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Analyse

L’attentat de Hadera jette une ombre sur le sommet du Neguev

Tandis que l'euphorie entraînée par cette réunion historique s'est vite évanouie, les entretiens auront malgré tout lieu sur des sujets pressants - comme la menace de l'Iran

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, à gauche, accueille son homologue bareïni, Abdullatif bin Rashid al-Zayani, avant le sommet du Neguev à Sde Boker, dans le sud d'Israël, le 27 mars 2022. (Crédit :  Jack Guez/AFP)
Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, à gauche, accueille son homologue bareïni, Abdullatif bin Rashid al-Zayani, avant le sommet du Neguev à Sde Boker, dans le sud d'Israël, le 27 mars 2022. (Crédit : Jack Guez/AFP)

SDE BOKER — C’est un sentiment de vertige qui a d’abord dominé l’humeur de l’après-midi.

Les uns après les autres, les ministres des Affaires étrangères des pays arabes partenaires d’Israël ont débarqué sur le tarmac de la base aérienne Nevatim, au sud-est de Beer Sheva.

Les responsables israéliens – notamment des diplomates fraîchement diplômés des formations du ministère des Affaires étrangères – étaient sur place pour accueillir les envoyés de Bahreïn, des Émirats arabes unis, du Maroc et de l’Égypte.

Quand ces derniers sont arrivés à l’hôtel Kedma, à Sde Boker, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid était bien là, les attendant pour échanger une poignée de main et une accolade de bienvenue.

Et des photos des diplomates souriants ont été rapidement diffusées par le ministère des Affaires étrangères.

Lors des conférences de presse impromptues qui ont eu lieu dans la section réservée aux journalistes, à l’arrière de l’hôtel, le porte-parole de Lapid a souligné la nature « incroyablement chaleureuse et positive » des discussions du ministre avec ses homologues arabes.

Le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita arrive sur la base aérienne Nevatim, dans le sud d’Israël, pour le Sommet du Neguev, le 27 mars 2022. (Crédit : Rafi Ben Hakoun/GPO)

Ils devaient dîner – un menu à base d’agneau du plateau du Golan mijoté avec soin et de soupe de topinambours – en écoutant la chanteuse arabe israélienne Valerie Hamaty interpréter « Hallelujah » en anglais, en arabe et en hébreu.

Mais toute cette bonne humeur s’est dissipée tout à coup, aux environs de 20 heures 30, quand deux partisans de l’État islamique, originaires d’Umm al-Fahm, ont ouvert le feu dans une rue très fréquentée de Hadera, tuant deux agents de police et blessant plusieurs Israéliens.

Le concert prévu a été annulé et il n’y a pas eu d’accueil solennel devant les caméras du secrétaire d’État américain Antony Blinken à son arrivée, largement après 22 heures.

Et les conversations entre les journalistes qui attendaient dans la nuit froide du désert n’ont plus porté sur la rencontre historique du Neguev, mais sur l’attentat.

Le Sommet du Neguev, qui devait dominer les programmes d’information au cours des prochaines quarante-huit heures, a cédé la place à la Une des bulletins d’information à l’attaque violente de Hadera.

Les forces de sécurité israéliennes sur les lieux d’un attentat à l’arme à feu à Hadera, le 27 mars 2022. (Crédit : Flash90)

L’attentat jette une ombre sur cette rencontre diplomatique historique – mais les sujets à l’ordre du jour sont si pressants que les conversations prévues auront bien lieu. Les attaques à la roquette de l’Iran et de ses groupes mandataires ont gagné en sophistication, ces dernières semaines, alors même que les États-Unis semblent prêts à radier le Corps des Gardiens de la Révolution islamique de la liste noire américaine des groupes et des entités terroristes. A cela vient s’ajouter la double onde de choc de la crise de la COVID-19 et de la guerre en Ukraine – qui laissent l’Égypte et le Maroc aux abois.

Les nations signataires des Accords d’Abraham et l’Égypte vont, ensemble, tenter de convaincre Blinken d’accepter des mesures qui permettraient d’apaiser la nervosité des alliés de l’Amérique au Moyen-Orient. Toute concession faite en faveur de l’Iran devra être accompagnée par des mesures de sécurité régionales et par des indications fermes que les États-Unis continueront à fournir des renseignements, des armes, des formations et des outils de dissuasion crédibles à l’égard de la République islamique et de ses groupes mandataires.

Même si l’attaque de dimanche ne devrait finalement pas avoir de répercussions sur le déroulement en tant que tel du Sommet du Neguev et sur les sujets qui y seront abordés – le sommet risque toutefois perdre de sa superbe et avoir lieu sans fanfare – elle touche une leçon déterminante dont Israël doit se souvenir et qui se trouve au cœur des Accords d’Abraham.

Le positionnement régional d’Israël peut être meilleur qu’il ne l’a jamais été, et les nations arabes peuvent être également désireuses d’établir des partenariats avec Israël dans de nombreux domaines – mais les deux attentats terroristes meurtriers qui ont été commis la semaine dernière nous rappellent que même dans ces circonstances favorables, l’État juif ne pourra pas se contenter de détourner éternellement le regard face à la question palestinienne.

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