Le dernier Juif afghan ne veut pas quitter le pays, ni divorcer de sa femme
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Le dernier Juif afghan ne veut pas quitter le pays, ni divorcer de sa femme

Zebulon Simantov, 62 ans, refuse depuis deux décennies d'accorder le divorce religieux à sa femme en Israël - cela pourrait lui valoir des poursuites s'il fuyait vers l'État juif

Zebulon Simantov lit un livre de prières avant de célébrer Rosh Hashanah à Kaboul, en Afghanistan, le 18 septembre 2009. (Crédit : Paula Bronstein/Getty Images/File via JTA)
Zebulon Simantov lit un livre de prières avant de célébrer Rosh Hashanah à Kaboul, en Afghanistan, le 18 septembre 2009. (Crédit : Paula Bronstein/Getty Images/File via JTA)

JTA – Alors que les talibans ont pris le contrôle total de l’Afghanistan cette semaine, certains se sont inquiétés d’une personne en particulier : le dernier Juif du pays, Zebulon Simantov, 62 ans.

Simantov, qui a vécu ces dernières années dans la seule synagogue de Kaboul, a déclaré au début de l’année qu’il partirait avant l’arrivée des talibans, peut-être pour Israël. Il a également déclaré que les talibans l’avaient emprisonné pendant la dernière période de pouvoir du groupe musulman fondamentaliste en Afghanistan, qu’ils avaient essayé de le convertir et qu’ils l’avaient considéré comme un infidèle.

Quelques jours après la prise de pouvoir par les talibans, l’endroit où se trouve actuellement Simantov reste indéterminé.

Entre-temps, les médias israéliens ont révélé de nouvelles informations sur la situation familiale de ce marchand de tapis et ancien restaurateur qui a grandi dans la ville d’Herat – notamment qu’il refusait depuis des décennies d’accorder le divorce à sa femme.

Voici ce que nous savons à l’heure actuelle.

De nombreuses personnes tentent d’aider Simantov, mais il n’est pas certain qu’il le veuille.

Plusieurs organisations juives ont exprimé leur volonté d’aider Simantov s’il souhaitait partir. Et Mendy Chitrik, président de l’Alliance des rabbins dans les États islamiques, a déclaré avoir été en contact avec les autorités de Turquie, où il vit, au sujet de Simantov.

Zebulon Simantov touche la mezouza sur le seuil de sa porte, un signe manifeste de résidence juive. (Crédit : Ezzatullah Mehrdad/Times of Israel)

Mais un employé d’un groupe juif a déclaré à la Jewish Telegraphic Agency qu’un journaliste à Kaboul avait contacté Simantov dimanche, et que Simantov avait dit au journaliste qu’il ne partirait pas.

Moti Kahana, un homme d’affaires israélo-américain, a déclaré que des personnes désireuses de faire sortir Simantov d’Afghanistan l’avaient contacté après la prise de contrôle, mais qu’il avait refusé, exigeant plutôt un « financement personnel ».

Ce n’était pas la première fois que Simantov tentait d’extorquer de l’argent à une personne cherchant à le contacter. « Je ne descends pas en dessous de 200 dollars », aurait-il déclaré à un journaliste d’un organe de presse allemand en 2015. Un autre compte-rendu de l’année dernière explique que Simantov avait exigé 500 dollars à un journaliste israélien pour une interview, pour finalement se contenter de 100 dollars.

Amie Ferris-Rotman, une journaliste juive britannique qui travaillait en Afghanistan, a déclaré à la Jewish Telegraphic Agency « qu’il aimait vraiment l’alcool et insistait pour que les journalistes qui voulaient l’interviewer en apportent ».

On ignore si Simantov s’est exprimé publiquement depuis que les talibans ont pris Kaboul. Mardi, une chaîne d’information indienne, WION, l’a cité comme ayant déclaré qu’il ne quitterait pas l’Afghanistan, mais le reportage ne contenait que des images d’archives.

Son refus de divorcer de sa femme a suscité l’intérêt de la diplomatie internationale par le passé.

Des articles sur Simantov ont indiqué que sa femme et ses filles avaient déménagé en Israël en 1998. Mercredi, les médias israéliens ont révélé qu’il refusait depuis plus de 20 ans de divorcer de sa femme conformément à la loi juive. (En 2010, le Yedioth Aharonoth avait déjà fait état des tentatives de divorce de la femme de Simantov, qui vit à Holon, près de Tel Aviv, et qui n’a pas été nommée dans les médias israéliens.)

Zebulon Simantov tenant son livre de prières juif. (Crédit : Ezzatullah Mehrdad/Times of Israel)

Selon la loi juive, un « guet », ou acte rabbinique de divorce, est nécessaire pour que les femmes puissent ensuite se remarier. Les femmes dont les maris refusent de donner un guet sont connues sous le nom de « agunot », ou femmes enchaînées, et leur statut est très inférieur dans le judaïsme orthodoxe. Ces dernières années, les rabbins orthodoxes se sont efforcés de s’attaquer à ce problème.

Cela a notamment été le cas il y a une décennie, en 2011, quand le rabbin Pinchas Goldschmidt, président de la Conférence des rabbins européens, a proposé de s’envoler pour Kaboul afin d’obtenir un guet pour la femme de Simantov. La journaliste Amie Ferris-Rotman avait entendu parler par des confrères israéliens des tentatives de cette femme d’obtenir un certificat de divorce juif.

