L’ascendance d’un fils de réfugié juif au cœur d’une crise politique au Congo
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L’ascendance d’un fils de réfugié juif au cœur d’une crise politique au Congo

Un projet de loi vise à limiter la présidence à ceux qui ont 2 parents congolais, afin de disqualifier l'opposant populaire Moise Katumbi, fils d'un juif grec qui a fui la Shoah

Sur cette photo d'archives du lundi 12 mars 2018, le chef de l'opposition congolaise Moise Katumbi s'adresse aux délégués lors d'un forum de trois jours dans un hôtel de villégiature près de Johannesburg, en Afrique du Sud. Katumbi est rentré au Congo le lundi 20 mai 2019, l'un des nombreux exilés politiques qui rentrent au pays après l'entrée en fonction d'un nouveau président cette année. (Crédit: AP Photo/Themba Hadebe)
Sur cette photo d'archives du lundi 12 mars 2018, le chef de l'opposition congolaise Moise Katumbi s'adresse aux délégués lors d'un forum de trois jours dans un hôtel de villégiature près de Johannesburg, en Afrique du Sud. Katumbi est rentré au Congo le lundi 20 mai 2019, l'un des nombreux exilés politiques qui rentrent au pays après l'entrée en fonction d'un nouveau président cette année. (Crédit: AP Photo/Themba Hadebe)

JTA – L’ascendance d’un fils de réfugié juif en République démocratique du Congo est devenue le point de mire d’une crise politique qui menace l’intégrité de cet immense pays africain.

La crise a atteint son paroxysme la semaine dernière lorsque des législateurs fidèles au président Felix Tshiseked ont présenté un projet de loi qui limiterait la présidence aux personnes ayant deux parents congolais.

Il s’agit d’une attaque à peine voilée contre Moise Katumbi, l’un des hommes politiques les plus populaires du Congo, dont le père était un juif grec sépharade qui a fui la Shoah en Europe et s’est installé au Congo, où il a épousé une congolaise, la mère de Katumbi.

Le père de Katumbi, Nissim Soriano, a fui Rhodes et s’est installé dans la province du Katanga au Congo, où il a épousé la petite-fille du roi Msiri. À la fin de sa vue, Soriano a émigré en Israël, où il a vécu jusqu’à sa mort. Il est enterré à Netanya.

Katumbi vient souvent en Israël pour rendre visite à ses proches. Il a rencontré l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu dans le cadre d’une délégation de gouverneurs congolais.

Katumbi, qui a déclaré à plusieurs reprises qu’il voulait devenir président, a forgé une union politique cruciale le mois dernier avec son ancien rival Jean-Pierre Bemba. Cette union a permis à Katumbi, un ancien gouverneur régional, de devenir le deuxième homme politique le plus fort derrière Tshisekedi.

Un vote sur le projet de loi de Tshisekedi n’a pas été programmé, mais la mesure suscite déjà la colère de l’importante base de partisans de Katumbi et fait craindre un retour à la violence politique au Congo. Les rivalités et l’hostilité interethnique ont déclenché des tragédies humaines à grande échelle dans ce pays de 5,4 millions d’habitants.

Le président congolais Felix Tshisekedi au Forum pour la Paix de Paris, le 12 décembre 2019 à Paris. (Crédit : Ludovic Marin/Pool via AP)

Le rabbin Menachem Margolin, président de l’Association juive européenne et allié de Katumbi, a condamné le projet de loi, affirmant que c’est « un scandale qu’en 2021 une personne puisse être disqualifiée pour avoir un parent juif ».

Katumbi ne se définit pas comme juif, « mais il a un lien chaleureux avec le judaïsme et Israël », a déclaré Menachem Margolin, un rabbin basé à Bruxelles qui est devenu un proche confident de Katumbi depuis 2018.

Dans ses discours publics, l’homme politique africain fait souvent référence à ses racines juives, se qualifiant même de « Moïse du Katanga, de retour pour diriger son peuple. » (Katumbi était le gouverneur du Katanga, l’une des 21 provinces du pays, de loin la plus riche en minéraux).

Pour compliquer encore les choses, Katumbi est originaire de la province du Katanga, une région riche en minerais située dans l’est du pays et marquée par une histoire de sécession, dont il a été le gouverneur. La tentative d’empêcher Katumbi d’accéder à la présidence ravive les tendances sécessionnistes dans cette région.

Lundi, 10 grands chefs – des leaders communautaires qui ont une grande influence et de l’argent – ont menacé de soutenir la sécession si le projet de loi était adopté. Dans le cadre de la crise, le chef de la mission de maintien de la paix des Nations unies au Congo, Bintou Keita, a mis en garde la semaine dernière contre les « conséquences dangereuses d’un débat diviseur sur la nationalité », a rapporté Reuters.

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