Large condamnation de la vidéo des soldats saluant les tirs sur un Palestinien
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Large condamnation de la vidéo des soldats saluant les tirs sur un Palestinien

Des députés se sont déclarés troublés par une séquence filmée à la frontière avec Gaza, appuyant la décision prise par l'armée d'enquêter

Des soldats israéliens sur la barrière terrestre le long de la frontière avec Gaza, à proximité du kibboutz israélien de  Nahal Oz, dans le sud du pays, le 30 mars 2018 (Crédit : Jack Guez/AFP)
Des soldats israéliens sur la barrière terrestre le long de la frontière avec Gaza, à proximité du kibboutz israélien de Nahal Oz, dans le sud du pays, le 30 mars 2018 (Crédit : Jack Guez/AFP)

Les responsables de tout le spectre politique ont condamné lundi une vidéo qui a fait surface, semblant montrer des tireurs d’élite israéliens applaudir alors que l’un d’entre eux ouvre le feu et abat un Palestinien qui s’est approché de la clôture de sécurité avec Gaza.

Tandis que la majorité d’entre eux ont déclaré être confiants dans le fait que l’armée enquêterait sur l’incident, les groupes de défense des droits de l’Homme ont fait savoir que des douzaines de tirs similaires avaient eu lieu récemment.

« L’armée israélienne est une armée morale mais des actions immorales peuvent également se dérouler en son sein », a commenté le député Nachman Shai, du parti de l’Union sioniste de gauche.

« Cet incident et tous les autres exigent une enquête. Le combat n’est pas seulement celui qui nous oppose au Hamas, c’est également le combat que nous menons pour nous-mêmes, pour nos valeurs et pour l’identité de la société israélienne ».

Yair Lapid, chef du parti centriste Yesh Atid, a indiqué avoir « pleinement confiance » dans le chef d’Etat-major Gadi Eizenkot et ses commandants pour enquêter sur la vidéo « sans hésitation et conformément aux valeurs et aux ordres de l’armée israélienne ».

« La puissance morale d’Israël fait partie de la sécurité nationale et elle est également ce qui nous donne un avantage qualitatif sur nos ennemis », a estimé Lapid.

Yair Lapid, le leader de Yesh Atid, prend la parole lors de la conférence des présidents des principales organisations juives américaines à Jérusalem le 19 février 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Une vidéo très dure à regarder », a commenté Yehudah Glick, député du parti du Likud au pouvoir du Premier ministre Benjamin Netanyahu sur Twitter. « Dérangeant et perturbant ».

Les militaires israéliens ont indiqué enquêter sur la vidéo, qui a été largement partagée sur l’application de messagerie WhatsApp, a apparemment été filmée à travers des jumelles.

Dans la séquence, les soldats discutent d’abord du tir alors que le sniper oriente son arme sur le suspect, qui se tient à côté d’un autre Palestinien accroupi devant un rouleau de fils barbelés, à plusieurs mètres de la clôture de sécurité.

Yehudah Glick, député Likud, à la Knesset, 29 mai 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le Palestinien qui est pris pour cible ne semble pas être armé et ne jette pas de pierres ou de grenades incendiaires en direction de la barrière ou des soldats, qui se tiennent de l’autre côté.

Les militaires ont déclaré que la vidéo aurait été tournée il y a plusieurs mois déjà : « Concernant la séquence qui circule actuellement, l’événement décrit est survenu il y a quelques mois. L’incident fait l’objet d’un réexamen et une enquête minutieuse sera ouverte », ont-ils fait savoir.

Les organisations de défense des droits de l’Homme qui se sont fréquemment montrées critiques des actions de l’armée israélienne ont indiqué que la vidéo représentait la règle, et non l’exception, pour les soldats au sein de l’Etat juif.

B’Tselem, qui a récemment mené une campagne recommandant vivement aux soldats de refuser de tirer sur des manifestants « désarmés » à Gaza, a déclaré que l’armée émet « des ordres illégaux disant aux soldats de tirer sur des personnes qui ne posent pas de danger à qui que ce soit ».

Le groupe a ajouté que des incidents de ce type sont survenus des « centaines de fois » au cours des dernières semaines, et a rejeté la promesse d’enquêter sur la fusillade, estimant qu’elle ne sera qu’une initiative « dénuée de sens » qui aboutira à « couvrir la vérité ».

Un autre groupe de défense des droits de l’Homme, Breaking the Silence, qui collecte les témoignages des soldats sur des abus présumés commis à l’encontre des Palestiniens, a partagé la vidéo sur Twitter et dit : « Ce sont les ordres. Prenez vos responsabilités ».

Un extrait de la séquence filmée et rendue publique le 9 avril, montrant le moment précédent les tirs d’un sniper israélien contre un Palestinien qui s’était approché de la clôture de sécurité (Capture d’écran)

L’ONG a raillé la réponse des militaires que l’incident remonterait à il y a quelques mois : « Cela ne date pas de quelques mois, c’est comme ça depuis 51 ans », a-t-elle dit, se référant aux années durant lesquelles Israël a maintenu le contrôle militaire sur les Palestiniens en Cisjordanie.

