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L’armée de l’air va s’entraîner à frapper contre le programme nucléaire iranien

Certaines attaques contre les sites de Téhéran seront viables sous peu, d'autres pourraient prendre plus d'un an ; les raids contre les mandataires iraniens en Syrie se compliquent

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des avions de combat F-35 israéliens volent en formation lors de l'exercice militaire Blue Flag en octobre 2021. (Crédit : armée israélienne)
Des avions de combat F-35 israéliens volent en formation lors de l'exercice militaire Blue Flag en octobre 2021. (Crédit : armée israélienne)

L’armée de l’air israélienne commencera à s’entraîner en vue d’une frappe sur le programme nucléaire iranien à partir de l’année prochaine, après avoir réservé des fonds et mis à jour son calendrier d’entraînement pour cette mission, a appris le Times of Israël.

À la lumière de l’incertitude croissante concernant un retour de l’Iran à l’accord nucléaire de 2015, connu sous le nom de Plan d’action global conjoint, dans le cadre de négociations longtemps bloquées avec les États-Unis, l’armée israélienne a intensifié ces derniers mois ses efforts pour préparer une menace militaire crédible contre les installations nucléaires de Téhéran.

Après la signature du JCPOA en 2015, Israël a mis en suspens la question d’une frappe militaire sur le programme nucléaire iranien, permettant ainsi à l’armée d’investir ses ressources dans d’autres domaines. Mais suite à l’abrogation de l’accord nucléaire par les États-Unis en 2018 et aux violations de l’accord par l’Iran depuis lors – qui se sont considérablement accrues avant et pendant l’enlisement des pourparlers – la question a repris de l’importance pour Israël, qui considère une bombe nucléaire iranienne comme une menace quasi existentielle.

Au début de cette année, le chef d’état-major de Tsahal Aviv Kohavi, a annoncé qu’il avait donné ordre à l’armée de commencer à élaborer de nouveaux plans d’attaque, et la semaine dernière, le gouvernement aurait alloué des milliards de shekels pour rendre ces plans viables.

Dans son discours à l’Assemblée générale des Nations unies le mois dernier, le Premier ministre Naftali Bennett a déclaré que « le programme nucléaire iranien a atteint un tournant décisif, tout comme notre tolérance. Les mots n’empêchent pas les centrifugeuses de tourner… Nous ne permettrons pas à l’Iran d’acquérir une arme nucléaire. »

Le Times of Israël a appris que certains aspects du plan de frappe de Tsahal, qui est encore au stade de « projet », pourraient être prêts dans un court laps de temps, tandis que d’autres nécessiteraient plus d’un an pour être pleinement opérationnels.

Des véhicules et des excavations vus sur un site à Sanjarian, près de Téhéran, précédemment identifié comme un site de recherche nucléaire iranien, sur une image satellite du 18 janvier 2021. (Crédit : The Intel Lab/Maxar)

La préparation d’une telle frappe est devenue une priorité absolue pour l’armée de l’air israélienne et les préparatifs nécessaires ont nécessité des changements dans son calendrier d’entraînement.

En plus de devoir trouver des moyens de frapper les installations iraniennes qui sont enfouies profondément sous terre, ce qui nécessite des munitions et des tactiques spécialisées, l’armée de l’air israélienne devra faire face à des défenses aériennes iraniennes de plus en plus sophistiquées afin de mener une telle frappe. L’armée de l’air devra également se préparer à une riposte attendue de l’Iran et de ses alliés dans la région contre Israël.

Les frappes en Syrie se compliquent

Tout en se préparant à une éventuelle frappe contre l’Iran, l’armée de l’air israélienne a continué à mener des frappes aériennes en Syrie contre l’Iran et ses alliés, une opération connue dans l’armée sous le nom de « campagne entre les campagnes », ou sous son acronyme hébreu « Mabam ». Israël aurait attaqué lundi matin trois sites liés aux efforts du Hezbollah pour établir une base d’opération permanente sur le Golan syrien, près de la frontière israélienne.

Israël a mené des centaines de frappes aériennes sur des cibles liées à l’Iran en Syrie au fil des ans, mais ces derniers mois, la réalisation de ces opérations est devenue plus compliquée, estime l’armée de l’air israélienne, car la Syrie a amélioré ses capacités de défense aérienne, répondant plus rapidement que par le passé aux frappes israéliennes.

Bien qu’Israël n’ait pas perdu d’avion de chasse à cause de ces contre-mesures depuis 2018, lorsqu’un F-16 a été abattu par un missile S-200 syrien, celles-ci restent une menace à la fois pour l’avion israélien qui effectue la frappe et pour les personnes au sol, comme cela a été le cas avec les éclats d’obus qui se sont abattus sur Tel Aviv suite à une tentative d’interception ratée de la Syrie le mois dernier.

Explosions près de la ville d’Alep, dans le nord de la Syrie, le 19 juillet 2021, après une frappe aérienne attribuée à Israël. (Capture d’écran/Twitter)

Au vu de ces capacités défensives syriennes améliorées, l’armée de l’air israélienne a mis à jour ces derniers mois ses méthodes, en utilisant des formations plus grandes avec plus d’avions pour mener des frappes sur plus de cibles à la fois, au lieu d’effectuer plus de frappes en utilisant des formations plus petites, a appris le Times of Israël.

À deux mois de l’échéance de 2021, l’armée de l’air estime être en bonne voie pour mener autant de frappes en Syrie cette année que l’année dernière. (En décembre dernier, l’armée avait déclaré avoir frappé une cinquantaine de cibles en Syrie en 2020).

Malgré les récriminations des responsables russes ces dernières semaines au sujet de prétendues frappes israéliennes en Syrie, l’armée de l’air ne pense pas que Moscou ait changé sa politique en la matière ou qu’elle envisage d’interférer avec les efforts israéliens contre la présence de l’Iran en Syrie.

Le ministre du Logement Zeev Elkin a déclaré la semaine dernière que le dictateur russe Vladimir Poutine avait accepté de maintenir l’acceptation tacite de ces frappes par Moscou lors de sa rencontre avec le Premier ministre Naftali Bennett à Sotchi.

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