Lapid veut révoquer le droit de vote des haredim réfractaires à la conscription
Liberman salue la menace du chef de l'opposition, tandis que Gantz dénonce cette proposition « illégale » et antidémocratique

Le chef de l’opposition, Yair Lapid, a menacé lundi de demander, dans le cadre d’un futur gouvernement, la révocation du droit de vote des Israéliens ultra-orthodoxes qui ne font pas leur service militaire.
Si la très polémique loi réglementant la conscription des Haredim venait à être adoptée, « alors dans le prochain gouvernement, il y aurait une loi on ne peut plus simple : ceux qui ne feraient pas leur service ne pourraient pas se rendre aux urnes. Ceux qui ne s’engageront pas ne voteront pas aux élections », a déclaré Lapid aux journalistes avec la réunion hebdomadaire de son parti à la Knesset.
« Dans le cadre de l’actuelle Knesset, une proposition de loi proposant que ceux qui ne s’enrôlent pas ne votent pas a été repoussée. Yesh Atid avait voté pour. Nous soumettrons à nouveau cette proposition sans sourciller, et nous dirons aux Haredim : ce n’est pas contre vous, ce n’est pas une punition – au contraire. C’est une invitation à faire partie de l’histoire d’Israël, de notre destin à tous, de ce pays dans lequel tout le monde a les mêmes obligations – sinon, ils n’auront pas les mêmes droits », a déclaré Lapid.
Il faisait référence à un projet de loi rejeté, présenté par le parti Yisrael Beytenu du député Avigdor Liberman, qui visait à conditionner le droit de vote à l’exécution d’un service national
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Dans une déclaration, Liberman a salué l’insistance de Lapid sur le fait que « toute personne qui ne s’engage pas dans l’armée n’aura pas le droit de voter ».
Lors de la réunion de son propre groupe parlementaire lundi après-midi, Liberman a également appelé à restreindre le droit de vote, citant le précédent des criminels condamnés aux États-Unis.
« Nous n’avons pas assez de place dans les prisons. Il suffit donc qu’ils aient un casier judiciaire pour qu’ils ne puissent pas voter », a-t-il déclaré.
Le député du parti Yahadout HaTorah, Yisrael Eichler, s’en est pris à Lapid. Dans un communiqué, le député ultra-orthodoxe explique qu’il « accueille favorablement la demande « démocratique » du député Yair Lapid visant à priver les citoyens de leur droit de vote, à condition que la loi s’applique à toute personne privilégiée n’ayant pas fait son service dans une position de combat actif, sur le front. »
« Par ailleurs, toute personne n’ayant pas eu son baccalauréat ne pourra pas être Premier ministre », a surenchéri Eichler. Lapid n’a en effet pas obtenu son diplôme d’études secondaires et a fait son service militaire obligatoire en qualité de journaliste pour le magazine de Tsahal, Bamahane.
La rhétorique de Lapid et Liberman a également été condamnée par le président du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, qui a tweeté que « ceux qui vous promettent de révoquer le droit de vote des insoumis savent que c’est illégal et que cela ne passerait pas le test de la Cour suprême ».
« Il est possible et nécessaire d’imposer des sanctions personnelles, de révoquer des avantages économiques et d’empêcher de quitter le pays. Mais lutter pour la démocratie n’est pas quelque chose que l’on fait uniquement lorsque cela est politiquement opportun. Refuser le droit de vote et d’être élu, c’est aller trop loin », a insisté Gantz.
Mais bien qu’ils soient en désaccord sur le droit de vote, Gantz, Lapid et Liberman ont publié des messages similaires contre une grande manifestation anti-conscription ultra-orthodoxe prévue jeudi après-midi à Jérusalem.
https://www.timesofisrael.com/liveblog_entry/liberman-likud-sends-our-children-to-front-lines-while-backing-draft-evasion/
Le président d’Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, s’en est pris au Likud, le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu, suite à l’annonce de certains membres du parti au pouvoir de leur participation à un rassemblement ultra-orthodoxe anti-conscription à Jérusalem, ce jeudi.
