Le erouv de New York City compte – enfin – sur les nouvelles technologies
Une clôture métallique autour de Manhattan contourne l'interdiction de porter pendant Shabbat ; de nouveaux capteurs magnétiques aident Moshe Tauber à vérifier qu'elle n'a pas été compromise
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New York Jewish Week — Vers 6 h 15, par un récent jeudi matin, le rabbin Moshe Tauber a garé sa camionnette sur la voie de convergence de la Henry Hudson Parkway, au niveau de la 72ᵉ rue. Il a allumé ses feux de détresse, puis est sorti précipitamment du véhicule avec une lampe torche. Son épouse, Chaya, assise sur le siège passager, l’observait avec inquiétude.
Le rabbin Tauber, 51 ans, a levé la tête, a braqué sa lampe torche sur le fil de pêche en nylon tendu à 9 mètres du sol entre deux poteaux, puis est retourné en courant vers la voiture. Tout était en ordre – la démarcation était intacte.
Depuis 25 ans, ce processus fait partie de la routine du rabbin les jeudis et vendredis matins : il quitte son domicile de Monsey, une enclave orthodoxe du comté de Rockland, plusieurs heures avant le lever du soleil afin de faire le tour de l’île de Manhattan.
Sa mission : vérifier chaque partie du erouv de ce quartier, cette frontière symbolique marquée par des cordes et d’autres éléments artificiels et naturels, qui permet aux Juifs pratiquant se trouvant à l’intérieur de transporter des objets tels que de la nourriture, des clés et même des bébés, pendant Shabbat et certaines fêtes.
Depuis 1999, le rabbin Tauber est chargé de l’entretien du erouv qui doit être intact pour être considéré comme casher. Il estime qu’il n’est pas logique que quelqu’un d’autre le remplace, simplement parce qu’il connaît très bien le erouv et peut s’en occuper efficacement, après l’avoir inspecté pendant tant d’années. Avec l’accord de Chaya, il a même manqué la naissance de son treizième et plus jeune enfant, aujourd’hui âgé de 7 ans, pour vérifier le erouv un vendredi matin. Il s’est immédiatement rendu à l’hôpital pour voir sa femme et son nouveau-né après avoir terminé son inspection.
« Je ne sais pas si je peux expliquer ce que j’aime dans ce travail », dit-il.
« Je l’aime, c’est tout. »
Aujourd’hui, pour la première fois, l’inspecteur du erouv bénéficie d’une assistance high-tech.
Installé en août, un nouveau système de capteurs, créé par l’entrepreneur technologique Jerry Kestenbaum (également fondateur de la société de logiciels pour bâtiments résidentiels BuildingLink), se fixe magnétiquement à plusieurs endroits du erouv. Les 142 capteurs détectent les changements d’angle du fil et envoient un signal à un récepteur détenu par Spectrum on Broadway, la société d’éclairage et d’électricité chargée de l’entretien de la ligne, selon les instructions de Tauber. Les capteurs, qui fonctionnent à piles, sont conçus pour durer entre six et dix ans. Ils sont scellés dans un boîtier étanche.
« Cela me rassure », souligne le rabbin Tauber.
Toutefois, il ne prévoit pas de céder entièrement la surveillance aux machines, affirmant : « Je sais que je dois vérifier, car les capteurs ne sont pas fiables à 100 %. »
Ces capteurs constituent la première innovation majeure apportée au plus grand erouv de Manhattan, installé en 1999 à la demande d’Adam Mintz, alors rabbin de la synagogue de Lincoln Square, afin de ceinturer son quartier de l’Upper West Side.
Avant la mise en place du erouv à l’échelle du quartier, différentes parties de la ville avaient chacune le leur, mais il était interdit de passer de l’une à l’autre en transportant quoi que ce soit pendant Shabbat.
Selon la loi juive orthodoxe – halakha -, aucun objet ne peut être transporté hors du domicile pendant Shabbat, jour de repos et de prière. Conscients que cela pouvait constituer une contrainte, les rabbins de l’époque talmudique ont imaginé une solution : le erouv étendrait la zone « privée » dans laquelle le transport est autorisé. Malgré certaines objections de la communauté – parfois de la part de Juifs et de non-juifs qui craignent que le erouv ne modifie le « caractère » de leur quartier, ou de défenseurs des libertés civiles qui s’inquiètent des zones grises entre le religieux et l’État -, presque toutes les communautés pratiquantes, des grandes villes aux petites bourgades, sont entourées d’un erouv.
