L’artiste israélien qui avait transformé en premier Gal Gadot en Wonder Woman
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Interview

L’artiste israélien qui avait transformé en premier Gal Gadot en Wonder Woman

Les portraits de Moses Pini Siluk ont fait de lui le photographe le plus en vogue de l'Etat juif - mais il est aussi connu comme celui qui avait vu la super-héroïne en Gadot

  • Détail d'une photographie montrant Gal Gadot posant pour Moses Pini Siluk en Wonder Woman pour le magazine israélien Sheva Leylot plusieurs années avant de tenir le rôle de la super-héroïne. (Crédit : Moses Pini Siluk)
    Détail d'une photographie montrant Gal Gadot posant pour Moses Pini Siluk en Wonder Woman pour le magazine israélien Sheva Leylot plusieurs années avant de tenir le rôle de la super-héroïne. (Crédit : Moses Pini Siluk)
  • "Echec et Mat" : Leonardo faisant échec et mat à l'angle de la mort dans le jardin de son lieu de naissance à Anchiano, à Vinci. (Crédit : Moses Pini Siluk)
    "Echec et Mat" : Leonardo faisant échec et mat à l'angle de la mort dans le jardin de son lieu de naissance à Anchiano, à Vinci. (Crédit : Moses Pini Siluk)
  • 'Le Lion de Sion', créé par Moses Pini Siluk pour remonter le moral aux soldats blessés pendant la dernière guerre contre le Hamas à Gaza. (Crédit : Moses Pini Siluk)
    'Le Lion de Sion', créé par Moses Pini Siluk pour remonter le moral aux soldats blessés pendant la dernière guerre contre le Hamas à Gaza. (Crédit : Moses Pini Siluk)
  • 'Visite à la galerie' : Leonardo à la galerie   Uffizi. (Crédit :  Moses Pini Siluk)
    'Visite à la galerie' : Leonardo à la galerie Uffizi. (Crédit : Moses Pini Siluk)
  • Détail d'un autoportrait par Moses Pini Siluk. (Autorisation)
    Détail d'un autoportrait par Moses Pini Siluk. (Autorisation)
  • 'Tel Aviv / Altneuland': Théodore Herzl  lors d'une soirée à Tel Aviv, un vendredi soir. (Crédit : Moses Pini Siluk)
    'Tel Aviv / Altneuland': Théodore Herzl lors d'une soirée à Tel Aviv, un vendredi soir. (Crédit : Moses Pini Siluk)

LONDON (Jewish News) — Moses Pini Siluk est l’un des photographes israéliens les plus talentueux – mais il est aussi le plus difficile à identifier, parce qu’il se déguise souvent. En Van Gogh. En Léonard de Vinci. Voire en Théodore Herzl, qu’il avait recréé en s’aidant de prothèses avant de l’emmener dans la boîte de nuit gay la plus branchée de Tel Aviv pour y faire des photos.

« Je l’ai emmené [Herzl] pour qu’il puisse voir combien Israël est un pays dingue et libre aujourd’hui », explique Moses. « Herzl avait imaginé un pays libre, mais l’avait-il toutefois imaginé comme étant l’épicentre libéral du Moyen-Orient ? »

Pendant le confinement strict au sein de l’Etat juif, Moses s’était montré plus aventureux que la plupart des autres Israéliens et alors que les citoyens étaient restés sagement chez eux, il avait emmené les stars de « Shtisel », Dov Glickman et Sasson Gabai, à la plage, à Tel Aviv. Le cliché pris au crépuscule – et qui témoignait d’un respect absolu de la distanciation sociale – avait été utilisé pour faire la couverture du magazine Life au mois de septembre.

Mais Moses ne se distingue pas seulement pour sa recherche de la prise de risque visuelle. En effet, il se distingue aussi parce qu’il sait prédire l’avenir, et Gal Gadot vous le confirmera.

Il est difficile de trouver une exportation israélienne plus célèbre que celle de la princesse Diana of Themyscira, alias Wonder Woman. Et alors que la suite très attendue du premier opus, « Wonder Woman 1984 », est sorti dans les cinémas de tout le Royaume-Uni le 16 décembre, pour un mois, nous voilà prêts à suivre une nouvelle fois et avec beaucoup de plaisir la guerrière Amazone dans ses aventures. Mais bien avant qu’elle n’enfile son armure de gladiatrice et qu’elle n’ait saisi son épée pour la Warner Bros, Moses avait d’ores et déjà deviné son avenir de super-héroïne.

Détail d’une photographie montrant Gal Gadot posant pour Moses Pini Siluk en Wonder Woman pour le magazine israélien Sheva Leylot plusieurs années avant de tenir le rôle de la super-héroïne. (Crédit : Moses Pini Siluk)

« J’avais représenté Gal Gadot en Wonder Woman lors d’une séance photo pour le magazine Sheva Leylot sept ans avant qu’elle ne soit envisagée pour tenir le rôle », dit le maître de la photographie.

