Le bienfaiteur britannique qui encourage les jeunes étoiles du tennis israélien
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Le bienfaiteur britannique qui encourage les jeunes étoiles du tennis israélien

Fondé par l’homme d’affaires londonien, « David Squad » soutient les cinq étoiles montantes d'Israël, sur les courts… et en coulisses

Yishai Oliel, deux fois vainqueur du prestigieux tournoi junior Orange Bowl ten Floride (Crédit : Courtesy of the David Squad/JTA)
Yishai Oliel, deux fois vainqueur du prestigieux tournoi junior Orange Bowl ten Floride (Crédit : Courtesy of the David Squad/JTA)

Yishai Oliel peut-il devenir le Novak Djokovic israélien ?

L’homme d’affaires londonien David Coffer espère en tout cas que l’adolescent de Ramle pourra un jour faire partie du club des stars du tennis mondial. Et il entretient son rêve en aidant financièrement le gaucher au solide coup droit.

Oliel est le membre le plus prometteur de David Squad (« l’équipe de David »), un petit groupe de jeunes joueurs de tennis israéliens financés par Coffer et encadrés par son épouse, Ruth, et leurs trois enfants. L’équipe compte les plus talentueux espoirs du pays. Ses cinq membres ont entre 12 et 16 ans et Coffer espère que leurs noms vous seront bientôt familiers.

L’équipe s’engage à « élever les joueurs de tennis israéliens jusqu’aux normes internationales les plus sélectives », comme le déclare son site internet. Depuis le lancement du projet en 2005, Coffer, le président d’un cabinet de conseil immobilier et propriétaire des restaurants connus Tuttons et Dirty Martini ainsi que de plusieurs bars à Londres, estime avoir financé 100 enfants et adolescents.

Coffer, 67 ans corrige d’entrée de jeu : le nom « n’est pas une référence à moi, mais au roi David, le plus grand héros de l’histoire d’Israël ! »

Djokovic, le Serbe classé numéro 1 mondial, personnifie les espoirs de Coffer pour le tennis israélien : de nombreux titres au Grand Chelem et la constitution d’une base de fans dans son pays d’origine. Coffer rêve du jour où l’un de ses protégés remportera des succès internationaux.

« Imaginez huit millions de citoyens israéliens scotchés à leurs postes de télévision, incapables de bouger avant la fin du dernier match de Wimbledon », se met-il à rêver. « Avoir un champion signifierait beaucoup, nous pleurerons de joie. »

David Coffer, avec la casquette noire, à une cérémonie de Raanana honorant son travail  et celui de son fils Adam, à gauche Adam en avril 2015. (Crédit ; Courtesy of the David Squad/JTA)
David Coffer (avec la casquette noire) à une cérémonie de Raanana honorant son travail et celui de son fils Adam, à gauche, en avril 2015. (Crédit ; Courtesy of the David Squad/JTA)

Des joueurs israéliens comme Dudi Sela, Andy Ram, Shahar Peer et Julia Glushko ont connu un certain succès sur le plan international – Ram et Yoni Erlich ont fait équipe et remporté l’Open d’Australie en double il y a plusieurs années – mais n’ont jamais approché le sommet des classements mondiaux en simple. Israël a été exclu de son dernier match de Coupe Davis cette année.

« Yishai a une grâce et une synchronisation étonnantes ; et il déteste perdre »

Oliel donne des raisons d’espérer. Le garçon de quinze ans aux cheveux longs a déjà fait ses preuves en remportant deux fois le prestigieux tournoi junior Orange Bowl en Floride. Il est seulement le neuvième joueur en 70 ans d’existence de la compétition à accomplir cet exploit.

« Yishai a une grâce et une synchronisation étonnantes ; et il déteste perdre », résume  Coffer.

Il se souvient d’un moment en particulier : quand Oliel avait 11 ans et disputait un tournoi en Andalousie, sous la canicule. Le garçon était sur le point d’être exclu après deux sets.

« Nous l’avons encouragé à prendre une pause », se souvient Coffer. « Mais Yishai a crié : ‘Je reste’ et a fini par gagner un jeu dans le troisième set. »

Yshai Oliel remporte les jeux junior Orange Bowl à Coral Gables, en Floride, le 23 décembre 2014 (Crédit : Youtube capture d'écran)
Yshai Oliel a remporté les jeux junior Orange Bowl à Coral Gables, en Floride, le 23 décembre 2014. (Crédit : Youtube capture d’écran)

Cette ténacité, espère Coffre, lui permettra de remporter un championnat du Grand Chelem : Roland-Garros, l’US Open, Wimbledon ou l’Open d’Australie.

En aidant à l’éclosion de champions sur les courts, David Squad espère promouvoir l’image d’Israël, « le tout sans engagement politique ». C’est ce qu’explique le directeur général et entraîneur-chef, Andy Zingman, un ancien joueur de tennis argentin.

« Cela peut être une technique utile pour changer les perceptions », affirme Zingman.

