Lapid défend la seule alternative à un 4e scrutin
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Lapid défend la seule alternative à un 4e scrutin

Benjamin Netanyahu « a coopéré avec eux mille fois auparavant. J'avoue d'avance, ce n'est pas le gouvernement que nous voulions," écrit l'élu de Kakhol lavan

Le député de Kakhol lavan Yair Lapid prend la parole lors de la conférence Maariv à Herzliya, le 26 février 2020. (Crédit : Miriam Alster / Flash90)
Le député de Kakhol lavan Yair Lapid prend la parole lors de la conférence Maariv à Herzliya, le 26 février 2020. (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Yair Lapid, numéro 2 de Kakhol lavan, a défendu mardi les projets de son parti de former un gouvernement minoritaire soutenu à l’extérieur par la Liste arabe unie, à majorité arabe, affirmant que c’était le seul moyen d’éviter la « catastrophe » de potentielles quatrièmes élections consécutives.

Une telle coalition, qui n’est « pas le gouvernement que nous voulions », a-t-il expliqué, serait le seul moyen de sortir de l’impasse politique qui a démarré il y a un an, a déclaré Lapid dans un message sur Facebook.

Ni le Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu ni Kakhol lavan n’ont obtenu la majorité des sièges à la Knesset lors des élections de la semaine dernière, et aucun parti n’a pu clairement définir de projet de formation d’une coalition majoritaire. Le Premier ministre dispose du soutien de 58 députés et son parti du Likud est le plus représenté à la Knesset, avec 36 sièges sur 120. Mais si le parti Yisrael Beytenu d’Avigdor Liberman et l’ensemble de la Liste arabe unie, qui a remporté 15 sièges, recommandaient au président Reuven Rivlin la nomination du leader de Kakhol lavan Benny Gantz pour former la nouvelle coalition, il compterait alors 62 soutiens et pourrait obtenir le feu vert du président.

Avant que ne démarre la série de réunions de recommandations entre les différentes formations et le président, Gantz a manifesté son intérêt pour la formation d’un gouvernement avec le faucon d’Yisrael Beytenu et l’alliance Travailliste-Gesher-Meretz, avec les législateurs arabes soutenant une telle coalition. Les déclarations de Lapid ce mardi ont ainsi confirmé le pari politique du leader de Kakhol lavan.

Le chef de la Liste arabe unie, le député Ayman Odeh, assiste à une conférence de presse devant le cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 3 novembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Un tel dessein nécessite un effort de longue haleine, car certains des membres les plus à droite au sein du parti de Gantz l’ont ouvertement rejeté et ont juré de s’y opposer – et il n’est pas encore clair que la Liste arabe unie et Kakhol lavan parviennent vraiment à un accord. L’une des revendications précédemment soulevées par l’alliance arabe serait le rejet par Gantz du plan de paix de l’administration Trump, que l’ancien chef d’état-major de l’armée a approuvé.

« Contrairement aux mensonges que Bibi [Netanyahu] répand, la Liste arabe unie ne ferait pas partie de ce gouvernement », a écrit Lapid mardi. « Ils voteront une fois de l’extérieur [pour soutenir le gouvernement], et ça se terminera là. »

Netanyahu « a coopéré avec eux [la Liste arabe unie] mille fois auparavant. J’avoue d’avance, ce n’est pas le gouvernement que nous voulions. D’un autre côté, c’est de loin préférable à l’impasse actuelle. Un tel gouvernement pourrait établir un budget, les ministères reprendraient le travail, les comités de la Knesset également, nous aiderons les petites entreprises et empêcherons les licenciements massifs. »

Le Likud a tenté de présenter la Liste arabe unie comme étant hors des limites de la politique israélienne, qualifiant ses membres de « partisans du terrorisme » et citant leur opposition au sionisme et certaines positions anti-israéliennes extrêmes de membres de Balad, l’une des factions constituantes de la liste.