Le erouv de Lincoln Square a été étendu à plusieurs reprises depuis 1999 et englobe désormais la majeure partie de Manhattan, de la 145ᵉ rue, entre Riverside Drive et Malcolm X Boulevard, au nord, jusqu’à FDR Drive, puis jusqu’au sud de Manhattan, au niveau du South Street Ferry, et enfin jusqu’à Henry Hudson Parkway.
Depuis qu’il est inspecteur, le rabbin Tauber n’a jamais failli à son devoir envers le erouv. Il a veillé à ce qu’il reste intact après les attentats du 11 septembre 2001 (il ne s’étendait pas encore jusqu’au centre-ville à l’époque), après la panne d’électricité qui a touché toute la ville en 2003, après l’ouragan Sandy en 2012, et tout au long de la pandémie du COVID-19. Au cours des 25 années d’inspection de Tauber, le erouv était non opérationnel qu’une seule fois, lors d’une tempête de neige, un Shabbat, en 2010.
En plus de vérifier le erouv deux fois par semaine, le rabbin aide sa femme à gérer une crèche et enseigne aux garçons dans une école juive. Il n’a pas pris de vacances de plus de quelques jours depuis un quart de siècle.
Chaya dit avoir une théorie sur les raisons pour lesquelles il aime tant son travail.
« [C’est] pendant les nombreuses heures d’une semaine bien remplie – il a d’autres emplois, ce n’est pas son seul travail – qu’il peut être seul », explique-t-elle.
« Un moment de calme. Je pense qu’il aime aussi voyager. »
Il y a deux semaines à peine, il a contribué à la mise en place d’un erouv autour du centre hospitalier de l’université Columbia à Washington Heights et des appartements environnants. À terme, le projet est de le relier au erouv principal de Manhattan, puis éventuellement à d’autres erouvim plus petits dans le nord de Manhattan. Des erouvim plus restreints couvrent déjà certaines parties de Washington Heights, où vivent de nombreux Juifs pratiquants, notamment le quartier qui abrite la Yeshiva University, fleuron de l’orthodoxie.
Kestenbaum, dont la nouvelle entreprise, Aware Buildings, fournit des capteurs pour la sécurité domestique, a déclaré que l’idée d’utiliser la technologie électronique pour le erouv lui était venue lors d’une conversation avec Mintz, aujourd’hui chef rabbinique de la communauté juive Kehilat Rayim Ahuvim (The Shtiebel) dans l’Upper West Side, au centre communautaire juif Marlene Meyerson.
« Je lui disais que les capteurs pouvaient être utilisés pour de nombreuses tâches que nous avons l’habitude d’effectuer manuellement », explique Kestenbaum, dont l’épouse s’est convertie au judaïsme sous la supervision de Mintz.
« C’est un erouv compliqué où l’environnement déployé évolue », explique Kestenbaum.
« Ce n’est pas comme en banlieue, où le contour du erouv reste constant. Des problèmes surviennent. Des échafaudages sont installés. D’autres événements se produisent. Le travail hebdomadaire lié au erouv ne consiste pas seulement à réparer, mais parfois aussi à modifier le tracé. »
Ce sont ces complications qui poussent le rabbin Tauber à sortir de chez lui vers 3 h 30 du matin les jours d’inspection. Non seulement il évite les heures de pointe, mais une fois que le soleil commence à se lever, il est beaucoup plus difficile de voir le fil.
Désormais, les capteurs l’aident à localiser les fils plus facilement et en toute sécurité.
« Avant, je sortais de la voiture parce que je ne voyais rien sans les capteurs », explique le rabbin en montrant une section près du pont de Manhattan.
« Vous voyez les capteurs ? Vous n’avez pas besoin de voir la ligne elle-même. »
Le rabbin Tauber a été surpris par la volonté de divers organismes municipaux et équipes de construction de s’adapter à son travail inhabituel.
« Même si nous sommes juifs et que nous savons que nous ne sommes pas les personnes les plus appréciées ici, je n’ai jamais eu de problème avec les responsables d’organisations ou de départements, ni même avec les entreprises de construction — ils sont toujours compréhensifs », explique-t-il.
« Ils semblent toujours admirer quelque chose qui relève de la religion. »
Pour Chaya, les réveils matinaux et les vacances limitées en valent la peine, car le travail de son époux permet aux Juifs de Manhattan de respecter facilement l’une des principales lois du Shabbat.
« Il y a beaucoup moins de profanation du Shabbat », explique Chaya, ajoutant que lorsque le erouv est en place, « au moins, ils ne transgressent pas cette halakha particulière. C’est ce qui rend ce travail si responsable ».
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