de cultes et ne peuvent donc prétendre à des exemptions d’impôt.

La municipalité a déclaré dimanche avoir commencé à collecter plus de 650 millions de shekels concernant environ 887 propriétés à Jérusalem qui appartiennent à des églises et diverses agences de l’ONU.

L’église de la Dormition sur le mont Sion à Jerusalem. (Crédit : Anna Kaplan/Flash90)

Le porte-parole de l’AP a accusé Israël d’œuvrer en faveur de « la consolidation de l’occupation et de l’implantation au sein de Jérusalem ».

Il a déclaré qu’il n’y a pas d’autres lois dans le monde « à part la loi de l’occupation » qui autorisent à collecter des taxes concernant des lieux de culte.

Ahmed Majdalani, membre du comité exécutif de l’OLP, a appelé les églises et les agences des Nations unies à rejeter cette décision consistant à imposer des taxes à payer sur leurs biens immobiliers.

« Le gouvernement d’occupation déclare une guerre ouverte dans la ville de Jérusalem, la capitale de l’état de Palestine », a accusé Majdalani.

La décision est la « conclusion » de l’annonce par Trump de la reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale israélienne, a-t-il dit.

Dans un discours prononcé depuis la Maison Blanche au mois de décembre, Trump avait rejeté les avertissements en provenance des leaders du monde entier et a insisté sur le fait qu’après des échecs répétés pour parvenir à la paix, une « nouvelle approche » était attendue depuis longtemps, décrivant sa décision de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël, comme étant le reflet de la réalité.

Le président américain Donald Trump montre le protocole signé reconnaissant Jérusalem en tant que capitale de l’Etat juif tandis que le vice-président le regarde, à la Maison Blanche, le 6 décembre 2017 (Crédit : AFP Photo/Saul Loeb)

Cette décision avait été saluée par Netanyahu et par une grande partie de l’échiquier politique israélien. Trump avait souligné qu’il ne spécifiait pas les limites de la souveraineté israélienne dans la ville, et a appelé à ne pas changer le statu quo dans les Lieux saints de la ville.

« Toutes les décisions et les mesures prises par le gouvernement d’occupation à Jérusalem sont nulles et non avenues et la communauté internationale doit prendre ses responsabilités, faire appliquer les résolutions qu’impliquent la légitimité internationale et préserver le statu-quo dans la ville », a dit Majdalani.

« Les églises et les lieux saints islamiques et chrétiens sont une ligne rouge. Nous n’allons pas donner de l’argent à l’occupant. Il n’y aura pas de paix sans Jérusalem, il n’y aura pas d’état sans Jérusalem. Nous devons prendre un certain nombre de mesures qui renforceront le statut de Jérusalem dans le système politique palestinien », a expliqué le haut-responsable de l’OLP.

L’archevêque palestinien Atallah Hanna du patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem a également dénoncé la décision prise par la municipalité de Jérusalem.

Israël, a-t-il maintenu, n’a pas le droit d’intervenir dans les affaires des églises.

Le patriarche grec orthodoxe de Jérusalem Théophile III à la procession des rameaux de Pâques à l’église du Saint sépulcre, dans la Vieille ville de Jérusalem, le 9 avril 2017 (Crédit : Gali Tibbon/AFP PHOTO)

Atallah a déclaré lui aussi que cette initiative avait pour objectif de « vider » Jérusalem des institutions chrétiennes.

Il a estimé que Jérusalem est actuellement la cible d’une « grande conspiration ».

« Les églises se trouvaient à Jérusalem avant qu’Israël ne soit établi et elles ont toujours été exemptées du paiement d’impôts, notamment sous la gouvernance de la Jordanie et sous le mandat britannique », a dit Atallah.

« Et dorénavant, les autorités d’occupation tentent de changer cette réalité parce qu’elles veulent étendre leur contrôle sur Jérusalem et affaiblir et marginaliser la présence des chrétiens en particulier et des Arabes et musulmans en général, dans la ville. Nous n’abandonnerons pas devant ces décisions injustes et suspectes. Nous ne collaborerons pas à cette décision israélienne et nous ne succomberons pas à la pression et au chantage israéliens », a-t-il ajouté.

Hanna Issa, secrétaire-général de la Commission de soutien islamo-chrétienne de Jérusalem et des lieux saints, a dit pour sa part que la décision « cauchemardesque » prise par la municipalité de Jérusalem visait à « solidifier » la souveraineté israélienne sur le terrain suite à l’annonce de Trump sur la ville. « Cette guerre des impôts est une guerre religieuse », a-t-il ajouté.

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