Rechercher

Lapid appelle à une alliance entre le Parti travailliste et le Meretz

Selon le Premier ministre, la Liste arabe unie ne veut pas faire partie de sa coalition ; il a affirmé que l'unité de la gauche est "incroyablement importante"

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Le Premier ministre Yair Lapid s'exprimant lors d'une réunion de faction à Tel Aviv, le 25 août 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Le Premier ministre Yair Lapid s'exprimant lors d'une réunion de faction à Tel Aviv, le 25 août 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Le Premier ministre Yair Lapid a déclaré jeudi que la Liste arabe unie, à majorité arabe, ne ferait pas partie de son gouvernement ministériel après les élections législatives de novembre s’il venait à remporter le scrutin. Il a toutefois évité de répondre à la question d’un journaliste qui lui demandait s’il accepterait d’inclure le parti arabe politiquement controversé dans une alliance au pouvoir s’il s’avérait disposé à rejoindre une coalition.

« La Liste arabe unie ne sera pas dans le gouvernement parce qu’il ne souhaite pas faire partie du gouvernement – ils l’ont répété mille fois », a déclaré Lapid en réponse aux questions des journalistes à l’ouverture de la réunion de faction de son parti Yesh Atid, jeudi.

« Nous en reparlerons après les élections », a-t-il ajouté.

Les rivaux politiques de Lapid – le leader du Likud, Benjamin Netanyahu et le bloc religieux de droite qu’il dirige – font campagne en affirmant que Lapid ne pourra former un gouvernement qu’avec l’aide de la Liste arabe unie et celle du parti islamiste Raam, ce dernier étant l’un des partenaires politiques actuels de Lapid.

Lapid n’a pas explicitement dit qu’il n’inclurait pas la Liste arabe unie – qui n’a jamais siégé dans une coalition israélienne – dans le gouvernement. La ligne officielle de son parti – et la sienne – serait plutôt qu’un tel cas de figure ne se présentera pas, la Liste arabe unie ne voyant aucun intérêt à rejoindre une alliance au pouvoir.

Les ministres et les législateurs de Yesh Atid ont évoqué la possibilité de collaborer avec la Liste arabe unie sur des questions spécifiques à l’avenir, et de recevoir à nouveau son soutien lorsqu’il s’agira de former une coalition, après les élections législatives de novembre. La Liste arabe unie coopère régulièrement sur des questions bien précises avec les partis de l’ensemble de l’échiquier politique, mais c’est en mai dernier qu’elle a, pour la première fois, soutenu un candidat au poste de Premier ministre.

Toutefois, en ce qui concerne Netanyahu, son ancien partenaire de coalition, qui est actuellement traduit en justice pour des faits de corruption présumée, Lapid a clairement indiqué que l’option d’un partenariat n’était pas envisageable. « Nous ne siégerons pas dans un gouvernement aux cotés de Netanyahu », a-t-il déclaré.

Le leader de la Liste arabe unie Ayman Odeh et Ahmad Tibi, membre de son parti lors d’une conférence de presse à Nof HaGalil, dans le nord d’Israël, le 10 février 2021. (Crédit : Roni Ofer/Flash90)

En réponse aux propos tenus par Lapid jeudi, le Likud a déclaré que le Premier ministre avait besoin de la Liste arabe unie pour former un gouvernement.

« Lapid n’a aucun moyen de former un gouvernement sans la Liste arabe unie, mais Israël a besoin d’un gouvernement nationaliste stable – et seul le Likud peut former un tel gouvernement pour les quatre années à venir », selon un communiqué du parti.

Le gouvernement sortant de Lapid rassemble partis de gauche, de droite, du centre et arabe, issus de toute la sphère politique d’Israël.

Unir la gauche

Abordant un autre aspect de la carte politique, Lapid a également appelé les formations de gauche du Meretz et du Parti travailliste à unifier leurs listes avant la date limite du 15 septembre, afin de contrer au mieux le retour au pouvoir de la droite.

Lapid a déclaré qu’il est « incroyablement important » que les deux partis de gauche se présentent ensemble, car si l’un d’eux ne parvenait pas à franchir le seuil électoral de 3,25 % nécessaire pour entrer à la Knesset, « cela aurait pour conséquence de ramener [Benjamin] Netanyahu et [Itamar] Ben Gvir ».

Alors que la leader fraîchement réélue du Meretz, Zehava Galon, dont le parti obtiendrait entre quatre et cinq sièges, est en faveur d’une candidature commune, la leader du Parti travailliste, Merav Michaeli, qui obtiendrait cinq sièges, s’est quant à elle fermement opposée à cette alliance.

