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Le géant pharmaceutique Bayer va ouvrir un centre de cybersécurité en Israël

La multinationale allemande va mettre en place une importante unité dans le pays chargée de créer des partenariats avec les entreprises technologiques locales spécialisées

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

Le logo de Bayer au siège de l'entreprise pharmaceutique à Berlin, le 23 mai 2016. (Crédit : (brunocoelhopt via iStock by Getty Images)
Le logo de Bayer au siège de l'entreprise pharmaceutique à Berlin, le 23 mai 2016. (Crédit : (brunocoelhopt via iStock by Getty Images)

Le géant pharmaceutique Bayer ouvrira un centre de cybersécurité en Israël dans le cadre des opérations de cybersécurité globales de la multinationale allemande, une tentative de créer des contacts avec l’un des secteurs les plus forts de l’écosystème technologique local de l’État juif et d’établir des partenariats.

Hugo Hagen, directeur et chef de la division du pays de Bayer Israël, a fait cette annonce mercredi aux côtés du ministère de l’Économie et de l’Industrie suite à la visite en Israël, cette semaine, de cadres de Bayer.

Israël accueille actuellement la conférence Cyber Week à l’université de Tel Aviv, un sommet annuel de cybersécurité qui réunit des responsables du gouvernement, des autorités des renseignements, des entrepreneurs et des cadres du monde entier. Le Premier ministre sortant Naftali Bennett et le ministre de la défense Benny Gantz ont pris la parole lors de cet événement, cette année, avertissant que le cyberespace serait le front le plus important des guerres à l’avenir – avec notamment des attaques commises contre des infrastructures déterminantes comme l’énergie, l’eau ou les opérations de chaîne d’approvisionnement.

Israël est un moteur en matière de cybersécurité, avec des entreprises dans le secteur qui ont soulevé la somme record de 8,8 milliards de dollars en 20211 – un chiffre qui représente 40% des fonds récoltés, au total, par les firmes spécialisées en cybersécurité dans le monde entier, selon des données transmises par l’Administration nationale de cybersécurité israélienne.

Les exportations globales d’Israël dans le domaine de la cybersécurité ont été estimées à 11 milliards de dollars en 2021, selon des données distinctes de l’Institut des exportations israélien.

Un certain nombre de multinationales ont ouvert des centres de cybersécurité en Israël – notamment Mastercard, le japonais JIT multinational Fujitsu, Anheuser-Busch InBev (AB InBev), plus important fabricant de bière au monde, et la firme de conseil PricewaterhouseCoopers.

Du côté de Bayer, Hagen a indiqué dans un communiqué, mercredi, qu’en tant « qu’entreprise engagée dans la recherche et le développement dans des domaines déterminants relatifs aux sciences de la vie, la capacité à s’intégrer à l’écosystème unique de cybersécurité du marché israélien, ainsi que la capacité à s’intégrer dans des secteurs comme l’innovation médicale et le développement agricole sont une opportunité de nous intégrer en tant qu’acteurs sur le marché israélien, ce qui offre une valeur ajoutée à la fois à Bayer et à l’écosystème ».

Hugo Hagen, directeur général de Bayer Israël. (Autorisation : Danit Nitzan / Bayer)

Biotech et les firmes pharmaceutiques sont des cibles favorisées pour les cyberattaques, selon les experts. En 2017, la compagnie Merck avait été l’une des victimes de l’une des pires cyberattaques, parmi les plus destructrices dans le monde – NotPetya, un malware dont la création avait été attribuée à la Russie. Le virus s’était propagé dans le monde entier, depuis les hôpitaux jusqu’aux banques en passant par les magasins, les plus importantes multinationales et corporations et les entreprises de fabrication, entraînant des milliards de perte financière.

Le centre de Bayer sera installé dans les locaux existants de la firme en Israël à Hod Hasharon, dans le centre du pays, et il œuvrera à créer des collaborations avec les start-ups et les entreprises israéliennes du domaine de la cybersécurité.

Le nouveau centre sera l’une des unités les plus grandes de Bayer en interne, a indiqué le ministère de l’Économie.

Le directeur-général du ministère, le docteur Ron Malka, a déclaré pour sa part qu’Israël avait une importante force d’attraction sur les multinationales et « qu’il n’y a aucun doute sur le fait que de tels liens qui sont tissés contribuent à l’emploi, à l’innovation, à l’amélioration de l’image d’Israël, attirant aussi d’autres investissements ».

Malka a salué l’expansion de Bayer au sein de l’État juif et il a ajouté que le ministère œuvre actuellement « à créer des liens similaires à l’avenir ».