Le chef de file de Balad, Mtanes Shihadeh, a déclaré mardi qu’il recommanderait que la Liste arabe unie s’abstienne de soutenir tout candidat lors des consultations avec le président. Il a déclaré à la radio La voix de la Palestine que la Liste arabe unie attendait une offre de Gantz et qu’aucune négociation n’était en cours.

(De droite à gauche) Le député de la Liste arabe unie Mtanes Shihadeh, le président Reuven Rivlin, les députés Ayman Odeh, Mansour Abbas et Ahmad Tibi de la Liste arabe unie, lors d’une réunion à la résidence du Président à Jérusalem, le 20 novembre 2019. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Les députés arabes d’Israël refusent depuis longtemps pour des motifs idéologiques de rejoindre tout gouvernement, enracinés dans leur soutien aux Palestiniens. Les législateurs juifs ont, mutuellement, considéré les partis arabes comme hors de portée et se sont généralement abstenus de les inclure dans les calculs de coalition. Cependant, sous la direction de son actuel dirigeant, Ayman Odeh, certains segments de la Liste arabe unie ont apparemment atténué leur opposition à un tel partenariat. Après les élections précédentes de septembre, le parti a soutenu Gantz au poste de Premier ministre, rompant avec son refus de longue date de soutenir tout candidat au poste de Premier ministre.

Les relations entre les législateurs juifs et arabes restent néanmoins très tendues, entachées de méfiance mutuelle et de désaccords sur le conflit israélo-palestinien, la construction des implantations et le sionisme. Les tensions ont été exacerbées par les commentaires de membres plus extrêmes de la Liste arabe unie, qui ont semblé soutenir la violence contre les Israéliens, ainsi que par la rhétorique de plus en plus stridente au sujet de la Liste arabe unie et la communauté arabe israélienne en général, de la part de politiciens juifs, dont Netanyahu.

Mardi, Lapid a écrit que la seule alternative à une coalition soutenue par la Liste arabe unie serait une autre élection – la quatrième en un peu plus d’un an –, ce qui serait une « catastrophe ».

« Nous nous dirigerions vers une quatrième élection, comme le souhaite Bibi. Oui, c’est aussi terrible que ça en a l’air. Plus d’élections, plus de haine sans fondement, plus d’incitation, plus de violence, des milliards de shekels de plus de gaspillés », a-t-il écrit.

Lapid a également exprimé son soutien à un gouvernement d’unité avec le Likud, mais a déclaré que cette option était impossible car Netanyahu n’accepterait pas un accord de rotation du Premier ministre qui verrait Gantz servir en tant que Premier ministre en premier.

« Le problème est qu’il n’y a personne à qui parler. Nous l’avons vérifié mille fois. Bibi l’a rejeté entièrement. La seule chose qui l’intéresse, ce sont ses actes d’accusation », a déclaré Lapid, faisant allusion au refus de Netanyahu de se retirer de la course avant son prochain procès pour corruption.

Les pourparlers d’unité visant à former un gouvernement composé du Likud et de Kakhol lavan ont échoué après les élections de septembre.

Liberman apparemment à bord

Gantz et Liberman, qui dirige Yisrael Beytenu, ont déclaré lundi après-midi qu’ils travailleraient ensemble pour former un gouvernement, alors qu’ils concluaient une réunion au milieu de spéculations rampantes selon lesquelles ils œuvraient à former une coalition minoritaire dépendant du soutien extérieur de la Liste arabe unie.

« Nous venons de conclure une réunion de qualité, au cours de laquelle nous avons discuté de questions de principe fondamental et déterminé que nous travaillerions ensemble pour former un gouvernement qui sortirait Israël de l’impasse politique et éviterait un quatrième tour d’élections », a déclaré Gantz à la presse à l’hôtel Kfar Maccabiah à Ramat Gan, avec Liberman à ses côtés. « Nous continuerons à discuter des détails, à formuler nos objectifs communs et à aller de l’avant. »

Liberman a ajouté qu’une quatrième élection serait « le pire de tous les scénarios possibles » et a promis d’œuvrer afin d’empêcher un tel développement.

