Israël en guerre - Jour 150

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Opinion

Le Hamas veut nous donner envie de ne plus vivre en Israël. La « victoire », c’est lorsque cette menace est vaincue

En combattant à Gaza, l’armée israélienne entame un long processus visant à restaurer la confiance du public dans sa capacité à nous protéger d’ennemis sauvages et amoraux ; ce n'est pas le cas de nos dirigeants politiques

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

  • Yael Adar, à droite, et d'autres proches des Israéliens détenus en otage par les terroristes du Hamas à Gaza depuis le massacre du 7 octobre, lors d'une conférence de presse à Tel Aviv, le 4 décembre 2023. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
    Yael Adar, à droite, et d'autres proches des Israéliens détenus en otage par les terroristes du Hamas à Gaza depuis le massacre du 7 octobre, lors d'une conférence de presse à Tel Aviv, le 4 décembre 2023. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
  • Les Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de la Knesset à Jérusalem, le 4 décembre 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
    Les Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de la Knesset à Jérusalem, le 4 décembre 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
  • Le ministre de la Défense Yoav Gallant, au centre, et le ministre Benny Gantz, à droite avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à gauche, lors d'une conférence de presse conjointe organisée au ministère de la Défense, à Tel Aviv, le 11 novembre 2023. (Crédit : 
Marc Israel Sellem/POOL)
    Le ministre de la Défense Yoav Gallant, au centre, et le ministre Benny Gantz, à droite avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à gauche, lors d'une conférence de presse conjointe organisée au ministère de la Défense, à Tel Aviv, le 11 novembre 2023. (Crédit : Marc Israel Sellem/POOL)
  • Image d'émeutes sur la frontière avec Gaza, le 28 septembre 2018 (Autorisation :Armée israélienne)
    Image d'émeutes sur la frontière avec Gaza, le 28 septembre 2018 (Autorisation :Armée israélienne)
  • Cette photo diffusée par l'armée israélienne le 3 décembre 2023 montre des soldats dans la bande de Gaza lors de la guerre contre le Hamas (Crédit : Armée israélienne)
    Cette photo diffusée par l'armée israélienne le 3 décembre 2023 montre des soldats dans la bande de Gaza lors de la guerre contre le Hamas (Crédit : Armée israélienne)
  • Des véhicules militaires israéliens près de la frontière avec la bande de Gaza, le 3 décembre 2023. (Crédit : Menahem KAHANA / AFP)
    Des véhicules militaires israéliens près de la frontière avec la bande de Gaza, le 3 décembre 2023. (Crédit : Menahem KAHANA / AFP)
  • Des Palestiniens sur le site d'une frappe aérienne israélienne à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 4 décembre 2023. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)
    Des Palestiniens sur le site d'une frappe aérienne israélienne à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 4 décembre 2023. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Presque deux mois après le massacre barbare du Hamas, qui a tué 1 200 personnes dans le sud d’Israël – le groupe terroriste a aussi enlevé 240 personnes – et au moment où l’offensive terrestre reprend et qu’elle s’étend dorénavant au sud de la bande de Gaza, ce qu’Israël a pu réussir dans son objectif déclaré de « démanteler le Hamas » n’est absolument pas évident. En fait, il est même difficile de dire ce que signifie en réalité « démanteler le Hamas » et dans quelle mesure une telle mission est réalisable.

Au sein de l’establishment de la Défense, les discussions portent sur la nécessité de rendre inopérants les 24 bataillons du groupe terroriste. L’évaluation qui est aujourd’hui faite, c’est que la majorité des bataillons qui étaient implantés dans le nord de la bande de Gaza ne sont plus opérationnels et qu’environ 5 000 hommes armés du Hamas ont été tués au sein de l’enclave côtière (en plus du millier d’hommes armés qui ont été tués sur le territoire israélien en date du 7 décembre).

L’accent est mis sur la destruction des systèmes d’armement du Hamas, de ses entrepôts et de ses centres de contrôle et de commandement. Il y a aussi un effort concerté qui vise à détruire, autant que possible, son vaste réseau de tunnels souterrains. Et il y a également l’importance de dénicher et d’éliminer tous les commandants du Hamas, et en particulier le quatuor qui se trouve à sa tête : Yahya Sinwar, son frère Mohammad, Marwan Issa et Mohammed Deif.