« Grâce à Novak, la moitié des gens vous répondront que les Serbes sont beaux, athlétiques, souriants  ».

Adam, le fils de Coffer, souligne qu’aujourd’hui, les Etats s’attirent les bonnes grâces à travers le sport, et ce depuis de nombreuses années. Il prend l’exemple de Djokovic.

« Si vous demandiez à des passants il y a dix ans quelle image ils avaient de la Serbie, la plupart des gens auraient répondu que c’était un pays de guerres et d’assassinats », affirme Coffer Junior. « Aujourd’hui, grâce à Novak, la moitié des gens vous répondront que les Serbes sont beaux, athlétiques, souriants. »

Selon Coffer, Oliel, issu d’une famille de Juifs marocains, possède des qualités similaires.

« Les gens peuvent être attendris par Yishai, son sourire, son talent Nous pourrions nous faire des amis grâce à lui. Donc, nous sommes ici pour trouver des talents et les aider à grandir. »

Les entraînements se font principalement à Raanana, avec des entraîneurs d’élite comme Tzipora Oblizer, autrefois classés dans les 75 meilleurs joueurs du monde, Dedi Jacob et Eyal Omid. Jan Pochter, qui a entraîné les équipes nationales israéliennes et fait figure de vétéran du tennis international, est l’entraîneur principal d’Oliel.

Andy Ram en 2009 (Crédit : Uri Lenzi/Flash 90)
Andy Ram en 2009 (Crédit : Uri Lenzi/Flash 90)

Oliel côtoie, au sein de l’équipe, May Kimhi et Keren Rozen, 16 ans toutes les deux, Roi Ginat, 14 ans, et Yair Sarouk, 12 ans. Ils voyagent fréquemment pour des stages dans le sud de la Floride et en Espagne. Ils y retrouvent des membres de la famille élargie de David Squad, comme les anciens pros Aaron Krickstein et Manuel Santana.

« Mon père aurait pu tous les installer à l’hôtel, explique Adam Coffer. Mais nous séjournons tous ensemble à la maison », en Espagne et en Floride.

« Les joueurs passent du temps ensemble, se nourrissent les uns des autres, échangent et se partagent les moments de gloire : cela n’a pas de prix ». Et les athlètes plus âgés, comme Oliel, encadrent les plus jeunes.

Faire partie de l’équipe exige un engagement des joueurs et de leurs parents, qui doivent respecter un code d’éthique strict

La « famille David Squad », comme le père Coffer l’appelle, « est très chaleureuse et encourageante ».

Faire partie de l’équipe exige un engagement des joueurs et de leurs parents, qui doivent respecter un code d’éthique strict : jouer pour gagner, le fair-play, le respect de vous-même, et, plus important pour Coffer, « respecter ses parents », qui n’accompagnent pas leurs enfants dans leurs voyages autour du monde.

Coffer attribue son amour d’Israël et du sport à ses parents.

« Mon père était un sioniste convaincu. Il a toujours aimé Israël et le sport, et il a donné à ses quatre fils la possibilité de pratiquer tous les sports : je jouais au tennis à un niveau universitaire. »

Coffer se souvient de sa première visite en Israël, à l’âge de 20 ans. Il y a ensuite emmené sa propre famille à plusieurs reprises. Il se souvient de sa première visite : « J’ai tout de suite aimé Israël. Le pays faisait honneur aux Juifs grâce à l’esprit, à la bravoure et au progrès. Je me suis senti bien. »

Nadine Fahoum. (Photo credit: Howard Blas)
Nadine Fahoum du Centre israélien de tennis. (Crédit : Howard Blas)

Israël dispose d’autres programmes de tennis pour les jeunes. Le Centre israélien de tennis, pour sa part, est une initiative venue du terrain qui réunit 14 centres destinés à développer le sport en Israël au-delà des lignes religieuses et socio-économiques, et travaillent souvent avec des jeunes « à risque ». L’approche de David Squad est plus ciblée.

« Nous identifions les meilleurs joueurs vivant en Israël, avec le plus grand potentiel, tous âges confondus », décrit Adam Coffer.

« Notre seule intention est de produire des joueurs de niveau international capable de rivaliser avec les meilleurs lors des tournois du Grand Chelem. »

Danny Gelley, directeur du Centre israélien du tennis détaille : « Chacun de nos centres dispose d’un programme de tennis de compétition pour les juniors, mais l’on ne peut pas se permettre de faire du coaching individuel. L’ensemble de notre budget n’est qu’une petite partie de ce que [Coffer] dépense. »

« Coffer est très indépendant et nous entretenons peu de relations avec lui », ajoute Gelley.

Adam Coffer insiste sur l’indépendance de son organisation et fait écho à l’opinion de Galley à son égard.

« Nous avons très peu de relations avec l’Association israélienne de tennis (AIT) ou avec les centres israéliens de tennis. Nous souhaitons que nos enfants, qui sont les meilleurs en Israël, aient droit aux mêmes aides que celles reçues par d’autres joueurs, si elles sont fournies par l’AIT. »

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