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Le climat, une question de « sécurité nationale » en Israël ? Les ONG furieuses

Le pays n'aura aucun résultat réel à présenter lors de la COP26 à Glasgow, déplore Zalul, après l'annonce de plusieurs promesses sans financements derrière

Vague de chaleur. (Images Istock)
Vague de chaleur. (Images Istock)

Une semaine avant le début d’un important sommet organisé par l’ONU en Écosse sur la problématique du changement climatique et quarante-huit heures avant la publication d’un rapport accablant établi par le contrôleur de l’État sur la gestion par Israël de cette question, le gouvernement a cédé, dimanche, à la demande du ministère de la Protection environnementale qui réclamait que le changement climatique soit déclaré menace à la sécurité nationale.

Le Premier ministre Naftali Bennett, qui doit se rendre à la COP26, qui se tiendra du 31 octobre au 12 novembre en Ecosse, a donc annoncé que le changement climatique serait inclus dans la planification stratégique des menaces pesant sur l’État juif. Il sera ajouté aux scénarios auxquels doivent se préparer les responsables de la sécurité, l’armée et le Commandement intérieur.

C’était une demande déterminante qui avait émané non seulement des groupes de défense de l’environnement, mais aussi d’un petit collectif d’experts des domaines de la sécurité et de la diplomatie.

Cette demande était une des initiatives politiques prônées dans un plan national de lutte contre la crise du climat qui a été présenté, dimanche, devant les membres du cabinet par le ministère de la Protection de l’environnement.

Une autre initiative du plan, qui prévoit d’accélérer le développement des technologies du climat, a aussi été approuvée, même si aucun budget ne lui a été allouée.

Toutefois, plusieurs initiatives déterminantes, qui ont d’ores et déjà été entreprises dans tous les pays développés, n’ont pas été évoquées par le Premier ministre.

Le Premier ministre Naftali Bennett dirige une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 24 octobre 2021. (Crédit : Yoav Dudkevitch/POOL)

Parmi elles, la loi sur le climat qui a été mise au point au mois d’avril et qui est actuellement bloquée par les objections des ministères de l’Énergie et des Finances ; la question de la taxe carbone ; le travail mené en concertation avec des régulateurs financiers pour garantir que les implications du changement climatique ont été bien réfléchies avant toute réalisation d’investissement et l’intégration dans les prix des énergies fossiles de ce qui est connu sous le nom de « coûts indirects » – soit la prise en compte des répercussions financières de leur usage sur la société, sur la santé publique et sur l’environnement.

Si les coûts indirects devaient être inclus dans les prix du pétrole ou du gaz, ces énergies fossiles se révéleraient encore plus coûteuses qu’elles ne le sont actuellement en comparaison avec les sources d’énergies renouvelables, comme le soleil.

A LIRE – Énergie : Pourquoi Israël ne profite donc pas du soleil ?

Les organisations de défense de l’environnement ont raillé l’annonce du Premier ministre.

« Le gouvernement de la honte », a ainsi écrit sur Twitter l’organisation de protection marine Zalul. Alors que le contrôleur de l’État se prépare à rendre public un rapport accablant sur le manque de préparation d’Israël à la crise du climat, a déclaré Zalul, le pays n’aura aucun résultat réel à présenter lors de la conférence de Glasgow, organisée par l’ONU, et dont l’objectif est de contenir le réchauffement climatique à une température ne dépassant pas les 1,5 degrés Celsius par rapport au niveau de l’ère préindustrielle.

Vue des raffineries de pétrole de Haïfa et d’autres zones industrielles, le 5 mai 2017. (Yaniv Nadav/Flash90/File)

« Au lieu de s’engager dans une loi sur le climat et dans des plans d’action concrets, le gouvernement se contente de faire un certain nombre de déclarations qui ne bénéficient d’aucun soutien financier, d’aucun accord gouvernemental et d’aucun plan de mise en œuvre », a accusé Zalul.

De son côté, l’organisation Greenpeace Israel a écrit sur Twitter « qu’Israël a échoué – et très largement – à atteindre ses maigres objectifs sur la question du climat et sans loi sur le climat contraignante, il est difficile de dire ce qui va changer aujourd’hui ».

« Le programme gouvernemental est une accumulation de déclarations de bonnes intentions mais sans soutien financier, tandis que les industries du pétrole et du gaz continueront à étendre leurs activités dans le pays, encouragées par les ministères de l’Énergie et des Finances », a continué Grennpeace.

« La science est claire. Un pays qui continue à développer son industrie des énergies fossiles et qui ne s’engage pas à réduire environ la moitié de ses émissions de gaz à effet de serre [comme le réclame le secrétaire-général des Nations unies António Guterres] à l’horizon 2030 fait lui-même partie du problème de la Terre ».

