Le bras droit de Le Pen claque la porte, l’extrême droite en crise
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Le bras droit de Le Pen claque la porte, l’extrême droite en crise

Artisan d'une tentative de "dédiabolisation" du FN, Philippot était accusé par Marine Le Pen de "conflit d'intérêts" pour avoir lancé en mai une association politique

Florian Philippot lors de la présentation du programme présidentiel du FN, à Paris, le 19 novembre 2011. (Crédit : Gauthier Bouchet/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)
Florian Philippot lors de la présentation du programme présidentiel du FN, à Paris, le 19 novembre 2011. (Crédit : Gauthier Bouchet/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)

Florian Philippot, bras droit de la patronne de l’extrême droite française Marine Le Pen, a claqué jeudi la porte du Front national, révélant au grand jour la grave crise qui ronge le parti depuis l’échec de sa candidate à la présidentielle de mai.

« Je quitte le Front national », a lancé le haut fonctionnaire de 35 ans, privé la veille d’une partie de ses attributions par la présidente du FN, dont il fut un temps le plus proche lieutenant.

« Le Front s’en remettra sans difficulté », a répliqué Marine Le Pen, qui ne se « réjouit pas » du départ de Florian Philippot mais « respecte » sa décision.

Fervent partisan de la sortie de l’euro – une ligne très critiquée en interne – et artisan depuis plusieurs années d’une tentative de « dédiabolisation » d’un FN à l’image longtemps sulfureuse, M. Philippot était accusé par Marine Le Pen de « conflit d’intérêts » pour avoir lancé en mai une association politique, « Les Patriotes ».

Depuis son échec au second tour de la présidentielle face au centriste Emmanuel Macron, le climat s’est détérioré pour la cheffe de file du parti anti-immigration anti-Europe, supplantée par le leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon comme tête d’affiche de l’opposition en France.

Jean-Luc Mélenchon à Toulouse, en 2013. (Crédit : Pierre-Selim/CC BY 3.0/WikiCommons)
Jean-Luc Mélenchon à Toulouse, en 2013. (Crédit : Pierre-Selim/CC BY 3.0/WikiCommons)

Malgré un score historique à la présidentielle (33,90 %), les responsables du FN ne cessent de se renvoyer la responsabilité de l’échec électoral, certains doutant désormais que Marine Le Pen soit leur meilleur porte-drapeau.

Chantre d’une ligne souverainiste, farouchement anti-euro et soucieux des questions sociales et sociétales, Florian Philippot hérissait de longue date les conservateurs du parti, plus libéraux économiquement et focalisés sur la lutte contre l’immigration et « l’islamisme ».

M. Philippot était devenu fin 2011 directeur stratégique de la campagne présidentielle de Marine Le Pen, et il était depuis la principale figure du FN à intervenir au quotidien dans les médias.

Plusieurs ténors frontistes, qui n’ont jamais cessé de critiquer M. Philippot, n’ont pas caché leur satisfaction de le voir quitter le navire, suivi par quelques fidèles dont l’eurodéputée Sophie Montel.

« Le Front national va enfin connaître l’apaisement face à un extrémiste sectaire, arrogant et vaniteux qui tentait de museler notre liberté de débattre », a tweeté Louis Aliot, vice-président du parti et compagnon de Marine Le Pen.

Le départ de Florian Philippot risque toutefois de priver Marine Le Pen d’un « formidable paratonnerre » face aux critiques internes, et ne règle pas le débat de fond sur la stratégie politique du FN, selon Joël Gombin, politologue de l’Observatoire des radicalités politiques.

« Florian Philippot avait le grand intérêt d’attirer les foudres de tous ceux qui étaient mécontents de la ligne, qui était celle de Marine Le Pen. Dès lors qu’il ne sera plus là (…) elle sera en première ligne pour la défendre et l’assumer le cas échéant », a-t-il souligné à l’AFP.

Soucieuse de réaffirmer sa légitimité à la tête du parti malgré la crise, Marine Le Pen a assuré jeudi être « la plus solide et la mieux placée » pour l’élection de 2022.

Marine Le Pen, présidente du Front national (FN), au soir du premier tour des élections législatives, à Paris, le 11 juin 2017. (Crédit : Denis Charlet/AFP)
Marine Le Pen, présidente du Front national (FN), au soir du premier tour des élections législatives, à Paris, le 11 juin 2017. (Crédit : Denis Charlet/AFP)

La présidente du Front national a récemment promis une refondation de la formation avec un nouveau nom et des orientations ajustées, à l’issue d’un congrès en mars.

Mais pour Florian Philippot, « cette refondation (cache) un retour en arrière terrible, le FN rattrapé par ses vieux démons ».

Le chantier lancé par Marine Le Pen a pour but de redresser le parti, qui n’a obtenu que 13 % des voix au premier tour des législatives de juin, et de retrouver son image d’opposante en chef au président Emmanuel Macron. Mais cela s’annonce laborieux.

Pour l’heure, dans l’opinion publique française, c’est la gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon qui incarne le premier opposant à l’exécutif (32 % des personnes interrogées), largement devant le Front national (14 %) et le parti de droite Les Républicains (9 %), selon un récent sondage.

Ce n’est pas la première fois que le Front national connait des soubresauts et des claquements de portes. Marine Le Pen s’est notamment violemment brouillée avec son père Jean-Marie, co-fondateur du parti, exclu en août 2015 avant d’être rétabli par la justice au poste honorifique de président d’honneur du FN.

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