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Lapid : Netanyahu et Ben Gvir nous entraînent dans de dangereuses directions

À l'approche des élections, le Premier ministre intérimaire déclare que ses rivaux de droite sont des diviseurs et des anti-démocrates

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Le Premier ministre Yair Lapid s'exprimant lors d'une conférence organisée par Idea (Institute for Democracy and Electoral Assistance), le 21 juillet 2022. (Crédit : Sahar Levy)
Le Premier ministre Yair Lapid s'exprimant lors d'une conférence organisée par Idea (Institute for Democracy and Electoral Assistance), le 21 juillet 2022. (Crédit : Sahar Levy)

Le Premier ministre par intérim, Yair Lapid, a qualifié jeudi le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu et le député d’extrême-droite Itamar Ben Gvir « d’extrémistes », présentant les prochaines élections comme une bataille pour la cohésion et la démocratie israéliennes.

« Il y a les extrémistes qui nous entraînent dans des directions dangereuses, chacun pour ses propres raisons. Netanyahu à cause de son procès [pour corruption, en cours], Ben Gvir parce qu’il était et reste l’homme qui a accroché une photo du meurtrier Baruch Goldstein dans son salon », a déclaré Lapid dans des remarques prononcées jeudi lors d’un forum organisé par l’IDEA (Institute for Democracy and Electoral Assistance) : l’Institut pour la démocratie libérale.

Lapid s’en est pris à ses rivaux politiques de droite au lendemain d’une déclaration dans laquelle il affirmait que son parti Yesh Atid offrait le meilleur espoir de former un gouvernement sans « extrémistes », sans nommer à qui il faisait référence.

Les élections du 1er novembre, comme les quatre qui les ont précédées depuis 2019, s’annoncent comme un cinquième référendum sur la question de savoir si le leader du Likud Netanyahu doit être ou non à la tête du gouvernement.

Netanyahu a présenté Lapid et son soi-disant « bloc du changement » qu’il a dirigé avec l’actuel Premier ministre alternatif Naftali Bennett comme étant faibles et dépendant du soutien des politiciens arabes. Lapid, pour sa part, a qualifié le bloc de Netanyahu de « diviseur et d’anti-démocratique ».

Jeudi, Lapid a décrit « la grande lutte israélienne » comme un match entre « ceux qui croient que nous sommes une grande famille et ceux qui essaient de nous démanteler de l’intérieur ».

« Nous avons un rôle et nous avons une mission : maintenir un Israël démocratique, un État de droit, un État qui respecte ses citoyens, qui n’est pas contrôlé par les voix et les forces les plus extrêmes en son sein », a-t-il poursuivi.

Le leader de l’opposition Benjamin Netanyahu lors d’une cérémonie d’inauguration d’un nouveau quartier à Beit El, en Cisjordanie, le 12 juillet 2022. (Crédit : Sraya Diamant/Flash90)

Lapid a tout particulièrement souligné les récentes déclarations du Likud dirigé par Netanyahu et de ses alliés politiques qui appellent à écraser les gauchistes, à remplacer l’actuel procureur général et à changer les règles pour interdire la mise en accusation d’un Premier ministre en exercice.

Netanyahu est actuellement jugé pour trois affaires de corruption qui ont débuté alors qu’il était encore au pouvoir. Il n’a cessé de clamer son innocence et affirme que les accusations ont été fabriquées dans le cadre d’un coup politique mené par la police et le ministère public, supervisés par un procureur général faible, de concert avec des opposants politiques et des médias de gauche.

« Les extrémistes crient plus fort », a déclaré Lapid, mais il a ajouté : « Les modérés et les sains d’esprit finiront par gagner car le peuple n’est pas disposé à haïr ses voisins. »

Lapid a déclaré que la vision d’Israël poussée par le législateur Ben Gvir, agressivement anti-Arabes et pro-implantations, contribuera à pousser les modérés à l’action.

« En observant Ben Gvir ils se disent : ‘Je ne suis pas prêt à ce que mon pays ressemble à cela, et je ne suis pas prêt à ce que ma vie ressemble à cela' », a déclaré le Premier ministre.

Dans ses remarques de mercredi sur les extrémistes, Lapid a laissé la place aux commentateurs israéliens qui se sont demandés si elles s’étendaient au parti majoritairement arabe, la Liste arabe unie. La Liste arabe unie refuse de participer activement à la politique israélienne tant que des progrès crédibles n’auront pas été accomplis en vue de la création d’un État palestinien.  Elle a, toutefois, collaboré à la fois avec la coalition Bennett-Lapid et l’opposition dirigée par le Likud lorsque cela était politiquement opportun.

Le vote arabe devrait être déterminant lors des prochaines élections, qui devraient être très serrées. On ne s’attend pas à des changements majeurs, à l’exception peut-être du parti Yamina de Bennett, désormais dirigé par Ayelet Shaked, qui pourrait ne pas obtenir un score suffisant pour entrer à la Knesset.

Le taux de participation des électeurs arabes est en baisse et devrait encore diminuer pour ces élections, faisant suite à une année où les électeurs ont été déçus par la Liste arabe unie de l’opposition et le parti islamiste arabe Raam de la coalition. Alors que la Liste arabe unie déclare qu’elle s’abstiendra de rejoindre une coalition tant que l’égalité et les progrès vers les aspirations nationales palestiniennes ne seront pas atteints, Raam a inversé le scénario et a rejoint la coalition afin de travailler à ces objectifs. Mais aucun des deux partis n’a remporté de victoire substantielle pour la communauté arabe, et le taux de participation devrait osciller autour de 40 %, soit une baisse de 25 points par rapport à 2020.

Le leader de la Liste arabe unie Ayman Odeh à la Knesset à Jérusalem, le 30 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Lapid, dans son discours de jeudi, s’est concentré sur les tentatives de sa coalition pour améliorer la situation de la société arabe, notamment la création d’un plan économique quinquennal et l’investissement dans la lutte contre la criminalité.

Lapid a déclaré qu’il devrait y avoir une « égalité civile » pour les 20 % de citoyens arabes-israéliens, mais que l’égalité nationale n’était pas envisageable.

« Nous pouvons et devons leur accorder l’égalité civile. En revanche, nous ne leur accorderons pas l’égalité nationale car c’est le seul État dont disposent les Juifs et nous n’avons pas l’intention d’abandonner l’identité juive de l’État d’Israël », a-t-il déclaré.

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