L’armée semble avoir repris son offensive au sol sans avoir essuyé de revers majeurs avec la trêve. Mais les scènes qui ont marqué certaines libérations d’otages, la semaine dernière – avec des démonstrations de force arrogantes et élaborées de la part du Hamas et du Jihad islamique palestinien, des cérémonies de transfert dont la mise en scène donnait la nausée organisées notamment dans le centre de Gaza City où les forces israéliennes s’étaient précédemment déployées – soulèvent des questionnements sur les défaites réellement essuyées par le Hamas et ce, même dans le nord de Gaza.

Des terroristes du Hamas et du Jihad islamique se félicitent après avoir remis des otages à la Croix-Rouge à Rafiah, dans le sud de la bande de Gaza, le 28 novembre 2023. (Crédit : AFP)

L’armée israélienne avance-t-elle, triomphante, vers la conquête de tous les bastions majeurs du Hamas – y compris la forteresse de Khan Younès, dans le sud, où une grande partie des dirigeants du groupe terroriste et de nombreux otages se trouveraient, selon de nombreux responsables de l’establishment de la Défense ?

Ou établit-elle une mainmise fugace sur ces secteurs que les hommes armés du Hamas ont fui dans l’intervalle, prêts à faire leur réapparition si les militaires israéliens devaient y réduire leur présence ou se retirer ?

Des Palestiniens sur le site d’une frappe aérienne israélienne à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 4 décembre 2023. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

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Les responsables israéliens, s’exprimant en privé, reconnaissent que l’armée israélienne a changé son plan pour l’offensive terrestre qui sera menée dans le sud de Gaza, au vu des critiques nombreuses – publiques et privées – qui ont été faites par les Américains sur la manière dont ils ont géré la guerre dans le nord du territoire.

Lors d’une conférence de presse hautement significative qui a été organisée jeudi dernier à Tel Aviv, le secrétaire d’État Antony Blinken, qui était en visite en Israël, a reproché à Israël « la perte massive » de vies civiles dans l’incursion terrestre telle qu’elle s’est déroulée jusqu’à maintenant. Et il a publiquement déclaré qu’Israël ne devrait pas répéter un tel scénario dans le sud – pas de nombre de victimes susceptible d’être comparable à celui qui a été enregistré dans le nord ; pas de ciblage des hôpitaux, des écoles, des structures des Nations unies ou des infrastructures civiles ; pas d’évacuation des réfugiés à une échelle similaire au déplacement des populations du nord, et des zones plus sûres où les évacués pourront échapper aux combats.

Blinken a affirmé que l’armée israélienne « sophistiquée » pouvait atteindre son but d’éliminer le Hamas même dans le cadre de ces limitations – tout en reconnaissant les opérations menées par le Hamas depuis les hôpitaux, depuis les établissements scolaires et autres structures civiles, ainsi que l’utilisation, par le groupe terroriste, des mêmes civils comme autant de boucliers humains.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken s’exprimant lors d’une conférence de presse, à l’ambassade des États-Unis, à Jérusalem, le 30 novembre 2023. (Crédit : Capture d’écran YouTube ; utilisée conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d’auteur)

De hauts-responsables militaires israéliens ont indiqué que la tactique employée par l’armée dans le nord de Gaza avait impliqué d’encourager les non-combattants à évacuer pendant des semaines ; à bombarder ensuite des secteurs ciblés – des frappes lourdes – depuis les airs avant de laisser entrer les forces terrestres qui se sont déplacées, bâtiment par bâtiment. Ce qui a entraîné un nombre considérable de victimes et des dégâts immenses, reconnaissent-ils, ajoutant que presque chaque immeuble était piégé et contenait des puits menant au vaste réseau de tunnels souterrains d’où apparaissaient les hommes armés du Hamas – et d’où ils étaient susceptibles d’apparaître, le cas échéant.

Dans certains secteurs, comme dans le camp de réfugiés de Shari d’où les civils ont été largement évacués, le nombre de morts a été réduit. Ce qui n’a pas été le cas, par exemple, à Jabalia – un bastion du Hamas où de nombreux Gazaouis avaient fait le choix de rester ou avaient été contraints de rester par le Hamas, ont-ils noté.

