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Le chef du Mossad bientôt à Washington alors qu’Israël rejette l’accord avec l’Iran

Lapid appelle Washington à poser une "menace militaire crédible" afin de forcer un meilleur accord ; la violence est "le langage que l'Iran comprend", estime un haut responsable

Le chef du Mossad, David Barnea, assistant à une cérémonie marquant le jour du Souvenir pour les soldats israéliens tombés au combat et les victimes du terrorisme à Jérusalem, le 3 mai 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Le chef du Mossad, David Barnea, assistant à une cérémonie marquant le jour du Souvenir pour les soldats israéliens tombés au combat et les victimes du terrorisme à Jérusalem, le 3 mai 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

David Barnea, chef du Mossad, se rendra à Washington la semaine prochaine dans le cadre des intenses efforts d’Israël visant à exercer son influence dans l’accord nucléaire émergent entre l’Iran et les puissances mondiales – Barnea et les hauts responsables du gouvernement israélien ayant fustigé l’accord dans sa forme actuelle.

Un haut responsable a confirmé dimanche que la Maison Blanche était au courant du voyage de Barnea, mais n’a pas précisé si l’administration Biden était impliquée dans sa préparation. Barnea sera le troisième haut responsable israélien à se rendre à Washington ces jours-ci pour discuter de l’accord avec l’Iran, après le ministre de la Défense Benny Gantz et le conseiller à la sécurité nationale Eyal Hulata.

Dans le cadre d’un effort médiatique israélien qui a repris sa dynamique au cours des deux dernières semaines, le directeur du Mossad a fait de rares commentaires jeudi dernier, déclarant aux journalistes que l’accord était « très mauvais pour Israël » et « basé sur des mensonges ». Barnea, le Premier ministre Yair Lapid et Gantz ont tous exprimé le même jugement sur ce « mauvais » accord, et Israël ne sera pas lié par celui-ci, se réservant le droit de prendre des mesures contre le programme nucléaire iranien.

Avant la visite de Barnea, Lapid a déclaré que les services militaires et de renseignement israéliens redoublaient d’efforts pour lutter contre la menace que représenterait un Iran nucléaire.

« Nous avons demandé à Tsahal et au Mossad de se préparer à n’importe quel scénario. Nous serons prêts à agir afin de maintenir la sécurité d’Israël. Les Américains le comprennent, le monde le comprend et la société israélienne devrait également le savoir », a déclaré Lapid dimanche lors d’un point presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem.

Parmi ces scénarios, Lapid a également déclaré « qu’une menace militaire crédible » devrait être « mise sur la table » afin de pousser l’Iran à conclure un meilleur accord.

Le Premier ministre Yair Lapid lors d’une conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 28 août 2022. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Lapid a ajouté que cette menace – posée en grande partie par la présence de munitions américaines capables de pénétrer dans des bunkers souterrains – est « ce qui avait forcé les Iraniens à signer la dernière fois ».

Une source proche du dossier a confirmé qu’Israël faisait pression sur les États-Unis pour qu’ils avancent une telle menace.

« Une menace militaire crédible est ce qui, selon nous, mènera à un bon deal. C’est le langage que l’Iran comprend », a déclaré le haut responsable du gouvernement, qui a ajouté qu’Israël avait clairement fait comprendre cette position aux Américains.

Israël, alors dirigé par l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu, a combattu l’accord initial de 2015 devant l’opinion publique, et notamment par un discours particulièrement controversé de Netanyahu au Congrès américain, qui n’avait pas été coordonné par la Maison Blanche. Les États-Unis se sont retirés de l’accord sous l’ancien président Donald Trump en 2018. Le pays, maintenant dirigé par Biden, négocie un retour depuis des mois.

Lapid et l’ancien Premier ministre Naftali Bennett – qui est actuellement en vacances à l’étranger – ont déplacé le sujet vers des canaux privés, tentant d’éviter une nouvelle dégradation des relations, comme cela a eu lieu entre Israël et l’administration Obama.

