Le chef de la police veut « bloquer » les réseaux sociaux en cas de troubles civils
‘C'est déjà la guerre’ déclare Kobi Shabtai, qui ajoute que ce sont les plateformes en ligne qui ont poussé les citoyens dans les rues lors des émeutes arabo-juives de mai 2021
Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.
Le chef de la police israélienne Kobi Shabtai a déclaré qu’à l’avenir, en cas de graves troubles civils, les plateformes de réseaux sociaux devraient être fermées afin d’empêcher la propagation de la violence.
Shabtai a affirmé dans une interview que lors des violences entre Arabes et Juifs en mai 2021, ce sont les réseaux sociaux qui ont contribué à pousser les civils dans les rues pour participer aux émeutes, et que leur fermeture pour une durée limitée était une mesure nécessaire même si elle était contraire aux normes démocratiques.
« Je pense que dans de telles circonstances, les réseaux [sociaux] doivent être bloqués », a déclaré Shabtai à Yedioth Ahronoth dans une interview qui sera publiée intégralement vendredi.
« C’est déjà la guerre. Ce sont les réseaux sociaux qui ont poussé les gens à sortir [dans les rues]. Je parle d’un blocage général des réseaux. Éteignez [le feu], calmez tout, et quand la situation est de nouveau calme, rouvrez », a-t-il déclaré, dans un extrait de l’interview publié mercredi.
« Nous sommes un pays démocratique, mais il y a des limites », a ajouté Shabtai.
Face à une avalanche de critiques pour ses propos, le bureau du chef de la police a précisé dans un communiqué mercredi qu’il faisait référence à « un scénario survenant dans les circonstances les plus extrêmes qui impliquerait un danger pour la démocratie israélienne et pour la sécurité de l’État, un cas où il y aurait un soulèvement réunissant de larges composantes de terrorisme au sein de l’État d’Israël ».
Il a ajouté qu’il faisait référence au blocage de « ceux qui encouragent à mener des attaques terroristes et à descendre dans la rue au moment où des centaines de milliers de commentaires de ce type attisent les flammes de l’événement. »
Trois personnes ont été tuées et des centaines d’autres blessées lors des quelques jours qu’ont duré les troubles violents dans les villes à population mixte arabo-juive en mai 2021, parmi les pires violences intercommunautaires depuis la fondation de l’État,
Un rapport du médiateur de l’État sur ces troubles, publié en juillet, a souligné l’incapacité de la police à contrôler de manière adéquate les plateformes de réseaux sociaux.
Le rapport souligne notamment le retard de trois ans dans le déploiement d’un système de surveillance des réseaux sociaux, ce qui signifie qu’au moment où les émeutes ont éclaté, la police ne disposait pas d’un système de collecte de renseignements opérationnel et étendu pour les plateformes en ligne.
Les commentaires de Shabtai ont suscité une forte condamnation de la part de politiciens de gauche et de droite qui ont affirmé que sa proposition était antidémocratique.
Le député Gilad Kariv, du parti de centre-gauche Avoda, a déclaré que les remarques étaient « inacceptables » et que « l’utilisation des méthodes qui caractérisent les régimes antidémocratiques ne devrait pas être envisagée ». Il a toutefois ajouté que la police doit être dotée « des moyens de faire face à des événements violents de grande ampleur. »
Le chef du parti d’extrême droite HaTzionout HaDatit, Bezalel Smotrich, a déclaré que les commentaires de Shabtai étaient « scandaleux et antidémocratiques », et l’a critiqué plus généralement pour sa gestion des émeutes de mai 2021.
Lors de ses déclarations mercredi, Shabtai a également abordé la lettre d’avertissement qui lui a été envoyée, ainsi qu’à l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu et à d’autres personnes, par la Commission d’enquête sur la catastrophe du mont Meron, l’avertissant qu’il sera probablement jugé en partie responsable de la bousculade d’avril 2021, dans laquelle 45 hommes et garçons ont trouvé la mort.
Shabtai a déclaré qu’il ne démissionnerait pas et a noté que « tout le monde penchait pour que l’événement ait lieu et que certains éléments politiques ont appelé les masses à se rendre à l’événement. »
Selon un reportage de la Douzième chaîne, le chef du parti ultra-orthodoxe Shas, Aryeh Deri, avait envoyé une demande officielle au ministre de la Sécurité intérieure Amir Ohana avant l’événement, indiquant que « quiconque veut venir [à Meron] doit être autorisé à le faire ».