L’armée a envisagé la possibilité d’utiliser de manière plus chirurgicale ses forces terrestres dans certaines parties du sud de Gaza, mais elle estime toutefois qu’adopter l’approche qu’elle avait choisie dans le nord sera crucial dans les bastions du Hamas situés au sud de la bande pour permettre d’éviter un nombre énorme de victimes dans ses rangs.

Une nouvelle carte interactive de Gaza publiée par Tsahal divise la bande en centaines de zones. Tsahal a déclaré le 1er décembre 2023 qu’elle serait utilisée pour informer les civils palestiniens des zones de combat actives (Crédit : Capture d’écran)

Depuis la visite de Blinken, l’armée israélienne a diffusé une carte visant à aider les non-combattants à Gaza à mieux comprendre les lieux où la guerre se focalisera, leur donnant l’occasion d’évacuer à temps.

Il est difficile de dire dans quelle mesure l’armée change sa tactique de combat pour répondre aux inquiétudes exprimées non seulement par Blinken mais également par le président des États-Unis, Joe Biden, et dans quelle mesure un tel changement pourra réellement avoir un impact sur le bilan meurtrier des Gazaouis, mais aussi dans les rangs des soldats.

Autre inconnue, la manière précise dont Israël a l’intention de concilier deux calendriers conflictuels en ce qui concerne la guerre – celui de l’armée et celui de l’administration Biden. Le ministre de la Défense, Yoav Gallant, aurait déclaré à Blinken, lors d’une rencontre du cabinet de guerre, jeudi, que la société israélienne était unie dans cet objectif de démantèlement du Hamas « même si cela doit prendre des mois ». Ce à quoi Blinken aurait répondu : « Je ne crois pas que vous ayez le crédit nécessaire pour cela ».

Des chars de l’armée israélienne roulant près de la frontière avec la bande de Gaza alors que les batailles se poursuivent entre Israël et le groupe terroriste palestinien du Hamas, le 3 décembre 2023. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

En fait, l’establishment de la Défense s’attend à devoir combattre à Gaza pendant de nombreux mois – peut-être pendant toute l’année 2024. Il pourrait, bien sûr, ne pas y avoir de combats de la même intensité que pendant les dernières semaines et que pendant les deux prochains mois. Il y a néanmoins des différences entre Israël et son allié américain, un allié vital, et un manque de clarté qui refera très probablement surface et qui causera des frictions.

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Des frictions, il y en a déjà entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et les États-Unis sur la destinée de Gaza au lendemain de la guerre.

L’administration Biden veut une Autorité palestinienne « redynamisée » qui reprendrait le pouvoir, dans la bande, dans le cadre de la solution à deux États.

A la fin d’une conférence de presse qui était organisée samedi soir, Netanyahu, qui n’a pas épargné ses critiques face à cet objectif ultime des Américains, a dit avec amertume, en évoquant l’AP, que « je ne suis pas prêt à me leurrer et à me dire que ce ‘machin’ défaillant, établi lors des Accords d’Oslo par une terrible erreur » devrait être autorisé à gouverner Gaza. L’Autorité palestinienne, a-t-il accusé, « ne lutte pas contre le terrorisme, elle finance le terrorisme ; elle n’éduque pas à la paix ; elle éduque à la disparition de l’État d’Israël. Ce n’est pas le groupe qui devrait se présenter dorénavant ». Et pourtant, a-t-il protesté, « c’est ce que suggère même le meilleur de nos amis. Pour ma part, je pense différemment. Je m’y oppose. Je pense que nous devrions construire autre chose ».

Alors que les États-Unis ont vivement recommandé à Israël de dire – au moins – ce que pourrait être cet « autre chose », certains, au sein de l’establishment de la Défense, veulent minimiser le débat sur « le jour d’après », estimant qu’il nuit à l’impératif de remporter le victoire – et de la remporter maintenant. Ce débat donne au Hamas le sentiment qu’il ne devra s’accrocher au pouvoir qu’un peu plus longtemps, jusqu’à l’aube de ce « lendemain », affirment-ils. Et le débat en Israël sur la question ravive également les divisions politiques – sur l’Autorité palestinienne, sur la solution à deux États et sur la problématique à long-terme des relations entretenues par Israël avec les Palestiniens.