Bayer — l’inventeur de l’aspirine et fabricant de produits en vente libre comme la Claritine, Alka-Seltzer et Aleve, ainsi que du médicament contre le cancer sur ordonnance Nexavar — a des activités au sein de l’État juif depuis 2008, et la firme a su profiter d’opportunités locales dans le secteur pharmaceutique comme dans le secteur des technologies agricoles. La compagnie a investi dans la firme de génomique végétale Evogene en 2010 ; dans Compugen Ltd., fabricant d’une immunothérapie contre le cancer en 2010, et dans le développeur de technologies d’irrigation au goutte-à-goutte Netafim en 2016.

Le siège de Bayer AG à Leverkusen, en Allemagne. (Autorisation)

En 2016, Bayer a établi un fonds d’innovation agricole avec le Trendlines Group, une compagnie d’investissement, pour soigner les maladies bactériennes qui touchent les récoltes et la firme a mis en place un partenariat avec l’incubateur en biotechnologie FutuRx pour soutenir les start-ups spécialisées dans les technologies thérapeutiques innovantes.

La firme collabore aussi avec Prospera Technologies pour améliorer les rendements agricoles à l’aide de l’intelligence artificielle et des méthodes de collecte de données innovantes qui ont été développées par la start-up israélienne.

En 2019, une délégation de 19 hauts-responsables de Bayer était venue en Israël pour y conclure des partenariats et chercher des opportunités d’investissement dans les start-ups locales dans les secteurs de la biotechnologie et de la santé numérique. Des visites similaires n’avaient été effectuées jusqu’à ce moment-là que dans les pays considérés comme leaders dans les domaines de la biotechnologie, de la pharmacie et de l’innovation numérique, notamment en Allemagne, en Chine et aux États-Unis.

La délégation de Bayer en Israël avec le docteur Ron Malka, directeur-général du ministère de l’Économie et de l’Industrie, le 29 juin 2022. (Crédit : Gideon Sharon/ Ministry of Economy and Industry)

Hagen lui-même se trouve en Israël depuis 2019, en quête de technologies israéliennes dans les secteurs pharmaceutique, agricole ou de la santé numérique au nom de Bayer AG, entreprise allemande dont les activités se consacrent aux sciences de la vie et qui a fêté son 150e anniversaire – l’une des entreprises les plus performantes au monde en matière de vente.

Dans un entretien accordé l’année dernière au Times of Israel, Hagen avait déclaré que son travail était de signaler aux responsables de la compagnie, basés au siège de cette dernière, les nouveautés survenant dans l’écosystème local et de les alerter des dernières avancées. La concurrence visant à découvrir la dernière innovation en date survenant dans l’écosystème des start-ups israéliennes est forte.

« Il y a un si grand nombre d’entreprises qui sont là pour repérer les bonnes idées », avait-il indiqué. « S’il y a une entreprise israélienne avec de bonnes données concernant des essais cliniques de phase II, je peux vous promettre qu’il y a déjà un grand nombre de firmes pharmaceutiques qui sont d’ores et déjà au courant. »

L’année dernière, , la branche d’investissement de Bayers – Leaps – a investi dans la firme biotechnologique israélienne Ukko, fondée au sein de l’État juif, qui est parvenue à soulever une somme totale de 40 millions de dollars auprès d’investisseurs lors d’une levée de fonds de série B, concernant l’usage de l’intelligence artificielle et de l’ingénierie des protéines dans le développement d’une alimentation plus saine et de traitements qui seront mis au point pour combattre les allergies alimentaires.

Bayer a aussi signé un accord de collaboration, au mois de juin dernier, pour étudier de nouveaux médicaments sur des tissus du cœur humain remodelés en 3D par l’université de Tel Aviv.

Mais la compagnie allemande n’a encore procédé à aucune acquisition en matière de firmes israéliennes et elle a traversé une période de turbulence au lendemain de son achat, en 2016, de la firme américaine Monsanto, spécialisée dans les technologies agricoles, au prix de 66 milliards de dollars. En plus de la compagnie, Bayer a acquis ce qui s’est avéré être plus de dix milliards de dollars de règlement de plaintes déposées concernant l’utilisation du désherbant Roundup qui avait été développé par Monsanto et qui a entraîné des cancers. Sa capitalisation boursière est alors tombée du chiffre record de 116,8 milliards de dollars en 2017 à seulement 46,1 milliards de dollars au mois d’octobre. Elle est depuis remontée à 63,9 milliards de dollars au mois de juin 2022.

Shoshanna Solomon a contribué à cet article.

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