« Nous ne devons pas en arriver à la situation de 2015. Encore aujourd’hui, nous payons toujours les dégâts causés par le discours de Netanyahu au Congrès, à la suite duquel l’administration américaine avait mis fin à son dialogue avec nous et n’avait pas permis à Israël d’apporter des amendements à l’accord », a déclaré Lapid.

Netanyahu a cependant attaqué ses successeurs pour ne pas avoir obtenu de résultats concluants, alors qu’un accord potentiel se rapproche. Selon lui, aucun accord ne peut ménager le programme nucléaire iranien. Au contraire, Israël devrait poursuivre son soutien à la mise en place de plusieurs sanctions paralysantes et à l’affirmation d’une menace militaire crédible.

Le chef du Likud, le député Benjamin Netanyahu, s’adresse aux médias au siège du parti à Tel Aviv, le 26 juillet 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Lapid et Gantz ont affirmé qu’Israël pourrait s’adapter à un accord, mais que l’actuel n’était pas satisfaisant.

« Cet accord est mauvais. Il n’était pas satisfaisant quand il a été signé en 2015. Aujourd’hui, les dangers qui y sont inhérents sont encore plus grands. Il arrive à son terme, et l’Iran se trouve désormais dans une position différente sur le plan technologique », a déclaré Lapid aux journalistes.

« Nous avons dit aux Américains que ce n’était pas ce que voulait le président Biden », a déclaré Lapid à propos du projet d’accord actuel. « Ce n’est pas ce dont [Biden] a parlé lors de sa visite en Israël, ce n’est pas ce qu’il a signé dans la Déclaration de Jérusalem », a ajouté Lapid, s’appuyant sur ses commentaires de la semaine dernière selon lesquels le projet d’accord actuel venait rompre les propres lignes rouges de Biden afin de contenir les ambitions nucléaires de l’Iran.

Lapid a exprimé plusieurs points de discorde clés entre le projet d’accord actuel et la position d’Israël. Il a souligné qu’un meilleur accord aurait pour atout d’être « plus long et plus fort », empruntant le langage américain afin d’expliquer en quoi recommencer les négociations serait meilleur pour les pays concernés par les ambitions nucléaires de l’Iran.

Plus précisément, Lapid a déclaré qu’Israël souhaiterait un accord avec une date de fin plus éloignée et avec une supervision « plus stricte », et qui traiterait également de la question du programme de missiles balistiques à longue portée de l’Iran et de son « implication dans le terrorisme » à travers le Moyen-Orient.

Le chef du gouvernement a déclaré qu’Israël souhaitait qu’un « montant minimum » de fonds soit versé à l’Iran par le biais de la levée des sanctions, mais n’a pas précisé s’il existait un chiffre qu’Israël pourrait accepter. Lapid a affirmé la semaine dernière que l’accord permettrait à 100 milliards de dollars par an d’affluer dans les coffres de l’Iran, de l’argent qui, selon lui, pourrait être affecté au financement du terrorisme.

« S’il est plus fort et plus long nous pourrons le supporter, même si nous avons des réserves à ce sujet », a-t-il déclaré.

« L’Etat d’Israël n’est pas opposé à un accord. Il est à la fois possible et nécessaire de pousser l’Iran à signer un meilleur accord, un accord que les Etats-Unis ont déjà qualifié de plus long et renforcé », a précisé dimanche Lapid.

« Plus long, cela voudrait dire un accord sans date d’expiration comme le président français Emmanuel Macron l’a suggéré. Renforcé, cela voudrait dire que l’accord aborderait le programme de missiles balistiques de l’Iran et l’implication de ce pays dans le terrorisme au Moyen-Orient », a ajouté M. Lapid.

Netanyahu devrait rencontrer prochainement Lapid pour un briefing sur la sécurité axé sur l’Iran, a indiqué le haut responsable du gouvernement.

Celui-ci a ajouté que l’un des points de friction était la demande de l’Iran d’avoir ses propres garanties que les États-Unis ne se retireraient pas à nouveau d’un accord, mais a estimé qu’il était peu probable que Téhéran obtienne de telles garanties.

La semaine dernière, les États-Unis ont soumis leur réponse au dernier projet d’accord nucléaire.

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