« D’un côté le Likud, sous la direction de Netanyahu, envoie nos enfants sur le front d’une main, et de l’autre, manifeste en faveur des exemptions de service », a déclaré Liberman dans un communiqué. « Le Likud s’est mué en une branche des Haredim et de Ben Gvir. Très bientôt, je mettrai fin à cette honte et ferai passer une loi pour la conscription universelle obligatoire. »
https://www.timesofisrael.com/liveblog_entry/lapid-suggests-revoking-voting-rights-for-haredim-who-do-not-enlist/
Gantz a condamné le principe de la manifestation ultra-orthodoxe, qu’il a qualifiée de « dangereuse pour la société israélienne – et dangereuse pour la communauté haredi ».
Cette manifestation est l’œuvre des représentants des partis ultra-orthodoxes Degel HaTorah, Agudat Yisrael, Shas et d’autres factions, portée par des militants et députés ultra-orthodoxes qui s’insurgent contre ce qu’ils qualifient de « vague d’arrestations » d’étudiants de yeshiva réfractaires au service militaire.
« À l’heure où nos otages reviennent, où les soldats sont toujours à Gaza et où les familles et entreprises tentent de reconstruire, vous, qui n’avez pas porté le fardeau, vous mettez maintenant un doigt dans l’œil de ceux qui l’ont fait ? » a dit Gantz en s’adressant aux ultra-orthodoxes via la presse, avant une réunion de son parti.
Il a pressé les rabbins haredim et dirigeants politiques d’intervenir en disant : « J’en appelle d’abord et avant tout à la population ultra-orthodoxe pour qu’elle ne coopère pas avec les extrémistes, et je demande aux rabbins de cesser ces folies. »
Gantz a précisé que Kakhol lavan-HaMahane HaMamlahti, que les sondages actuels ne créditent pas de suffrages suffisants pour passer la barre d’entrée à la Knesset aux prochaines élections, ne ferait partie d’un gouvernement qu’à la condition que ce dernier prenne une loi en faveur de la conscription universelle.
« Nous n’entrerons pas dans un gouvernement qui enverra des soldats à la guerre tout en cautionnant les exemptions », a-t-il conclu.
Le ministre des Communications Shlomo Karhi et le député Avichai Boaron, tous deux membres du Likoud, ont exprimé leur soutien au rassemblement et ont indiqué qu’ils pourraient y participer, ce qui a incité Liberman à publier une déclaration qualifiant le Lioud de « branche des Haredim ».
Interrogé par le Times of Israel sur les propos de Karhi et de Boaron à ce sujet, Lapid a remis en cause les références sionistes du parti au pouvoir.
« Comment peuvent-ils continuer à se présenter comme un parti national ? C’est anti-sioniste. C’est anti-patriotique. C’est anti-juif à mes yeux. Et le fait que le Likud soit à ce point devenu l’esclave des exigences religieuses des ultra-orthodoxes est impardonnable », a déclaré Lapid.
« Ces gens ne sont pas vraiment le Likud. Qu’est-ce que Shlomo Karhi et les valeurs du Likud ont en commun ? Qu’est-ce qu’Avichai Boaron et les valeurs du Likud ont en commun ? Comment peuvent-ils dire qu’ils font partie d’un parti national et libéral ? Quand ils entendent manifester en faveur des réfractaires et de la corruption, le sont-ils ? »
Répondant aux critiques dans un long message publié sur X, Karhi a insisté sur le fait que la manifestation n’était « pas dirigée contre l’armée ou contre l’enrôlement, mais contre le système judiciaire pour l’arrestation d’étudiants de yeshiva dont l’étude de la Torah est leur profession ».
Le projet de loi visant à réglementer la conscription des étudiants de yeshiva, présenté par la coalition, « intégrera un grand nombre de Haredim dans l’armée israélienne », tout en protégeant ceux qui étudient à plein temps, et il est « inacceptable qu’une personne qui étudie la Torah dans l’État juif soit arrêtée… pour le crime d’étudier la Torah », a-t-il ajouté.
Au cours de l’année écoulée, les dirigeants haredim ont fait pression pour faire adopter une loi excluant leurs électeurs de l’armée israélienne, après que la Cour suprême a jugé illégales les exemptions générales du service militaire accordées depuis des décennies aux étudiants haredim à plein temps dans les yeshivot.
Ariela Karmel a contribué à cet article.







