L’Autorité palestinienne dans l’étau financier
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L’Autorité palestinienne dans l’étau financier

Le ministre des Finances a admis avoir été contraint d'"adopter des mesures d'austérité"

Le chef de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s'exprime lors d'une réunion avec le comité central palestinien dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 15 août 2018. (Crédit : AFP/Abbas Momani)
Le chef de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s'exprime lors d'une réunion avec le comité central palestinien dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 15 août 2018. (Crédit : AFP/Abbas Momani)

Privée d’aide américaine et frappée par des mesures de rétorsion israéliennes en raison de son boycott de l’Administration et de son soutien financier aux familles de terroristes palestiniens, l’Autorité palestinienne (AP) fait face à une crise financière dont l’impact potentiel sur la stabilité de la Cisjordanie suscite l’inquiétude.

Le 10 mars, le président de l’AP Mahmoud Abbas a annoncé une série de dispositions d’urgence, dont l’amputation du salaire de nombreux fonctionnaires.

Les Etats-Unis ont coupé en 2018 plus de 500 millions de dollars (440 millions d’euros) d’aides qui allaient à l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens dont une réforme s’avère être plus que nécessaire(Unrwa), à différents programmes d’assistance ou, pour une moindre part, directement au budget de l’AP.

Des coupes sanctionnant le gel par les Palestiniens de leurs contacts avec une administration américaine accusée de mener des politiques largement pro-israéliennes, notamment la décision de Washington de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël en décembre 2017.

Le 17 février, après le meurtre et le viol de l’Israélienne Ori Ansbacher par un terroriste palestinien de 29 ans, Arafat Irfayia, le gouvernement israélien a lui aussi sévi contre l’AP qui lui a(urait) fourni une « indemnité » pour son acte terroriste méprisable.

Arafat Irfayia, accusé du meurtre d’Ori Ansbacher, à la Cour des magistrats de Jérusalem, le 11 février 219. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Il a annoncé qu’il gèlerait chaque mois environ 10 millions de dollars (près de 9 millions d’euros) dus à l’AP. La somme est soustraite de la TVA et des droits de douane qu’Israël prélève sur les produits importés par les Palestiniens et qu’il est censé reverser régulièrement à l’AP, en vertu des accords de paix.

La somme ne représente qu’une partie des taxes perçues par Israël pour le compte de l’AP, mais correspond selon le gouvernement israélien au montant des allocations versées aux familles de terroristes palestiniens emprisonnés ou tués pour avoir commis des attaques anti-israéliennes.

L’AP a parlé de vol et décidé de faire une croix sur la totalité des droits de TVA et de douane qu’elle doit récupérer.

Risque d’explosion

Les 190 millions de dollars collectés chaque mois par Israël au titre des droits de TVA et de douane constituent plus de 50 % des revenus mensuels de l’AP, le reste provenant de taxes locales et de l’aide étrangère.

Aggravant encore sa situation financière, l’AP a annoncé en janvier qu’elle refuserait toute aide américaine, par peur de poursuites judiciaires après le passage d’une nouvelle législation sur le soutien au terrorisme aux Etats-Unis.

Shukri Bishara, ministre des Finances de l’Autorité palestinienne, lors d’une conférence de presse à Ramallah, le 11 mars 2019. (Crédit : Wafa)

Face aux difficultés de trésorerie, le ministre des Finances de l’AP, Choukri Bichara a admis avoir été contraint d' »adopter un budget d’urgence incluant des mesures d’austérité limitées ».

Les employés du gouvernement dont le salaire dépasse les 2 000 shekels (490 euros) par mois verront leurs revenus diminuer de moitié jusqu’à nouvel ordre.

Les paiements aux prisonniers seront maintenus dans leur intégralité, a dit le ministre et dont l’AP estime qu’il s’agit d’une « responsabilité sociale ». Les terroristes emprisonnés ou « martyrs » s’ils ont étés tués sont largement considérés par les Palestiniens comme des héros de la lutte contre « l’occupation israélienne ». Israël juge que ces paiements, qualifiés d’aides sociales par le gouvernement palestinien, encouragent et incitent – de façon flagrante – à la violence.

L’économie palestinienne est totalement contrôlée et dépendante d’Israël, rappelle Nasser Abdel Karim, professeur d’économie à Ramallah, siège de l’AP en Cisjordanie.

Effet cumulatif

Depuis 1967, l’AP n’exerce un pouvoir limité que sur certaines parties de la Cisjordanie.

Les crises financières « se répètent et disparaissent au gré de l’évolution de la relation entre l’Autorité palestinienne et Israël ou des pays qui soutiennent » l’AP, a expliqué Nasser Abdel Karim à l’AFP.

Les mesures d’austérité annoncées sont semblables à celles adoptées en 2012, quand Israël avait retenu une partie des taxes après que les Palestiniens avaient tenté de faire reconnaître un État palestinien à l’ONU. Le budget de l’AP était déjà déficitaire « mais le problème est le manque de liquidités dû aux mesures israéliennes », souligne le journaliste économique Jafar Sedqa.

Mohammad Shtayyeh, en juin 2011. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le président de l’AP a nommé un nouveau Premier ministre le 10 mars, qui devrait former un nouveau gouvernement dans les semaines à venir.

Mais les analystes estiment que tant qu’il n’y aura pas de solution politique au conflit avec Israël, le futur gouvernement palestinien ne sera pas en mesure d’améliorer les conditions économiques.

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