De jeunes activistes manifestent pour le passage à l’action face au changement climatique dans le secteur du Carmel de Haïfa, dans le nord d’Israël, le 23 octobre 2021. (Crédit : Emergency Headquarters for Climate and Ecology, Israel)

Strike for Future Israel, sur Twitter, a interpellé directement la ministre de la Protection environnementale Tamar Zandberg, écrivant : « Tamar, cet ensemble de décisions sur le climat est une tentative de blanchir l’absence de mise en œuvre concrète d’une loi sur le climat. Pourquoi ne vous insurgez-vous donc pas contre la décision du ministère de l’Énergie et du ministère des Finances de torpiller ainsi une législation sur le climat ? Pourquoi ne dénoncez-vous pas cela à voix haute depuis toutes les tribunes ? Pourquoi est ce que vous abandonnez ainsi notre avenir ? »

De son côté, le bureau du Premier ministre a émis un communiqué de presse stipulant que le gouvernement avait approuvé quatre résolutions.

Elles comprennent notamment la promotion des transports propres et à bas carbone ; un glissement significatif vers l’utilisation des transports publics et l’électrification de ces moyens de transport ; la construction accélérée d’infrastructures et la suppression des obstacles qui entravent le développement des énergies renouvelables ; la promotion des innovations dans les technologies du climat et un soutien apporté aux industries, aux commerces et aux autorités locales pour les aider à réduire leurs émissions responsables du réchauffement climatique.

Des bus à Jérusalem, le 16 mars 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La seule résolution bénéficiant d’un budget – à hauteur de 725 millions de shekels – est la dernière.

« La crise du climat est l’un des problèmes majeurs figurant sur l’agenda international », a commenté Bennett dans une déclaration. « Elle concerne les vies de chacun d’entre nous, ainsi que les vies de nos enfants et de nos petits-enfants. Nous sommes dans l’obligation de faire face à cette problématique en Israël ; elle est au cœur de notre existence même. »

Selon le communiqué de presse qui a été émis par le bureau du Premier ministre, des groupes de travail vont être mis en place – ils seront placés sous l’autorité du directeur-général du bureau du Premier ministre – pour faire avancer « des projets d’infrastructure d’importance nationale » et nécessaires pour aider le pays à faire sa transition vers une économie bas-carbone. Ces projets d’infrastructure seront ajoutés au plan de développement général d’infrastructures courant sur plusieurs années qui est publié, chaque année, par le bureau du chef de gouvernement, afin de renforcer la coordination et la synchronisation.

Yair Pines, directeur-général du bureau du Premier ministre, arrive à une réunion de cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 5 septembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/ Flash90)

L’un de ces groupes de travail – auquel participeront le comptable général du ministère des Finances et le procureur-général – se consacrera à la nécessité de donner un coup d’accélérateur au développement des technologies sur le climat en levant les barrières régulatoires qui gênent la recherche, la mise en application et l’assimilation des technologies visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le directeur-général du bureau du Premier ministre œuvrera à prévoir de l’argent pour promouvoir le développement de ces technologies par le biais de projets de recherche conjoints avec d’autres pays et de la « mutualisation des ressources » avec des ministères variés.

Une nouvelle commission du Premier ministre sur les technologies et l’innovation climatiques va être mise en place, présidée par Bennett, avec la participation des directeurs-généraux du bureau du Premier ministre et des ministères de l’Énergie, de la Protection environnementale, de l’Économie, de l’Industrie et de l’Agriculture, en présence de représentants du gouvernement, du secteur privé, du milieu universitaire et du secteur tertiaire.

Un autre groupe de travail se focalisera sur la préparation du pays aux catastrophes naturelles et événements extrêmes – incendies ou inondations – et cherchera à trouver des solutions et à mettre en place des initiatives politiques pour supprimer les obstacles.

Des pompiers tentent d’éteindre un incendie près de Givat Yearim, près de Jérusalem, le 16 août 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash 90)

La mise en place d’un forum interministériel sur les énergies renouvelables, qui sera dirigé par la ministre de l’Énergie Karine Elharrar, a aussi été approuvée. Sa première rencontre aura lieu lundi.

Le ministère de l’Énergie a également annoncé toute une série de mesures (sans financement), promettant, entre autres, de moderniser les infrastructures pour les véhicules électriques, de réduire les émissions dans les zones urbaines, de réduire la pollution émanant des bateaux et d’adopter les normes internationales qui permettent l’installation de stations de ravitaillement en hydrogène.

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