« Je connaissais Zebulon et je connaissais le rabbin Goldschmidt, alors j’ai essayé de voir comment nous pouvions résoudre la situation », a déclaré Ferris-Rotman, qui vit maintenant à Londres, à JTA. Elle a ajouté que d’autres personnes avaient envisagé de faire pression sur Simantov par le passé.

Mais Simantov a refusé de rencontrer Goldschmidt, malgré que l’homme afghan se soit vu offrir – pour adoucir l’affaire – des marchandises difficiles à obtenir dans le pays. « Même après qu’Amie ait offert une caisse de scotch single malt, l’homme a refusé », a tweeté Goldschmidt mercredi.

En Israël, les hommes considérés comme des « conjoints récalcitrants » peuvent être condamnés à une peine de prison. Les médias israéliens ont déclaré que M. Simantov restait en Afghanistan pour éviter d’avoir à faire face à son divorce et aux autorités rabbiniques. Mais un porte-parole du Grand rabbinat israélien a déclaré à JTA qu’il n’était pas au courant d’une décision ou d’un édit d’un juge rabbinique dénonçant Simantov comme un conjoint récalcitrant, ou « sarvan ».

Ferris-Rotman a déclaré qu’elle avait demandé à Simantov pourquoi il ne voulait pas accorder le divorce à sa femme. Il a répondu : « Oh, elle, j’en ai fini avec elle. »

Il a déjà eu des relations compliquées avec les autres.

« C’est une sorte de vieil homme aigri », a déclaré Ferris-Rotman, qui communiquait avec Simantov en russe, qu’il ne parle pas très bien. Simantov, dont la langue principale est le dari, le dialecte afghan du persan, parle également un hébreu approximatif.

Simantov a entretenu une relation notoirement mauvaise avec l’autre Juif de Kaboul, Ishaq Levin, jusqu’à la mort de ce dernier en 2005. S’exprimant au sujet de Levin au Guardian, Simantov a déclaré que « le vieil homme était fou », se vissant un doigt contre sa tempe pour illustrer son propos.

Un combattant taliban est assis à l’arrière d’un véhicule équipé d’une mitrailleuse devant la porte principale menant au palais présidentiel afghan, à Kaboul, en Afghanistan, le 16 août 2021. (Crédit : Rahmat Gul/AP)

Selon l’article, les deux hommes vivaient aux extrémités opposées de la synagogue et ne s’échangeaient que des jurons. Selon les histoires que Simantov a racontées aux journalistes au fil du temps, chaque homme s’était adressé aux talibans pour accuser l’autre de comportement criminel. Il a déclaré que les deux hommes s’étaient tellement disputés en prison que les talibans les avaient libérés tous les deux – bien que le groupe terroriste ait conservé une Torah que Levin et Simantov avaient essayé de récupérer.

Un article publié mercredi a suggéré que Daniel Kurtzer, ambassadeur des États-Unis en Israël de 2001 à 2005, pourrait également avoir été impliqué dans les négociations au sujet du divorce de Simantov. Mais d’après ses souvenirs, Kurtzer aurait plutôt travaillé sur cette question pour Ishaq Levin, le voisin et ennemi de Simantov.

« Ce que j’ai fait, c’est de faire en sorte qu’un aumônier juif de l’armée américaine se rende à la synagogue de Kaboul où vivait cet homme, et d’essayer de le persuader de donner un guet. L’aumônier est revenu me voir pour me dire que l’homme n’était pas disposé à le faire », se souvient Kurtzer.

L’année suivante, l’aumônier était de retour à Kaboul et a voulu réessayer. Mais il a appris que le mari était mort, et la femme en Israël a été informée qu’elle n’était plus une « agunah », mais une « almana », ou veuve.

Son sort sous les talibans n’est pas clair.

Simantov a été une personnalité locale bien connue. Les journalistes venaient régulièrement le voir et certains chauffeurs de taxi savaient où il habitait à Kaboul, où de nombreuses rues n’ont pas de nom.

Cela signifie que les talibans savent exactement ce qu’il pense. Contrairement à Ishaq, qui a déclaré ne pas avoir de problème avec les talibans, mais seulement avec Simantov, ce dernier n’a jamais caché son mépris pour les talibans. Mme Ferris-Rotman a déclaré que c’était le cas lorsqu’elle vivait en Afghanistan, et que c’était encore le cas ce printemps lorsque Simantov a réalisé une interview à l’antenne.

Des hommes ajustent le drapeau taliban avant l’arrivée du porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid (non visible), qui s’est exprimé lors de la première conférence de presse du groupe à Kaboul, le 17 août 2021, après la prise de contrôle de l’Afghanistan par les talibans. (Crédit : Hoshang Hashimi / AFP)

Pour l’instant, les talibans affirment que M. Simantov n’a aucune raison d’avoir peur. Mardi, un journaliste israélien du diffuseur Kan a demandé à Suhail Shaheen, un porte-parole des talibans basé à Doha, au Qatar, si Simantov serait en sécurité sous le nouveau régime.

Shaheen, qui a déclaré depuis ne pas savoir qu’il s’adressait alors à un média israélien, a répondu : « Nous ne faisons pas de mal aux minorités. Il y a des sikhs et des hindous dans le pays, et ils ont leur liberté religieuse. »

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