L’Autriche veut toujours faire citoyens les descendants des victimes de la Shoah
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L’Autriche veut toujours faire citoyens les descendants des victimes de la Shoah

Réfutant la thèse du blocage du Parti de la liberté, d'extrême droite, l'envoyé autrichien affirme qu'il existe un large consensus mais qu'il s'agit d'un "processus lent"

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz s'adresse à un survivant de la Shoah israélien à Jérusalem, le 10 juin 2018. (Gali Tibbon/AFP/Getty Images/via JTA)
Le chancelier autrichien Sebastian Kurz s'adresse à un survivant de la Shoah israélien à Jérusalem, le 10 juin 2018. (Gali Tibbon/AFP/Getty Images/via JTA)

Le gouvernement autrichien reste pleinement déterminé à faire avancer la législation accordant la citoyenneté aux descendants des victimes autrichiennes de la Shoah, ont insisté jeudi des responsables autrichiens, rejetant un rapport selon lequel une partie de la coalition gouvernementale retardait la mise en œuvre de la réforme promise.

« L’amendement de la loi sur la citoyenneté autrichienne afin d’étendre la citoyenneté autrichienne aux descendants des victimes de la Shoah bénéficie d’un large soutien de tous les partis politiques représentés au Parlement autrichien », a déclaré Martin Weiss, ambassadeur du pays à Tel Aviv, au Times of Israel.

« Il est vrai que la révision actuelle de la loi autrichienne sur la citoyenneté, dont cette disposition fait partie, est un processus lent. Toutefois, la modification des lois fondamentales sur la citoyenneté n’a aucun rapport avec la question de l’extension de la citoyenneté autrichienne aux descendants des victimes de la Shoah – c’est toujours un processus politiquement sensible », a-t-il ajouté.

Outre les descendants des victimes de la Shoah, la réforme prévue de la loi sur la citoyenneté comprendrait également l’octroi de passeports autrichiens aux germanophones du Tyrol du Sud et aux citoyens britanniques ayant des racines autrichiennes.

Plus tôt jeudi, le journal Haaretz a rapporté que le projet de donner des passeports autrichiens aux descendants des victimes de la Shoah « a été bloqué » par le parti d’extrême droite, « disant que cela constituerait un précédent pour les autres étrangers ».

Le Parti de la liberté d’Autriche, connu sous son acronyme allemand FPÖ, est le partenaire de la coalition au pouvoir du Chancelier Sebastian Kurz. En raison de son passé nazi, la communauté juive locale et l’Etat d’Israël boycottent le parti et ses responsables.

La description de la situation faite par Haaretz est « très trompeuse », selon Weiss.

« Aucun membre du gouvernement autrichien ne s’oppose publiquement à l’extension de la citoyenneté autrichienne aux descendants des victimes de la Shoah », a déclaré l’ambassadeur.

« Bien au contraire : le Chancelier, le Vice-Chancelier [chef du FPÖ Heinz-Christian Strache] et la ministre des Affaires étrangères [Karin Kneissl] ont déclaré à plusieurs reprises – officiellement – qu’ils sont entièrement d’accord. Suggérer le contraire est tout simplement faux. »

L’Ambassadeur d’Autriche en Israël, Martin Weiss, à la résidence du Président à Jérusalem, le 1er février 2016 (Issac Harari/Flash90)

Le gouvernement actuel s’est engagé à plusieurs reprises à étendre la citoyenneté autrichienne aux descendants des victimes de la Shoah, notamment dans une décision officielle en mars, a ajouté M. Weiss.

En effet, cette initiative « bénéficie d’un large soutien de la part de tous les partis politiques représentés au Parlement autrichien », a-t-il souligné.

La ministre des Affaires étrangères Kneissl, qui est affiliée au FPÖ mais n’en est pas membre, a également réitéré jeudi l’engagement de son gouvernement à faire avancer l’amendement prévu à la loi sur la citoyenneté du pays.

Parallèlement, elle a critiqué l’initiative des sociaux-démocrates, qui siègent dans l’opposition, qui ont présenté jeudi leur propre projet de loi visant à accorder la citoyenneté autrichienne aux descendants des personnes qui ont fui le pays en raison des persécutions nazies.

L’Autriche devrait d’abord se retirer d’une convention du Conseil européen de 1968 sur la réduction des cas de pluralité de nationalités et sur les obligations militaires en cas de pluralité de nationalités, a-t-elle affirmé.

Dans une interview accordée en novembre au Times of Israel, Mme Kneissl s’est déclarée « très heureuse que les descendants des survivants autrichiens de la Shoah – même la deuxième et troisième génération – puissent bientôt obtenir la citoyenneté autrichienne tout en conservant leur nationalité actuelle ».

À l’époque, elle avait déclaré qu’il était trop tôt pour dire quand exactement les descendants des survivants de la Shoah pourraient demander des passeports autrichiens.

Karin Kneissl, ministre autrichienne des Affaires étrangères, avec son homologue belge Didier Reynders, au Conseil de l’Europe, à Bruxelles, le 22 janvier 2018. (Crédit : AFP / EMMANUEL DUNAND)

« Nous sommes en train de préparer une proposition de loi détaillée à ce sujet, il est donc un peu trop tôt pour dire quand cette nouvelle loi sera adoptée par le Parlement. Mais nous parlons de mois et non d’années, a-t-elle précisé.

« Il y aura certainement quelques centaines d’Israéliens qui seront intéressés à recevoir la citoyenneté autrichienne, peut-être plus », a-t-elle estimé.

Selon la législation autrichienne actuelle, seuls les enfants – mais pas les petits-enfants – de citoyens autrichiens persécutés pendant la Shoah peuvent prétendre à la nationalité autrichienne. L’accord de coalition conclu par le Parti populaire du chancelier Kurz et le FPÖ d’extrême droite de Strache ont promis d’envisager de modifier la situation actuelle.

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