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Analyse

Le difficile équilibre à trouver pour Israël dans le conflit en Ukraine

Avec les forces russes basées en Syrie et environ un million de ses citoyens originaires de l'ex-URSS, l'Etat hébreu se retrouve, malgré lui, dans l'étau du conflit

Un enfant joue avec canon antiaérien au musée de la guerre, à Kiev, en Ukraine, le 23 février 2022. (Crédit : AP/Emilio Morenatti)
Un enfant joue avec canon antiaérien au musée de la guerre, à Kiev, en Ukraine, le 23 février 2022. (Crédit : AP/Emilio Morenatti)

Avec les Etats-Unis comme allié historique, des forces russes basées en Syrie voisine et environ un million de ses citoyens originaires de l’ex-URSS, Israël tente de trouver un difficile équilibre après l’invasion de l’Ukraine.

A Bat Yam, ville en banlieue de la métropole Tel-Aviv où se sont établis des milliers de juifs russes et ukrainiens ces dernières années, les bombardements russes sur l’Ukraine ont eu l’effet jeudi d’un choc.

Natalia Kogan, 57 ans, vendeuse dans un supermarché où les bières brassées en Ukraine côtoient celles de Russie, dit avoir été « effarée » à l’annonce de ces frappes, alors que ses parents habitent en Ukraine.

« J’ai dit à ma mère et à mon père de ne pas stresser, je pense que ça ne va durer qu’un jour ou deux, que la (guerre) ne se fera que contre les militaires », espère cette femme aux cheveux blonds, se disant « plus en sécurité » en Israël, pays qui a pourtant connu l’an dernier une guerre avec le groupe terroriste islamiste du Hamas à Gaza.

Max, 33 ans, originaire de Russie et ayant immigré à l’âge de huit ans en Israël, dit « comprendre » qu’aux yeux du président russe Vladimir Poutine, la possible adhésion de l’Ukraine à l’Otan « menace la Russie ».

« Mais cela ne justifie pas une invasion (…) et ce qui est le plus frustrant c’est que des gens normaux souffrent », ajoute-t-il, affirmant ne pas sentir dans l’immédiat de tensions entre Ukrainiens et Russes en Israël.

Que devrait faire l’Etat hébreu dans cette affaire ? « Israël ne doit qu’évacuer (les Juifs) et fournir une aide médicale. Il ne faut pas aider la Russie, mais plutôt aider les citoyens ukrainiens et peut-être aussi parler à Poutine s’il ne se calme pas », poursuit ce jeune père de famille.

« Liens anciens »

Le chef de la diplomatie israélienne Yaïr Lapid a condamné jeudi l’invasion russe qui constitue, selon lui, une « grave violation de l’ordre mondial ». Mais il a souligné les « liens anciens, profonds et proches » unissant l’Etat hébreu à la Russie et l’Ukraine, principaux viviers de l’aliyah, immigration juive en Israël.

Israël avait demandé ces derniers jours à ses ressortissants en Ukraine de quitter le pays. Jeudi, après les premières frappes russes, des vols vers Tel-Aviv ont été annulés forçant les milliers d’Israéliens actuellement en Ukraine, par ailleurs lieu d’un important pèlerinage juif orthodoxe, à se rendre dans des pays européens voisins pour s’envoler ensuite vers Israël.

« Nous sommes prêts à accueillir des milliers d’immigrants juifs d’Ukraine », a déclaré jeudi la ministre de l’Immigration Pnina Tamano-Shata, dont le gouvernement n’a pas annoncé de sanctions contre la Russie, contrairement aux Etats-Unis, premier allié de l’Etat hébreu.

« Bien qu’Israël doive condamner la violation de la souveraineté ukrainienne (par la Russie), nous ne pouvons ignorer que l’armée russe se trouve à notre frontière nord (en Syrie). C’est une question de sécurité nationale » pour Israël, explique à l’AFP Michael Oren, historien et ex-ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis.

L’ancien député et ambassadeur d’Israël aux États-Unis Michael Oren parle pendant un segment de Behind the Headlines, le 30 mai 2021. (Times of Israel)

Depuis 2015, la Russie est déployée militairement en Syrie, pays voisin d’Israël, en soutien aux forces du président Bachar al-Assad.

« Equilibre délicat »

Cette intervention, à grand renfort de bombardements meurtriers et de destructions massives, a changé le cours de la guerre dans ce pays et permis au régime de Damas de remporter des victoires décisives, regagnant le terrain qu’il avait perdu face aux rebelles et aux jihadistes.

Et il ne faut pas oublier l’importante communauté juive de Russie, ajoute M. Oren. « Nous ne pouvons pas retourner à une situation où Israël serait privé de contact avec eux », estime-t-il.

Les relations d’Israël étaient « terribles » avec l’ex-URSS mais se sont « améliorées » avec la Russie de Vladimir Poutine, souligne Itamar Rabinovich, ex-haut diplomate israélien qui suit de près la politique d’Israël à l’égard de la Syrie, d’où opèrent des groupes pro-Iran, ennemi N.1 de l’Etat hébreu.

Itamar Rabinovich, ancien ambassadeur d’Israël aux États-Unis, s’exprimant à l’Institute for National Security Studies à Tel Aviv, le 9 novembre 2016. (Andrew Tobin/JTA)

Au cours des dernières années, l’armée israélienne a multiplié les frappes aériennes contre ces groupes sans en être, du moins officiellement, empêché par la Russie.

« La Russie permet à Israël de mener sa guerre contre l’Iran sans toutefois empêcher l’Iran de poursuivre ses objectifs en Syrie », souligne M. Rabinovich. « Nous ne voulons pas mettre en péril cet équilibre délicat dans notre relation avec la Russie ».

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