L’armée enquête sur la mort de 8 Gazaouïs tués chez eux par une frappe aérienne
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L’armée enquête sur la mort de 8 Gazaouïs tués chez eux par une frappe aérienne

Des sources militaires ont assuré que la frappe visait une infrastructure du Jihad islamique ; selon des voisins, le chef terroriste vivait dans la maison que l'armée pensait vide

Des Palestiniens assistent aux funérailles des membres d'une famille tués dans la nuit par une frappe aérienne israélienne, le 14 novembre 2019 à Deir al-Balah. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)
Des Palestiniens assistent aux funérailles des membres d'une famille tués dans la nuit par une frappe aérienne israélienne, le 14 novembre 2019 à Deir al-Balah. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)

L’armée israélienne enquête sur une frappe menée jeudi ayant tué huit membres d’une même famille dans la ville de Deir el-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, a rapporté Haaretz vendredi matin.

Des sources militaires citées par le quotidien ont indiqué que l’armée ignorait que la famille se trouvait dans le bâtiment visé et qu’elle tentait d’atteindre une infrastructure du Jihad islamique .

D’après des résidents de la ville, la frappe aérienne est survenue par surprise, sans avertissement préalable : deux puissantes explosions se sont fait entendre dans la nuit, détruisant le domicile d’Abou Malhous et tuant huit membres de sa famille en une fraction de seconde.

Abdelhaj Musleh, un voisin, a déclaré que de nombreux enfants s’y trouvaient. « S’il y avait eu une alerte, personne ne serait resté à attendre la mort et la destruction », a-t-il ajouté.

D’autres voisins ont confirmé que le commandant du Jihad islamique vivait dans la maison détruite. Cependant, celui-ci ne s’y trouvait pas à ce moment-là et était visiblement parti se cacher.

C’est son frère, Rasmi Abu Malhous, qui a été tué à sa place, ainsi que leurs deux épouses et cinq enfants âgés de moins de 13 ans, dont son fils de sept ans et deux de ses neveux, âgés de 2 et 3 ans.

Un porte-parole arabophone de l’armée israélienne a déclaré jeudi que Rasmi Abou Malhous, 45 ans, était un terroriste du Jihad islamique et le responsable d’une unité de roquettes. Ses voisins assurent qu’il n’était impliqué dans aucune activité de la sorte.

Des Palestiniens endeuillés devant les corps de Rasmi Abou Malhous et de sept membres de sa famille dans une mosquée de Deir al-Balah lors de leurs funérailles, le 14 novembre 2019. (Crédit : AP Photo/Khalil Hamra)

La maison a été désintégrée par l’explosion, qui a laissé un vaste cratère où étaient éparpillés des ustensiles de cuisine, des oreillers et des matelas. Des voisins ont déterré huit corps et tenté de sauver des cartables et des vêtements.

« Lorsqu’on est arrivés, on n’a pas reconnu où se trouvait la maison », a relaté Musleh, le voisin. « La frappe aérienne a intentionnellement visé des civils. »

Alors que l’armée a rapporté que 25 terroristes avaient été tués depuis le début des hostilités, des observateurs des droits humains palestiniens ont fait état de 18 morts côté terroristes et 16 côté civils, dont trois femmes et huit mineurs.

Et bien que l’État juif clame victoire dans sa dernière bataille contre les groupes terroristes de la bande de Gaza, sa tactique consistant à cibler des maisons privées soupçonnées d’abriter des terroristes pourrait de nouveau faire l’objet d’une attention accrue en raison des pertes civiles.

Depuis que le Hamas a pris le pouvoir dans l’enclave en 2007, Israël s’est livré à trois guerres et des dizaines d’affrontements contre des organisations terroristes. Alors que ces conflits ont valu de lourds dégâts au Hamas et au Jihad islamique , des centaines de civils ont également péri dans les diverses frappes aériennes israéliennes.

Le lourd bilan civil a suscité de fortes critiques de la part de la communauté internationale, et le Tribunal pénal international de La Haye a ouvert une enquête préliminaire sur les tactiques de combat de Tsahal .

Des Palestiniens assis dans les décombres de leur maison détruite par des frappes aériennes israéliennes, dans la ville de Khan Younés, dans le sud de la bande de Gaza, le 14 novembre 2019. (Crédit : AP Photo/Khalil Hamra)

Israël rejette toute critique, assurant qu’il prenait de nombreuses précautions pour éviter les victimes civiles non nécessaires.