Mais indépendamment de ce que pourra être la formule de « l’après-guerre », des sources appartenant au secteur israélien de la Défense soulignent que des relations beaucoup plus profondes devront être tissées avec l’Égypte, dont le rôle sera déterminant pour empêcher les groupes terroristes de Gaza de, tout simplement, reconstruire leurs forces lors du retrait de l’armée israélienne. Soit les soldats devront rester déployés à long-terme le long de la frontière entre l’Égypte et Gaza – depuis le couloir Philadelphie, de la mer, jusqu’au poste-frontière de Kerem Shalom – soit l’Égypte devra exercer un contrôle authentiquement efficace sur tout ce qui pourra être amené à franchir la frontière. Jusqu’à présent, le Hamas a été en mesure de faire entrer dans la bande tout ce qui était nécessaire pour fabriquer des roquettes et autres armements – avec des conséquences épouvantables, le 7 octobre.

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L’objectif ultime du massacre du 7 octobre, qui a été commis par le groupe terroriste, était de faire en sorte que nous ne voulions plus vivre en Israël. Inutile de dire que cet objectif n’a pas changé.

Le responsable du Hamas à Gaza, Yahya Sinwar, et les cerveaux de cette attaque horrible, sans précédent, visait à tuer le plus grand nombre des nôtres. Et les terroristes avaient calculé que leur massacre ignoble, la guerre psychologique qu’ils allaient mener en s’appuyant sur le sort réservé aux otages et l’exposition, aux yeux du monde, de l’incompétence de nos dirigeants politiques et militaires engendreraient un sentiment d’impuissance et de vulnérabilité en nous si profond qu’il serait capable de détruire Israël de l’intérieur.

Au cours des deux derniers mois, l’armée israélienne – l’armée du peuple – a commencé à tenter de restaurer la confiance dans sa capacité essentielle à nous protéger. C’est un processus qui sera long. Elle l’a d’abord fait – même si cela a été terriblement tardif – lorsqu’elle a stabilisé la situation dans le sud d’Israël et lorsqu’elle est entrée en guerre contre le Hamas. Je souligne « commencé » et « long processus ».

Ce que le leadership politique n’a pas fait.

Netanyahu refuse encore de faire la démarche élémentaire de dire : « Bien entendu, en tant que Premier ministre, j’ai une grande responsabilité dans la catastrophe du 7 octobre ». A son crédit, il a commencé à avoir des interactions avec les médias et, ce faisant, avec le public, répondant aux questions lors des conférences de presse et rencontrant au moins certains des Israéliens les plus directement affectés par le 7 octobre.

Mais ses apparitions sont clairement destinées à renforcer sa bonne fortune politique – soulignant en permanence qu’il est le seul et unique à être en mesure de superviser la réponse diplomatique et militaire au massacre perpétré par le Hamas, alors même qu’il provoque ouvertement des querelles avec les États-Unis sur l’après-guerre à Gaza et qu’il échoue à cultiver les relations aujourd’hui vitales que le pays doit entretenir avec le monde arabe modéré, et en particulier avec l’Égypte.

Les Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de la Knesset à Jérusalem, le 4 décembre 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Son refus d’accéder immédiatement à la demande des familles des otages qui souhaitaient le rencontrer avec le cabinet de guerre tout entier, après la violation de la trêve par le Hamas et la fin des libérations de captifs, n’est que le dernier exemple de son incapacité à reconnaître ce qui aurait dû être, par ailleurs, une incontestable priorité.

L’indifférence affichée par Netanyahu, samedi soir, face aux circonstances qui ont entouré le meurtre terrible, jeudi, d’un civil héroïque, Yuval Castleman, qui a été abattu par un réserviste après avoir déjoué un attentat terroriste qui était en train de se produire – « c’est la vie », a-t-il estimé – semble également indiquer une ignorance inquiétante des faits les plus basiques de ce qui était arrivé quarante-huit heures auparavant.

