Le BDS gagne du terrain aux Etats-Unis, mais les soutiens à Israël réagissent
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Le BDS gagne du terrain aux Etats-Unis, mais les soutiens à Israël réagissent

Alors que la nouvelle année académique va commencer, la Coalition Israël des Campus déclare que des "informations médiatiques démoralisantes" ont été exagérées

Illustration. Des panneaux appelant au boycott d'Israël lors d'une manifestation anti-Israël à San Francisco, en avril 2011. (Crédit : CC BY dignidadrebelde, Flickr)
Illustration. Des panneaux appelant au boycott d'Israël lors d'une manifestation anti-Israël à San Francisco, en avril 2011. (Crédit : CC BY dignidadrebelde, Flickr)

WASHINGTON, DC — Les partisans du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) sur les campus américains deviennent plus habiles stratégiquement pour promouvoir leur cause, mais la mobilisation pro-Israël a réagi pour relever le défi, a révélé jeudi un rapport rassemblant les données pour l’année académique 2014-2015.

Avec une année académique pleine de nouveaux défis, le rapport des tendances sur le campus de la Coalition Israël des Campus (CIC) a démontré que l’année passée, l’activité des campus sur les questions concernant Israël a augmenté dans les deux camps.

La CIC a pourtant souligné que « malgré des informations médiatiques démoralisantes affirmant que le mouvement BDS a pris le contrôle des campus », les événements pro-Israël ont été plus nombreux sur les campus que les événements de détracteurs par un ratio de 2 contre 1.

La CIC est en première ligne de la bataille de campus, se décrivant comme un « réseau national d’étudiants, de facultés, de professionnels consacrés à renforcer le mouvement pro-Israël sur le campus ».

« Les étudiants et les chefs de campus pro-Israël sont plus nombreux sur les campus pour s’opposer à la menace croissante de l’activité anti-Israël », a déclaré le directeur exécutif de la CIC, Jacob Baime.

« Avec le bon soutien, les étudiants pro-Israël parviennent à défendre avec force et conviction que l’alliance entre les Etats-Unis et Israël est basée sur des valeurs communes et sert bien les deux nations ».

L’organisation, qui surveille l’activité pro et anti Israël sur les campus, a noté dans son rapport que « de nouvelles tactiques des partisans du BDS et des groupes anti-Israël comme les Etudiants pour la Justice en Palestine (EJP) posent problème ».

Les nouvelles tactiques incluent des référendums sur les campus posant la question de faire cession à Israël, une stratégie qui est apparue une fois l’année académique passée et six fois en 2014-2015, mais qui ne s’est révélée efficace qu’avec la septième tentative, qui a eu lieu dans un syndicat d’étudiants plutôt qu’au niveau du campus.

Une tactique plus réussie, a noté le groupe, était l’alliance entre des organisations du BDS et d’autres organisations nationales, des circonscriptions de campus clés et l’alignement avec les partisans des questions de justice sociale.

Des activistes BDS, a averti la CIC, « sont aussi devenus de plus en plus sophistiqués, liant leur cause à des questions de justice sociale sur le campus pour augmenter leur base de soutien et leur portée ».

Des groupes anti-Israéliens ont bâti des coalitions avec des organisations progressistes de campus qui traitent avec des questions telles que les droits des LGBT, l’arrêt de l’utilisation du combustible fossile, des discriminations raciales et de la réforme de l’immigration.

La CIC déclare que ces groupes ont une « stratégie délibérée » qui implique « d’approcher ces organisations très progressives en formant des liens personnels avec d’influents activistes ».

Parmi les coalitions formées se retrouvait un couplage au niveau national entre des groupes anti-Israël de droits des Palestiniens et des organisations qui se battent pour la justice sociale aux Etats-Unis.

Parfois, a noté la CIC, le couplage se concentrait sur « le soi disant pouvoir et privilège des Juifs et des Américains pro-Israël ».

En outre, certains activistes ont cherché à lier la campagne Black Lives Matter (les Vies de Noirs Comptent) avec le mouvement anti-Israël. Le slogan « De Ferguson à la Palestine, l’occupation est un crime » a été utilisé dans des dizaines de manifestations à travers le pays, y compris à des événements sur des campus.

Une autre alliance mise en évidence par la CIC était ce qui a été décrit comme « des efforts menés à l’intérieur de la communauté Quaker en vue d’approfondir l’implication du groupe dans le mouvement BDS campus ».

L’organisation a déclaré que le Comité de Service des Amis Américains fournit « un soutien approfondi au BDS » et organise des camps d’été du BDS pour les étudiants de licence. La CIC a cité deux universités Quaker, Guilford et Earlham, comme des « foyers de l’activité anti-israélienne ».

Un phénomène supplémentaire a été l’inclusion de listes et de candidats soutenus par l’EJP dans des campagnes électorales réussies pour des positions législatives et exécutives dans des organisations étudiantes.

Dans de nombreux cas, les candidats font campagne sur des thématiques abordant une large gamme de questions sociales incluant la fin des prisons privées, les droits des minorités et des combustibles fossiles.

