L’Arabie saoudite suspend ses financements à l’AP
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L’Arabie saoudite suspend ses financements à l’AP

Selon des responsables palestiniens, 120 M $ d’aide financière ont été retenus ces 6 derniers mois

Avi Issacharoff est notre spécialiste du Moyen Orient. Il remplit le même rôle pour Walla, premier portail d'infos en Israël. Il est régulièrement invité à la radio et à la télévision. Jusqu'en 2012, Avi était journaliste et commentateur des affaires arabes pour Haaretz. Il enseigne l'histoire palestinienne moderne à l'université de Tel Aviv et est le coauteur de la série Fauda. Né à Jérusalem , Avi est diplômé de l'université Ben Gourion et de l'université de Tel Aviv en étude du Moyen Orient. Parlant couramment l'arabe, il était le correspondant de la radio publique et a couvert le conflit israélo-palestinien, la guerre en Irak et l'actualité des pays arabes entre 2003 et 2006. Il a réalisé et monté des courts-métrages documentaires sur le Moyen Orient. En 2002, il remporte le prix du "meilleur journaliste" de la radio israélienne pour sa couverture de la deuxième Intifada. En 2004, il coécrit avec Amos Harel "La septième guerre. Comment nous avons gagné et perdu la guerre avec les Palestiniens". En 2005, le livre remporte un prix de l'Institut d'études stratégiques pour la meilleure recherche sur les questions de sécurité en Israël. En 2008, Issacharoff et Harel ont publié leur deuxième livre, "34 Jours - L'histoire de la Deuxième Guerre du Liban", qui a remporté le même prix

Le roi Abdallah d'Arabie saoudite (à droite) et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à Riyad, le 18 juin 2014. (Crédit : Omar Rashidi/Flash90)
Le roi Abdallah d'Arabie saoudite (à droite) et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à Riyad, le 18 juin 2014. (Crédit : Omar Rashidi/Flash90)

Sans avoir fourni d’avertissement prélable ou d’explication à Ramallah, l’Arabie saoudite a suspendu son aide financière à l’Autorité palestinienne (AP) pendant plus de six mois, ont déclaré des responsables de l’AP.

L’Arabie saoudite versait 20 millions de dollars par mois à l’AP, une aide au gouvernement palestinien en Cisjordanie à court de liquidités jusqu’à ce qu’elle s’arrête soudainement.

Bien qu’il n’y ait eu aucune annonce officielle de Ryad ou de Ramallah, le Times of Israël a appris que les paiements avaient cessé il y a plus de six mois, sans donner de raison précise suite à cet arrêt.

Des sources palestiniennes ont déclaré que plusieurs émissaires de l’AP avaient tenté de trouver des explications au gel des financements, mais ils n’ont pas obtenu de réponse claire du gouvernement saoudien.

L’AP travaille en se basant sur l’hypothèse que le gel est dû à une coupe générale du financement par l’Arabie saoudite des pays étrangers en raison de ses propres contraintes budgétaires, mais certaines sources estiment que le président de l’AP, Mahmoud Abbas, pourrait déplaire à Ryad.

Ces dernières semaines, Abbas a croisé le fer avec plusieurs dirigeants arabes qui ont fait pression sur lui pour qu’il apaise les conflits au sein du Fatah et se réconcilie avec l’ancien homme fort de la bande de Gaza, Mohammad Dahlane, considéré comme un des principaux rivaux.

Ces dirigeants sont notamment le roi Salmane d’Arabie saoudite, le président égyptien Abdel-Fattah al-Sissi, le roi Abdallah de Jordanie et le président des Emirats arabes unis (EAU) Khalifa bin Zayed Al Nahyan.

La féroce opposition d’Abbas au retour de Dahlane est à la fois personnelle et politique.

Mohammad Dahlane en 2006. (Crédit : Michal Fattal/Flash90)
Mohammad Dahlane en 2006. (Crédit : Michal Fattal/Flash90)

Dahlane est considéré comme proche du dirigeant des EAU et du président égyptien, et son nom est mentionné, principalement par des commentateurs israéliens, comme candidat pour remplacer Abbas le moment venu.

Abbas s’est disputé avec Dahlane quand ce dernier a émis des accusations de corruption à peine voilées contre les deux fils du président de l’AP, tous deux hommes d’affaires, en 2010. Cette année, Abbas a affirmé que les dirigeants arabes devraient cesser de se mêler des affaires palestiniennes internes, une rare critique publique des alliés arabes par le dirigeant d’un peuple qui dépend du soutien arabe diplomatique et financier.

Avec environ 120 millions de dollars d’aide retenus par les Saoudiens jusqu’à présent, le gel des financements menace d’entraîner de sérieux problèmes budgétaires à l’AP.

Ce mois-ci, l’AP a perdu une autre source cruciale de financement après la décision du gouvernement britannique de diminuer d’un tiers son aide à Ramallah en raison de ses paiements d’allocations aux familles de terroristes jugés coupables qui purgent une peine de prison en Israël.

Le département britannique du développement international avait ordonné un examen du rôle de l’AP dans le financement des salaires des terroristes, gelant dans les faits 25 millions de livres sterling (environ 30 millions de dollars) pendant l’année fiscale en cours, soit environ un tiers de l’aide totale du Royaume-Uni à l’AP, selon un article du Sun.

Ces deux développements pourraient annoncer un désastre financier pour l’AP, qui dépend massivement de l’aide étrangère. En 2012, l’Arabie saoudite avait aidé à empêcher une crise financière en transférant 100 millions de dollars à l’AP, quelques jours après la déclaration d’un ministre d’alors, Salam Fayyad, annonçant une catastrophe imminente.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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