Le pays affirme que ses cibles sont déterminées par des renseignements pointus et approuvées par des conseillers juridiques et autres experts et qu’il avertit souvent les habitants d’évacuer leurs domiciles avant de les frapper. Il explique également avoir affûté la précision de ses missiles guidés, larguant de petites charges explosives pour minimiser les dégâts au-delà de la cible visée.

« Nos opérations contre le Jihad islamique ont été réalisées de façon très précise, très réfléchie et en fonction des renseignements que nous avons collectés », a fait savoir le lieutenant colonel Jonathan Conricus, un porte-parole de l’armée, devant les journalistes jeudi après l’annonce d’un cessez-le-feu.

« L’une de nos principales attentions a été et reste de limiter les dommages collatéraux et les conséquences sur les civils », a-t-il ajouté.

Israël estime que les pertes civiles sont inévitables en raison de la forte densité de population à Gaza. Les terroristes lancent souvent des roquettes depuis des zones résidentielles très peuplées, et l’État hébreu accuse les terroristes d’utiliser des civils, y compris leur famille, comme boucliers humains.

La dernière série de violences a démarré mardi après une frappe israélienne ayant tué Baha Abou al-Ata, un cadre du Jihad islamique qu’Israël a décrit comme responsable de nombreuses attaques de roquettes et ayant prévu une opération d’infiltration en Israël. Le missile a frappé l’appartement du dernier étage où il dormait, le tuant lui et sa femme.

Le chef du Jihad islamique palestinien Baha Abu al-Ata attend à Gaza, le 21 octobre 2019. (Crédit : STR/AFP)

Le porte-parole a expliqué que Jérusalem le suivait depuis 10 jours, mais s’était retenue jusque-là de s’en prendre à lui, car il s’entourait régulièrement de foules de civils pour se protéger.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rendu visite à un groupe de soldats israéliens pour les féliciter de ce qu’il a décrit comme une mission réussie. « Nos ennemis ont eu le message », a-t-il déclaré. « Nous pouvons atteindre qui que ce soit, même dans leur lit. »

De telles frappes israéliennes peuvent être autorisées dans le cadre du droit international, en fonction de la menace présentée par la cible et si les dégâts civils sont « proportionnels » aux gains militaires, a indiqué Omar Shakir, le directeur de Human Rights Watch en Israël.

« Trop souvent, les civils paient le prix des surenchères politiques entre des États et des groupes armés », a-t-il déploré. « nous avons assisté à plusieurs séries d’affrontements à Gaza lors desquelles des civils ont perdu la vie ou leur maison et souffert des conséquences dévastatrices causées par les attaques illégales commises par les deux parties ».

Les terroristes palestiniens ont également fait l’objet de critiques de la part de la communauté internationale pour les tirs de roquettes sur des zones civiles israéliennes. Lors des combats de cette semaine, le Jihad islamique en a lancé environ 450 sur Israël, la plupart dans des terrains vagues ou interceptées par le système de défense Dôme de fer.

Des Israéliens se protègent au sol durant une sirène d’alarme à la roquette, à Sdérot le 12 novembre 2019. (Crédit : AP Photo/Tsafrir Abayov)

Mais les pluies incessantes de roquettes ont paralysé le sud et le centre d’Israël, jusqu’à Tel Aviv, à environ 80 kilomètres de la bande. Cinquante-huit Israéliens ont été légèrement ou modérément blessés ou pris en charge pour des crises de panique.

L’armée israélienne a fait savoir que des dizaines de roquettes n’avaient pas atteint leurs objectifs et atterri dans l’enclave, dont une aurait endommagé les bureaux de la Commission internationale pour les droits humains, une organisation de surveillance palestinienne. Cette dernière s’est abstenue de critiquer le Jihad islamique et a appelé à l’ouverture d’une enquête.

Jonathan Conricus, porte-parole de Tsahal, a déclaré aux journalistes jeudi qu’il n’avait aucune information concernant la frappe sur le domicile d’Abou Malhous. Il a défendu les attaques menées sur des maisons privées en indiquant que les commandants du Jihad islamique utilisaient leurs domiciles pour stocker des armes ou en faire des centres de commandement, ce qui en faisait des cibles légitimes.

« Toutes nos opérations ont été mesurées, proportionnées et axées uniquement sur les moyens militaires appartenant au Jihad islamique », a-t-il souligné.

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