Le ministre de la Défense Yoav Gallant, au centre, et le ministre Benny Gantz, à droite avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à gauche, lors d’une conférence de presse conjointe organisée au ministère de la Défense, à Tel Aviv, le 11 novembre 2023. (Crédit :
Marc Israel Sellem/POOL)

De même, l’incapacité de Netanyahu et du ministre de la Défense, Gallant, à tenir une conférence de presse alors qu’ils se trouvaient tous les deux à la Kirya, à Tel Aviv – Gallant ne faisant une apparition que quelques minutes plus tôt que Netanyahu, samedi soir – est un signe de la désunion qui règne au sommet du cabinet de guerre, quelque chose qui, une fois encore, devrait être considéré comme impensable au beau milieu d’un conflit.

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Les querelles internes, lors de la réunion de faction du Likud, dimanche, ont été pathétiques et dangereuses.

Le spectacle de membres du parti au pouvoir laissant éclater leur mauvaise humeur au vu de leurs opposants politiques – et même au vu du porte-parole de l’armée, en temps de guerre – est pourtant impensable.

Et le faire à un moment où un si grand nombre de ministères du gouvernement, dirigés notamment par des membres du Likud, sont si dysfonctionnels prouve que les législateurs du parti ne sont absolument pas à la hauteur de l’électorat qui lui avait fait confiance dans les urnes.

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Deux mois après le début de la guerre, alors que des dizaines de milliers d’Israéliens sont encore éloignés de leurs habitations du nord et du sud du pays, il est inexcusable que le gouvernement n’ait pas encore pris des initiatives de base pour leur permettre de retrouver un semblant de normalité dans leur quotidien.

Il faudra des semaines – selon les estimations les plus optimistes – avant que qui que ce soit ne puisse retourner dans les secteurs proches de la bande de Gaza. Et il pourrait falloir des mois avant que les populations aient l’autorisation de revenir dans les zones situées à proximité de la frontière nord, l’establishment de la Défense insistant sur le fait que la guerre ne se terminera pas sans réduction de la menace posée par le Hezbollah.

(Ce n’est pas un secret que Gallant voulait attaquer le Hezbollah avant de s’attaquer au Hamas – conformément à la doctrine militaire qui dit que s’il faut se battre sur deux fronts, il faut d’abord s’occuper de l’ennemi le plus puissant – et que ce souhait du ministre de la Défense avait été rejetée.)

Des habitants du kibboutz Beeri dans un hôtel de la mer Morte, après avoir été évacués de leurs maisons à la suite de l’attaque meurtrière du groupe terroriste Hamas, le 20 octobre 2023. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Sûrement, ce qui est le plus urgent – et le plus faisable – c’est que le gouvernement puisse verser l’argent nécessaire pour que les Israéliens évacués puissent quitter les hôtels et s’installer dans des locations à court-terme dans les secteurs non-frontaliers ; que le ministère de l’Éducation procède à des arrangements pour pouvoir scolariser les enfants avec des services élargis, dans les écoles situées dans les zones où ils s’installeront temporairement.

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Le trêve d’une semaine a été violée par le Hamas. 105 otages ont recouvré la liberté et environ 138 – dont 126 Israéliens – sont encore maintenus en captivité à Gaza (l’État juif pense que 15, sur les 137, sont morts).

La trêve s’est effondrée parce que le Hamas a refusé d’honorer les termes de l’accord, qui accordait la priorité à la libération des femmes et des enfants civils – même s’il a encore entre ses mains 15 femmes qui relèvent de cette catégorie et deux enfants (Ariel Bibas, 4 ans et Kfir Bibas, 10 mois).

Le leadership israélien a décidé qu’une violation de l’accord qui avait été négocié par le Qatar, par l’Égypte et par les États-Unis n’était pas tolérable – entre autres parce qu’aucun futur accord ne pourrait dorénavant être considéré comme fiable.

Israël a également souligné que l’offensive au sol qui vient de reprendre continuera même si des négociations portant sur d’ultérieures remises en liberté devaient faire des progrès significatifs.

Mia Leimberg, 17 ans, alors qu’elle est transférée à la Croix-Rouge dans le cadre d’un accord d’otages entre Israël et le Hamas, à Gaza, le 28 novembre 2023. (Capture d’écran)

Plus largement, l’argument avancé par les leaders israéliens est que le Hamas ne répond qu’à la force et que les libérations des 105 otages qui ont été obtenues jusqu’à aujourd’hui ne sont que la conséquence des pressions militaires exercées par l’armée. Ces pressions militaires seraient ainsi le meilleur moyen de garantir le rapatriement des otages – soit par le biais de négociations, soit par celui d’actions directes de l’armée.