Elle voyageait dans le monde entier pour travailler et pour s’occuper de sa famille, et c’est ce qui a fait naître chez moi l’idée d’une super-héroïne

« Elle était, à l’époque, une étoile montante en Israël, elle nourrissait des rêves et elle affichait une détermination féroce. Elle voyageait dans le monde entier pour travailler et pour s’occuper de sa famille, et c’est ce qui a fait naître chez moi l’idée d’une super-héroïne. Elle avait été plus qu’heureuse de poser pour ce portrait. Aucun de nous deux n’avait alors réalisé que nous étions en train de capturer ce que l’avenir allait lui réserver », dit-il.

Mais les talents de Moses englobent bien davantage que la voyance.

‘Visite à la galerie’ : Leonardo à la galerie Uffizi. (Crédit : Moses Pini Siluk)

Il manipule aussi le passé dans une collection inspirée d’autoportraits dans lesquels il adopte physiquement l’identité d’artistes et de savants célèbres qui sont décédés depuis longtemps.

« Ils sont mon interprétation de tikkun olam [« réparer le monde » en hébreu], souligne cet artiste originaire de Netanya, âgé de 37 ans. « Les artistes que je recrée ont obtenu la reconnaissance pendant leur vie et j’ai eu le sentiment qu’il fallait réaliser certains de leurs rêves… Alors je me suis transformé physiquement et spirituellement en ce qu’ils étaient pour créer des portraits les montrant dans des expériences qu’ils auraient, selon moi, adorées ».

Hommage à Vincent van Gogh. (Crédit : Moses Pini Siluk)

C’est un concept complexe, mais réalisé avec un cœur énorme qui apparaît de manière évidente dans son portrait-hommage à Vincent Van Gogh.

« Van Gogh n’avait vendu, de son vivant, qu’une seule œuvre et il n’avait jamais bénéficié du soutien qu’il méritait alors je lui ai montré ce qu’il était parvenu à réaliser de manière posthume, en l’emmenant au musée métropolitain de New York voir son nom inscrit en grosses lettres sur le bâtiment », explique Moses.

Moses a fait la même démarche avec un portrait de Léonard de Vinci réalisé dans la somptueuse Galerie Uffizi à Florence – galerie pour laquelle le peintre n’avait jamais reçu de commande – et en a fait d’autres pour Botticelli, Michel-Ange et Titien.

Les photos, qui sont travaillées numériquement pendant de nombreuses journées sur Photoshop, ressemblent à des peintures classiques, notamment son image graphique du « Lion de Sion », qui présente un lion spectaculaire portant des phylactères et qui avait été créé pour remonter le moral des soldats israéliens blessés pendant la dernière guerre contre le Hamas.

Moses est tombé dans le bain de la photographie en tant que photographe dans le milieu de la nuit en 1999, où il capturait les images des soirées mondaines auxquelles étaient conviées les célébrités.

‘Le Lion de Sion’, créé par Moses Pini Siluk pour remonter le moral aux soldats blessés pendant la dernière guerre contre le Hamas à Gaza. (Crédit : Moses Pini Siluk)

« A la base, j’étais simplement très content de pouvoir traîner dans les soirées mais un jour, je suis allé prendre des photos lors de la fête d’un soldat, dans un kibboutz. Ce jour-là, j’ai eu un déclic et j’ai compris le pouvoir de cette capacité de figer dans le temps un moment flottant », note-t-il.

Le Moses d’aujourd’hui prend toujours beaucoup de plaisir sur une séance photo et tout comme il avait transformé Gadot en personnage de Comics, il a fait faire la même chose avec Gilad Erdan – au moment où ce dernier a été élu au poste d’ambassadeur israélien aux Nations unies.

‘Maoz Tzur Yeshuati’: l’Allumage des bougies de Hanoukka. (Crédit : Moses Pini Siluk)

« Je l’ai présenté comme Superman, le défenseur du pays, avec un logo de Magen David [étoile de David] sur la poitrine », dit Moses, mais l’image doit encore être rendue publique – elle allait trop loin, selon Erdan.

« Peut-être quand il se présentera comme président », ajoute le photographe, qui prône de poursuivre la réalisation des rêves.

Son prochain rêve est plus controversé encore : Il veut résoudre les conflits des récits bibliques pour envoyer un message d’espoir et de pardon au monde.

Dans ce travail, pas de reproches adressés par Adam et Eve à Dieu ; pas de lapidation dans l’histoire de David et Goliath ; et Dalila ne coupera pas les cheveux de Samson.

« J’espère donner libre cours à la paix », s’exclame Moses. « Voir la fin des guerres et du chaos et pour cela, il faut commencer à changer ces histoires avec lesquelles nous avons grandi. Le projet s’appelle ‘Khalas,’ un mot argotique désignant en israélien et en arabe ‘Stop’ ou ‘laisse tomber’. »

« Disons qu’on pourrait en faire un commandement contemporain », s’exclame-t-il.

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