La CIC a observé une série de tentative, principalement sur des campus de la côte ouest, par des activités anti-Israël pour prendre le contrôle de syndicats étudiants et faire passer des résolutions BDS et anti-Israël. Alors que ces tentatives ont réussi dans certains cas, l’Université de Californie et de Los Angeles ont démontré l’effet inverse.

En novembre 2014, un groupe étudiant sur la ligne de EJP a passé une résolution de cession, mais à l’élection suivante, la communauté pro-Israël de UCLA a organisé une campagne ciblée pour des candidats pro-Israël dans le groupe étudiant.

A la suite de l’opération Bordure protectrice de l’été dernier, le nombre de campus américains faisant état d’une activité anti-Israël a augmenté de 31,2 %, de 138 lors de l’année académique 2013-2014 à 181 lors de l’année académique 2014-2015.

Cette même année, la CIC a recensé 1 630 événements anti-Israël dans 181 universités du pays 3 753 événements dans 213 écoles.

Sur la même période, EJP, le groupe en pointe du mouvement BDS, a établi une présence dans plus de 40 nouveaux campus, apportant le nombre total de campus sur lequel il opère à plus de 150. Dans le même temps, la Voix des Juifs pour la Paix, groupe pro-BDS, a établi ses premières sections dans 14 universités.

Dans le même temps, la CIC a recensé la formation de plus de 100 nouvelles organisations locales pro-Israël sur les campus.

Le groupe a noté que « les étudiants pro-Israël sont de plus en plus disciplinés, coordonnés et stratégiques grâce à la direction d’une large coalition et des organisations nationales pro-Israël ».

Selon les données de la CIC, le nombre de campus accueillant des activités pro-Israël a augmenté, de 167 pendant l’année académique 2013-2014 à 213 lors de l’année académique 2014-2015.

Baime, le directeur exécutif de la CIC, a déclaré que les « groupes pro-Israël sont en train de construire des relations sincères et fortes avec des étudiants influents sur les campus et ils leur expliquent pourquoi Israël est important et ce à quoi Israël ressemble vraiment ».

Selon Baime, face à la politique nationale de EJP « d’anti-normalisation », qui rejette le dialogue avec les groupes de campus pro-Israël, les activistes pro-Israël ont insisté qu’ils sont intéressés au dialogue et cherchent activement une solution à deux États.

« Notre camp dit : ‘Oui, il y a des questions difficiles, Israël n’est parfait, aucun pays est parfait, mais ayons au moins une conversation honnête et réelle sur ces questions' », a-t-il expliqué.

« Lorsque des gens entendent la vérité au sujet d’Israël et sur ce qui se passe réellement dans la région, la BDS échoue, a-t-il ajouté. Lorsque les gens entendent la vérité, le BDS échoue ».

Loin de son image d’une organisation seule, spontanée et basée sur des campus, la CIC déclare que le mouvement anti-Israël sur les campus reçoit un « soutien professionnel significatif » d’organisations nationales comme la Campagne Américaine pour le Boycott Académique et Culturel d’Israël, des Musulmans Américains pour la Palestine, le Comité de Service des Amis Américains, Palestine légale et JVP.

Ces groupes fournissent aux organisations de campus une représentation juridique, de stratégies politiques, des chercheurs et de développeurs internet, des designers graphiques et des services de communication gratuits.

« EJP et BDS sur le campus se donnent l’image d’un mouvement de base, mais c’est tout sauf cela. C’est très important de comprendre qu’il s’agit d’une opération bien financée, bien organisée et professionnelle », a déclaré Baime.

EJP a renforcé ses réseaux nationaux et régionaux et dispose maintenant de sept réseaux régionaux, chacun comprenant entre 5 et 35 sections EJP.

Les membres SJP participent à des conférences hebdomadaires et mensuelles entre les sections dans une même région, et encouragent une implication et une communication régulière pour partager les meilleures pratiques et bénéficier d’un mouvement plus uni.

Parfois, des membres de sections EJP se déplacent pour soutenir des efforts locaux. Des petites sections EJP reçoivent des entraînements de sections plus grandes à proximité. Des sections à l’Université de Californie, Berkeley et l’Université de Californie Irvine fournissent des conseils à l’Université d’Etat Northridge de Californie.

Le mouvement BDS de l’Université Oglethorpe qui a passé la cessation au printemps 2015, a reçu le soutien de la section EJP de l’université Emory.

Même si les données de la CIC indiquent que le taux de réussite des initiatives BDS est resté relativement stable, l’organisation a noté « qu’il ne fait aucun doute que les détracteurs d’Israël augmentent leurs efforts sur les campus des universités à travers le pays ».

« Les derniers mois ont vu un grand nombre d’informations dans les médias indiquant que le BDS prend le contrôle des campus, mais les données rassemblées par la CIC démontrent que cette théorie est fausse », souligne-t-on dans le rapport.

« Pourtant, si les tendances actuelles sur les campus du pays persistent, le résultat pourrait être dangereusement proche de la réalité ».

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