Les responsables de Tsahal déclarent que l’offensive au sol, dans le sud, ne mettra probablement pas en danger les otages, le Hamas considérant les captifs comme des atouts – alors même que le groupe terroriste a affirmé (et qu’il affirmera encore, sans aucun doute) que des otages ont été tués dans des bombardements israéliens.

L’ancien Premier ministre Ehud Barak a déclaré, samedi, qu’Israël aurait dû annoncer dès le début de la guerre que le pays était prêt à conclure un accord « tous contre tous » – acceptant de libérer tous les prisonniers palestiniens incarcérés en Israël pour atteinte à la sécurité nationale en échange de la remise en liberté de tous les otages détenus à Gaza. Peut-être un accord n’aurait-il pas été finalisé à ce moment-là mais au moins, l’État juif aurait bénéficié d’une plus grande légitimité à l’international, a-t-il dit.

De manière plus cruciale, a noté Barak, les otages, aujourd’hui, entrent dans une catégorie qui est totalement différente de ce qui avait pu être le cas concernant les captifs qui avaient fait l’objet d’accords précédents. [NdT : 1969 : 2 civils et 2 soldats israéliens sont échangés contre 71 prisonniers égyptiens et syriens ; 1978 : un soldat israélien contre 76 terroristes ; 1983 : 6 soldats israéliens contre 4 765 terroristes ; 1985 : échange Ahmed Jibril : trois otages israéliens, Hezi Shay, Nissim Salem et Yossef Grof contre 1 150 terroristes palestiniens ; 1998 : les restes d’un soldat israélien (Itamar Illiah) contre des dizaines de terroristes ; 2004: les corps de 3 soldats israéliens (Adi Avitan, Benny Avraham et Omar Souad) et un civil contre 450 terroristes du Hezbollah ; 2008 : les corps de deux soldats israéliens (Eldad Reguev et Ehoud Goldwasser) contre Samir Kountar. 4 autres terroristes et 199 corps de terroristes libanais ; 2011 : Un soldat israélien (Gilad Shalit) contre 1 027 terroristes.] « Ce sont des gens qui ont été abandonnés par l’État d’Israël quand les terroristes du Hamas ont été en capacité de mener une attaque meurtrière au sein de leurs communautés, le 7 octobre, et maintenant Israël doit décider si le pays choisira aussi de les sacrifier », a-t-il indiqué.

« Nous rompons la base morale du contrat fondateur » entre l’État et ses citoyens, a-t-il averti, « si nous ne faisons pas tout ce qui est possible pour les rapatrier, même si cela signifie qu’un grand nombre de terroristes seront libérés de prison. Nous règlerons nos comptes avec les terroristes plus tard – même si cela doit prendre très longtemps. Sauver les otages ne sera pas possible si nous ne le faisons pas pendant cette guerre ».

Le gouvernement, bien sûr, affirme qu’il fait, en effet, « tout ce qui est possible pour les rapatrier » de Gaza.

Yael Adar, à droite, et d’autres proches des Israéliens détenus en otage par les terroristes du Hamas à Gaza depuis le massacre du 7 octobre, lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 4 décembre 2023. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Mais il sape cette affirmation – et il affaiblit la confiance que portent les familles des otages aux dirigeants du pays – quand il n’est pas capable de répondre immédiatement à toutes les demandes des familles, soucieuses de rencontrer ses membres et d’obtenir des informations.

S’exprimant lors d’une conférence de presse, dans l’après-midi de lundi, Yael Adar, la mère de Tamir Adar, retenu en captivité dans la bande de Gaza, a estimé qu’il était « humiliant » que la demande des familles portant sur une rencontre avec le cabinet de guerre – une requête qui avait été émise au moment où la trêve s’était effondrée – n’ait pas encore reçu de réponse. S’exprimant – trop tardivement – le bureau de Netanyahu a indiqué qu’un rendez-vous avait été prévu pour mercredi mais qu’il pourrait être avancé.

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