Les deux responsables politiques ont refusé de se pencher sur les détails ou de révéler le type de gouvernement qu’ils cherchaient à former, et Liberman a déclaré qu’aucune décision sur la question ne serait prise avant que Rivlin ne charge un député la semaine prochaine de former une coalition.

Le chef de Kakhol lavan Benny Gantz (au centre) rencontre les dirigeants de la Liste arabe unie, Ayman Odeh (à gauche) et Ahmed Tibi (à droite), le 31 octobre 2019. (Crédit : Ofek Avshalom)

Dans le même temps, deux députés de Kakhol lavan opposés à la formation d’un gouvernement soutenu par la Liste arabe unie ont été invités à suivre la ligne du parti, sous menace d’être expulsés. Des hauts responsables de Kakhol lavan ont déclaré à la Douzième chaine que les deux députés de la faction Telem de droite au sein de l’alliance centriste – les députés Zvi Hauser et Yoaz Hendel – allaient être expulsés du parti en raison de leur opposition à un gouvernement soutenu par la Liste arabe unie.

Même si la faction ultranationaliste Balad de la Liste arabe unie, composée de trois membres, choisissait de ne pas soutenir Gantz, comme cela s’est produit en septembre, le leader de Kakhol lavan aurait toujours 59 sièges pour le soutenir – si Hauser et Hendel se rangeaient de son côté.

Gantz s’est entretenu au téléphone avec les présidents de trois des quatre factions de la Liste arabe unie – Ayman Odeh, Ahmad Tibi et Mansour Abbas. Le chef de Balad, Mtanes Shihadeh, n’a pas été contacté, selon un communiqué de Kakhol lavan, selon lequel Gantz a expliqué son intention de former une coalition « qui servira tous les citoyens d’Israël, Juifs et Arabes, et empêchera une quatrième élection ».

Après sa réunion de lundi avec Liberman, Gantz a répondu à l’information de la Douzième chaine selon laquelle les jours de Hendel et Hauser étaient comptés. Il a déclaré dans un communiqué que bien que de nombreuses opinions étaient admises au sein du parti, « le président est celui qui décide, et non les ‘hauts cadres’ », se référant aux sources anonymes qui ont révélé l’information.

Liberman avait également juré de ne pas travailler avec la Liste arabe unie, mais a semblé adoucir sa position afin qu’Israël connaisse une issue à sa crise politique.

Dimanche, il a posé cinq conditions préalables à son adhésion à une coalition potentielle, consistant principalement en un ensemble de revendications laïques qui n’ont aucune chance d’être acceptées par les alliés ultra-orthodoxes de Netanyahu mais qui ont été rapidement acceptées par Gantz.

Les leaders de Kakhol lavan de gauche à droite : Gabi Ashkenazi, Benny Gantz, Yair Lapid et Moshe Yaalon saluent leurs partisans au siège de la formation après les premiers résultats des élections à Tel Aviv, en Israël, le 18 septembre 2019. (Crédit : AP Photo/Sebastian Scheiner)

Afin de lutter contre l’idée que la Liste arabe unie est hors du champ politique, Kakhol lavan se préparerait à lancer une campagne médiatique expliquant qu’en échange du soutien des députés de la Liste arabe unie, le parti accepterait les mêmes gestes à caractère social pour le public arabe que le Likud a offert par le passé.

Il s’efforcera ensuite de voter un budget avant d’accueillir toute autre partie intéressée, y compris le Likud, à rejoindre la coalition.

Sous la pression du Likud, Kakhol lavan a déclaré à plusieurs reprises pendant la campagne électorale qu’il ne chercherait pas à former un gouvernement avec le soutien de la Liste arabe unie.

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