« Le débat sur les spoliations en Pologne tourne à l’antisémitisme »
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« Le débat sur les spoliations en Pologne tourne à l’antisémitisme »

L'Association des communautés religieuses juives a appelé les responsables politiques polonais à "ne pas se laisser aller aux discours de haine envers les Juifs"

Des manifestants d'extrême droite protestent contre le projet de loi de restitution de la Shoah 447 du sénat américain, à Varsovie le 11 mai 2019. (Alik KEPLICZ / AFP)
Des manifestants d'extrême droite protestent contre le projet de loi de restitution de la Shoah 447 du sénat américain, à Varsovie le 11 mai 2019. (Alik KEPLICZ / AFP)

VARSOVIE, Pologne (JTA) — Des responsables juifs avertissent du risque des discours antisémites dans le contexte d’un débat sur le destin des propriétés saisies aux Juifs ou abandonnées par eux pendant la Shoah.

L’Association pour les communautés religieuses juives a appelé des politiciens polonais à « ne pas se laisser aller aux discours de haine envers les Juifs ».

Des responsables politiques d’extrême droite ont soulevé la question de la restitution des propriétés avant les élections de cette semaine pour le Parlement européen. Le vote doit avoir lieu dimanche en Pologne.

Des membres de la coalition d’extrême droite appelée la Confédération protestent contre une loi américaine qui vise à s’assurer que les survivants de la Seconde Guerre mondiale ou leurs héritiers soient dédommagés pour leurs pertes. Selon la loi, le secrétariat d’Etat américain doit préparer un rapport sur les progrès effectués sur la question des propriétés abandonnées pendant la guerre dans 46 pays, dont la Pologne.

Le débat a conduit à une confrontation entre le parti au pouvoir Droit et Justice et l’opposition. Un des chefs de l’opposition, l’ancien Premier ministre Wlodzimierz Cimoszewicz, a réfuté les critiques de l’extrême droite sur la restitution des propriétés, en assurant que « personne n’enlèvera aux héritiers le droit d’aller au tribunal et de réclamer leur bien ».

Cimoszewicz a également critiqué la droite pour avoir affirmé que des « organisations juives mondiales » allaient récupérer des propriétés qui ne sont pas réclamées par les véritables héritiers. Les biens sans héritiers vivants ne seront donnés à personne, a-t-il dit, et resteront la propriété de l’Etat polonais.

Jarosław Kaczynski, le chef du parti Droit et Justice, a répondu en disant que la « déclaration [de Cimoszewicz] est pleine de ressentiment envers la Pologne et les Polonais ».

Le chef du parti conservateur au pouvoir en Pologne Droit et Justice Jaroslaw Kaczynski s’exprime lors d’une convention de son parti à Varsovie en Pologne le 15 décembre 2018. (Alik Keplicz/AP)

Kaczynski a souligné que la Pologne n’accepterait aucune de ces demandes et « n’a l’intention de ne rien payer ». Pour lui, ce sont les Allemands qui ont attaqué la Pologne et ont assassiné presque « tous les Juifs », et les Juifs qui ont survécu ont été sauvés par des Polonais.

Avant la Shoah, plus de 3 millions de Juifs vivaient en Pologne. Environ 300 000 d’entre eux ont survécu, la grande majorité d’entre eux en Union soviétique.

Kaczynski a affirmé que les électeurs qui votent pour la Coalition européenne formée par les partis d’opposition du centre et de gauche à laquelle Cimoszewicz appartient aussi seront responsables du fait que la Pologne « sera encore soumise à différents types de sanctions économiques ».

Selon des sondages, la confédération d’extrême droite gagne en popularité, avec environ 7 % des intentions de vote, et contribue à faire de la question de la restitution une thématique de campagne.

Le Premier ministre Mateusz Morawiecki a déclaré au début du mois que la Pologne était la plus grande victime de la guerre.

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki arrive lors d’un sommet informel de l’UE à Salzburg, en Autriche, le 20 septembre 2018 (Crédit : AP Photo/Kerstin Joensson)

« Nous avons eu le plus de victimes assassinées pendant la Deuxième Guerre mondiale et nous n’accepterons jamais quel que versement qu’il soit à quiconque pour cette raison, aucune compensation », a déclaré Morawiecki.

La Pologne rend des cimetières d’avant guerre et des vieilles synagogues aux communautés juives, mais elle n’a pas adopté de loi pour organiser la restitution de propriétés privées.

« Les questions de restitution concernent tous les citoyens polonais, quelles que soient leurs origines ethniques et nécessite un sérieux travail législatif », a déclaré l’Association des communautés religieuse juives dans un communiqué publié sur Facebook. L’organisation a souligné qu’elle serait contente de participer à des discussions constructives « afin de résoudre le problème et de ne pas aller vers une escalade de haine et de fausses déclarations sur notre minorité ».

« Nous appelons aussi au respect des victimes de la Shoah et des Justes qui ont sauvé [des Juifs], au péril de leurs vies et qui l’on fait au nom de valeurs communes », a-t-elle ajouté.

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