Zehava Galon, à gauche, s’adressant à des milliers de militants de gauche israéliens lors d’un rassemblement à Tel Aviv le 27 mai 2017 ; la leader du Parti travailliste Merav Michaeli assistant à une conférence à Rishon Lezion, le 19 juillet 2022. (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

Le parti Yesh Atid du Premier ministre ne se proposera pas comme une alternative et il reste déterminé à se présenter de manière indépendante.

La campagne électorale en cours en Israël a peiné à faire les gros titres cette semaine alors qu’Israël est confronté à un certain nombre de crises, telles que la réintégration potentielle des Américains dans l’accord sur le nucléaire conclu avec l’Iran – « un mauvais accord », a répété Lapid jeudi – ou encore la menace de grève des enseignants qui retarderait la reprise de l’année scolaire.

Mercredi, Lapid avait réuni la presse étrangère pour avertir que l’accord avec l’Iran, dont la signature serait imminente, était « un mauvais accord » qui « n’oblige en rien » Israël – un message qu’il a donc encore une fois transmis jeudi en réponse aux questions des journalistes.

Lapid a attribué à son prédécesseur Netanyahu la responsabilité de l’adhésion des États-Unis à la version précédente de l’accord – que les Américains avaient quitté en 2018.

« En 2015, si un accord nucléaire a été signé, c’est à cause du discours scandaleux de Netanyahu au Congrès qui a poussé le gouvernement américain à exclure totalement Israël du processus des négociations et à signer un accord sans même nous consulter », a déclaré Lapid.

Mercredi, Netanyahu avait déclaré que la seule façon d’influencer les politiciens, aux États-Unis, était d’influencer le public américain, et il avait attaqué Lapid pour avoir critiqué son discours controversé de 2015 au Congrès, qui avait creusé le fossé entre l’État juif et l’administration de l’ancien occupant de la Maison Blanche, Barack Obama.

Lapid a également déclaré jeudi qu’en gérant le dialogue avec les Américains « de la bonne manière », avec « patience et détermination », Israël avait pu influencer avec succès les positions américaines sur l’accord destiné à empêcher le développement d’une arme nucléaire iranienne, et que les visites du ministre de la Défense, Benny Gantz, et du conseiller à la sécurité nationale israélien, Eyal Hulata, à Washington, cette semaine, avaient inclus des discussions sur la question.

« Les Américains ont accepté une grande partie des points que nous voulions qu’ils incluent dans la proposition », a déclaré Lapid en réponse à la question d’un journaliste. « Le dialogue a porté ses fruits », a-t-il ajouté.

Le conseiller à la sécurité nationale israélien, Eyal Hulata, à gauche, et son homologue américain, Jake Sullivan, devant la Maison-Blanche, le 5 octobre 2021. (Crédit : Jake Sullivan/Twitter)

Les pourparlers avec le Syndicat des enseignants a été pour leur part moins fructueux, Lapid s’étant contenté de dire « qu’une intense négociation est en cours » et que les responsables israéliens feront « tout [leur] possible pour que l’année scolaire commence à la date prévue ».

Le ministre des Finances, Avigdor Liberman, a critiqué les pressions exercées par Lapid et Gantz dans le but de résoudre la crise en cours avec le Syndicat des enseignants, déclarant cette semaine que la crise relevait des seules responsabilités du commissaire des salaires au ministère des Finances, ajoutant que les politiciens désireux d’imposer leurs décisions politiques dans ce mouvement social devraient le « virer » pour arriver à leurs fins.

« En général, il est préférable que le responsable en charge de ce type de négociation ait de l’expérience et les nerfs solides ; ceux qui veulent imposer des décisions politiques au niveau professionnel devront d’abord virer le ministre des Finances », aurait déclaré Liberman lors d’une réunion au ministère des Finances, mardi.

Lapid a déclaré jeudi qu’il n’avait pas l’intention de laisser Liberman partir, mais que le Premier ministre était un médiateur approprié.

« La tension est compréhensible, il n’y a pas besoin de renvoyer le ministre des Finances », a-t-il déclaré, mais il a ajouté que son rôle en tant que Premier ministre est « d’essayer de réunir toutes les parties dans une même pièce et de s’assurer qu’il y aura un résultat ».

La reprise de l’année scolaire est actuellement prévue pour le 1er septembre.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...