Israel s’est retiré de la bande de Gaza mais, aux côtés de l’Egypte, le pays a imposé un blocus sur l’enclave côtière depuis la prise de pouvoir du groupe terroriste du Hamas, en 2007. L’Etat juif a indiqué que ce blocus était nécessaire pour empêcher le Hamas, qui cherche à détruire Israël, d’importer des armes.

Ayman Odeh, chef de la Liste arabe unie, a dénoncé l’incident et a appelé le tireur et le soldat qui a filmé la vidéo à être traduits en justice.

« Une vidéo qui horrifie l’esprit. Des appels joyeux pour prendre une vie et ce qui semble être l’exécution d’un homme qui ne menaçait personne », a écrit Odeh sur Twitter.

Ayman Odeh, chef de file de la Liste arabe unie, dirige une réunion des factions à la Knesset, à Jérusalem, le 31 octobre 2016 (Miriam Alster/Flash90)

Ahmad Tibi, de la Liste arabe unie, s’est moqué de l’étiquette donnée à l’armée israélienne « d’armée la plus morale au monde », écrivant sur Twitter : « Les snipers assassinent, les troupes gloussent et les Arabes meurent ».

« C’est un autre meurtre des soldats de l’armée israélienne d’un Gazaoui désarmé », a-t-il ajouté, qualifiant la vidéo « d’horrible » et réclamant une enquête.

Dans la séquence, le commandant est entendu en train de dire : « Le moment où il s’arrête, tu le tombes. Tu as une balle dans ton magasin ? Tu le vises ? »

Le tireur lui répond alors qu’il ne peut pas ouvrir le feu, son tir étant bloqué par les rouleaux de fils barbelés le long de la clôture de sécurité.

Puis, à un moment, le sniper déclare être prêt à ouvrir le feu, mais le commandant lui demande d’attendre. « Il y a un petit gamin », dit-il.

Un soldat – apparemment celui en train de filmer les images – interpelle un ami un instant avant le tir. Le suspect palestinien tombe au sol.

« Ouaouh ! Quelle vidéo ! OUI ! Fils de p… Quelle vidéo ! Regardez, ils courent pour l’évacuer », s’exclame le photographe.

« Bien sûr que j’ai filmé », ajoute-t-il, répondant à une question.

Un autre soldat dit alors : « Ouaouh, il l’a touché à la tête ! »

Alors qu’un groupe de Palestiniens apparaît sur les images transportant le blessé, le photographe ajoute : « C’est une vidéo légendaire ».

Evoquant la séquence, qui a fait la une dans les programmes d’information nationaux en Israël dans la soirée de lundi, les télévisions ont indiqué qu’il n’était pas possible de dire si l’homme avait été blessé ou tué.

Dimanche, l’Etat-major israélien a annoncé qu’il lançait une enquête sur la réponse apportée par les militaires à une série de manifestations violentes le long de la frontière avec Gaza ces derniers jours, qui ont entraîné jusqu’à présent la mort d’environ 30 Palestiniens.

Cette enquête sera dirigée par le général de brigade Moti Baruch, ancien commandant de division et chef actuel de la division de formation et de doctrine militaire, a fait savoir l’armée.

Jusqu’à présent, ce sont trente Palestiniens qui ont été tués par des soldats israéliens lors des émeutes sur la frontière au cours des deux dernières semaines, selon le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas.

Ce mouvement de protestation entre dans le cadre d’une « marche du retour » longue de six semaines qui devrait s’achever à la mi-mai avec la « Journée de la Nakba », qui marque le déplacement des Arabes après la création d’Israël, et le transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem – une initiative qui a causé la fureur des leaders palestiniens.

Des manifestants palestiniens brûlent des pneus lors d’affrontements avec les forces de sécurité israéliennes à la frontière entre Gaza et Israël, à l’est de la ville de Gaza, le 6 avril 2018. (AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)

Les Palestiniens insistent sur le fait que ces marches sont non-violentes et impliquent des civils, tandis qu’Israël déclare qu’elles sont utilisées comme couverture pour des initiatives violentes à l’égard des soldats israéliens et pour ouvrir des brèches et endommager la frontière. Les analystes de la défense expliquent que ces rassemblements sont une nouvelle tactique mise en oeuvre par le Hamas, qui gouverne la bande de Gaza, pour mener des opérations terroristes dans la confusion des manifestations.

L’armée a noté qu’elle avait décelé de multiples tentatives de la part de terroristes de placer des dispositifs explosifs le long de la frontière avec Gaza, une fusillade à l’encontre des soldats israéliens par deux Palestiniens bien armés et détachés par le Hamas, ainsi qu’une tentative d’infiltration de la part d’un tireur kamikaze portant une veste piégée pour se livrer à un attentat suicide. Le Hamas a reconnu que plusieurs de ses membres figuraient parmi les morts palestiniens.

Vendredi, neuf Palestiniens, dont un journaliste qui portait une veste « presse », ont été tués par des tirs israéliens et plus de 1 000 personnes ont été affectées par les gaz lacrymogènes ou blessés par des balles réelles ou en caoutchouc, selon le ministère de la Santé de Gaza. Israël n’a pas de bilan officiel des victimes.

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